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Billet de blog 22 févr. 2015

Le dernier salon où l'on cause.

Robert Chaudenson
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Si je conseillais récemment  aux mouches d'éviter les lieux de justice, je ne saurais trop, en revanche,  en recommander la fréquentation à celles et à ceux qui aiment le souffle de l'esprit et la culture en général car, du moins à en lire les comptes rendus de certaines des audiences du procès du Carlton à Lille, les tribunaux sont désormais à n’en pas douter nos derniers salons littéraires, depuis la fin de « Bouillon de culture » et des émissions de la même farine

.

Il faut bien reconnaître d'ailleurs que, lorsque les hasards de la chicane conduisent des esprits aussi distingués que nos maîtres du barreau parisien à plaider, des heures durant, dans d’obscures juridictions provinciales, des affaires médiocres où l’inconsistance même des charges les amène d’emblée à plaider eux-mêmes la relaxe,  il leur faut bien trouver quelque chose à dire pour faire montre de leurs talents et justifier leurs honoraires, surtout quand ils ne représentent pas des intérêts généraux ou même personnels et que les prostituées en cause ne réclament qu'un euro de dommages et intérêts et non le million et demi de $ d’une Madame Diallo ! 

Que vous reste-t-il alors pour briller et donner une juste image de vos talents ? L’art, la littérature, en un mot, la culture, même si vous sentez à chaque instant que ce sont là « margaritas ante porcos ! » pour des « chtis » ! 

C'est ainsi que l'un des deux avocats des ex-prostituées (car elles en avaient en outre plusieurs avocats !) a choisi de jouer sur le registre de l'art en évoquant, à propos de DSK le « Minotaure de Picasso », non sans quelque raison mais dans un flou lui même artistique, car ces tableaux, comme le thème lui-même (mythologique et tauromachique à la fois !),  sont multiples et de sujets comme d’inspirations différents. Aussi hésite-t-on, pour ne pas être taxé de mesquinerie, à faire observer que si l’appétit et « la toute-puissance » dévorante du vrai (si je puis dire) Minotaure étaient voisins de ceux de DSK (quatorze  jeunes filles  et jeunes garçons de Crète par an !), le Minotaure du FMI était lui, quoique plus vorace encore, strictement hétérosexuel et moins exigeant sur la virginité. L'image est à la fois belle et juste tant par le caractère quasi sacerdotal de ces livraisons de « viande » que par le renouvellement incessant de sa consommation. La seule différence notable est, à l'avantage de DSK d'ailleurs, que ce pauvre Minotaure crétois était enfermé dans le labyrinthe conçu par l'infernal Dédale, alors que notre moderne Minotaure parisien passait allègrement de Lille à Paris et de Washington à Madrid ce qui causait, faut-il, le préciser de considérables frais de voyages ! 

L’un des termes que l'on a entendus le plus souvent au cours de ces plaidoiries, est, contre toute attente, celui de « casting » ; il faut reconnaître que du moins pour les prévenus, dans une vulgaire affaire de proxénétisme, il tirait assurément l’œil avec, outre DSK, la vedette, de notables deuxièmes rôles (haut responsable de la police, cadre d’Eiffage, avocat, .. ); seule figure prévisible, le pauvre Dodo-la-Saumure, dont  j’hésite même à pourvoir le nom de majuscules et qui de toute évidence est voué à l’emploi de maquereau-lampiste. Il lui restera tout de même son boulot et  son humour ; après avoir dû fermer son claque, le DSK (Vous n’y êtes pas c’est le « Dodo Sex Klub »), il envisagerait d’ouvrir le FMI « Famous Miss International » !).

En revanche, dans le registre mythologico-historique, les maîtres du barreau n’ont pas ne lésiné et le casting est resté de qualité ; bravant l'histoire comme la géographie, on y a associé, en DSK lui-même, le Minotaure qu’on vient juste de quitter et rien moins que Sardanapale ! 

Ne vous y trompez pas et que la précédente référence à Picasso ne vous fasse pas penser à Delacroix et à son grand oeuvre sur « le festin de Sardanapale » qui compte, lui, parmi les tableaux les plus célèbres du Louvre. L’image de Sardanapale, pour laquelle Maître Daoud, à la différence de notre ancien Président de la République, n'a pas risqué le tentant adjectif « sardanapalesque »  qui existe lui et sert à caractériser une vie de luxe et débauche, convient assez bien en la circonstance à DSK, vu son train. En fait, petit détail, ce nom de Sardanapale est celui du dernier grand roi d'Assyrie (669-627), que nous avons tous connu, dans des classes déjà lointaines, sous le nom moins évocateur d’Assourbanipal ! 

Dans ce procès où passent successivement les plus belles images de l'art, de la mythologie et de l’histoire, il fallait une conclusion à la hauteur  du reste ! Maître Daoud, changeant de registre non sans talent pour clôre sa péroraison, passe de Delacroix à Baudelaire (lui-même critique d’art avec ses Salons), et conclut à la surprise générale par un poème de cet auteur, un sonnet de circonstance, intitulé « La muse vénale » qui évoque sa muse comme une courtisane et commence ainsi, fort opportunément

«O muse de mon cœur, amante des palais » [… mais de justice en la circonstance !] : 

Il te faut, pour gagner ton pain de chaque soir,

Comme un enfant de choeur, jouer de l'encensoir [ !  ! ? !],

Chanter des Te Deum auxquels tu ne crois guère,

Ou, saltimbanque à jeun, étaler tes appas

Et ton rire trempé de pleurs qu'on ne voit pas,

Pour faire épanouir la rate du vulgaire ».

Espérons que le dernier vers a échappé à DSK !

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