L'OM et le marigot marseillais

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L’OM et le marigot marseillais

 

Dois je préciser ici que ce texte a été écrit AVANT l’article publié mercredi par le Canard Enchaîné

 

Les Marseillais ont toutes les raisons de chérir l’Olympique de Marseille, l’OM comme on dit, qui, en demi-finale de la Coupe de France, a triomphé par 1 à 0, non sans mal, de la redoutable équipe de Sochaux qui curieusement occupe à la même place de choix (la 15e) comme l'Olympique de Marseille … mais dans la seconde division. Ce choc de titans a dû être regardé avec crainte et tremblement par les cohortes étrangères du PSG qui, dans un mois, vont devoir affronter en finale, dans un mois, les redoutables Phocéens que j’invite néanmoins à venir au Stade de France avec une grande valise.

 

Je ne me hasarderai pas à faire un pronostic sur un choc pareil, me contentant ici d'admirer l'opportunité des choix que Madame Margarita Louis-Dreyfus semble sur le point de faire dans la prétendue vente de l’OM ; je dis par prudence « prétendue » car, à Marseille, ce genre de tractation footballistique, qu'il s'agissent de joueurs, d’équipes, de dirigeants ou de matches, est souvent plus ou moins « bidonnée », comme on l’a constaté à de nombreuses reprises dans le passé car, vu le profil de bien des intéressés, il peut toujours y avoir là une excellente occasion de blanchir le fric, ce qui est aussi une spécialité locale, avec les règlements à la « kalach » ! Comme à Rome on notait que la Roche Tarpéienne était proche du Capitale, force est de constater qu’à Marseille, les Baumettes ne sont pas loin du Stade Vélodrome ! Heureusement que ces bruits fâcheux concernant les opérations financières locales et footballistiques ne traversent pas l'Atlantique car s'ils gagnaient les rives du Potomac et pénétraient dans les locaux du Fonds Monétaire International, Madame Lagarde pourrait se trouver en situation délicate et la réputation des directeur(e)s du FMI ne s'en trouverait pas améliorée.

 

Le repreneur envisagé et annoncé est en effet l'un des deux frères Giocanti, l'un et l'autre natif du village de Guano ou Guagno (je crois que c'est plutôt la seconde orthographe qui est la bonne) en Corse-du-Sud.

 

L’histoire amoureuse de Madame Lagarde et de Monsieur Xavier Giocanti est digne de la collection Harlequin et d'ailleurs notre presse people en a fait ses choux gras ! Effet les deux tourtereaux sont l'un et l'autre, anciens étudiants de l'IEP d'Aix-en-Provence ; ils se sont par hasard retrouvés à Nanterre dans les année 80 ; dans la suite, ils ont poursuivi chacun de leur côté leurs routes, à la fois professionnelles et conjugales, avant, bien plus tard, d'être à nouveau rapprochés par le hasard, ce qui les a conduits à envisager, en 2007-2008, un mariage que la crise financière aurait empêché de se réaliser, on sait trop pourquoi d'ailleurs, à lire les diverses gazettes spécialisées.

 

L’harlequinade commence en 2005 lorsque Christine Lagarde quitte son cabinet d'avocats américain pour devenir ministre dans le gouvernement Fillon, au moment où Xavier Giocanti qui, quelques années durant, a été vaguement « chargé de cours » à l'université à Paris, a regagné Marseille. C’est en 2005 qu’il cesse lui-même de diriger à Marseille le Centre de promotion de l'emploi par la micro-entreprise (CPEM) à la tête duquel il a été récemment placé en 2003.

 

Ses biographes (comme lui-même) sont curieusement peu diserts sur ce qu'il a fait auparavant et sur ce qui a pu conduire à le nommer d’emblée à un tel poste. Nous sommes à Marseille ne l’oublions pas ! Et ce sont probablement ses relations dans le monde politique (où, comme on le verra peut-être, il est en particulier lié avec Renaud Muselier, son complice du Vieux Port à l’Ile Maurice !)) qui l'amènent à se voir nommer à la tête de cette association marseillaise créée par Jean-Claude Gaudin dans les années 90 en vue de la lutte contre le chômage et la promotion de l'emploi par la micro-entreprise.

 

En avril 2005, X. Giocanti quitte la CPEM, non sans flair, car cette structure commence à avoir des problèmes. En effet, alerté par une plainte, l'Office de lutte anti-fraudes (OLAF) européen vient alors en effet d’ouvrir une enquête. Selon le Canard enchaîné qui, comme souvent, a levé le lièvre, l’OLAF signale des « irrégularités sérieuses ».

 

La ville de Marseille est très présente aux côtés du CPEM, lui fournissant bureaux, téléphones et mettant à sa disposition huit salariés. Ces aides auraient dû empêcher l'association d'être subventionnée par l'Union Européenne, et cela d'autant plus que les dossiers du CPEM sont en fait traités par Marseille Service Développement, une structure qui elle dépend totalement de la Ville. Autre irrégularité : pour solliciter la subvention européenne, le CPEM a intégré à ses comptes des subventions d'autres donateurs qui, en fait, n’ont jamais été versées. Les enquêteurs européens dénoncent aussi l'explosion des dépenses administratives, qui forment 20 % du total du budget du CPEM. Dernière irrégularité : les dossiers de prêts censés être plafonnés à 10 000 euros par individu, voient ce plafond largement dépassé et parfois multiplié par six, ce qui génère des soupçons de corruption.

 

La Commission européenne exige donc le remboursement d'un million d'euros de subventions, décision que confirmera la Cour européenne de justice. À la suite de ce jugement, le CPEM se lance dans un marathon judiciaire, multipliant les procédures. Sans succès puisque la Cour européenne le déboute jusqu’au point final salué par Bruxelles : « L’Office et la Commission se réjouissent de cette décision qui confirme les résultats de l’enquête ».

 

Xavier Giocanti a estimé lui qu'il n'était « pas concerné » par cette affaire. « J'ai été nommé directeur salarié du CPEM en 2003 et j'en suis parti en avril 2005 », proteste-t-il, accusant le Canard de vouloir en fait « attaquer Christine Lagarde à travers lui » pour « monter une nouvelle affaire Woerth ».

 

Si les affaires de l’OM se règlent selon le programme esquissé, le feuilleton marseillais n'est sans doute pas fini et il est totalement impossible d'en prévoir les épisodes ultérieurs. Comment s'en étonner d'ailleurs quand on a pu voir le mari (ou le compagnon) de Madame Lagarde, naguère encore ministre des finances et comme telle chargée de la lutte contre la faute fiscale, fonder sans broncher la publicité des opérations immobilières de son officine sur la défiscalisation et les paradis fiscaux de Saint-Martin à l’Ile Maurice !

 

Ces aspects sont présents à Marseille même, dans le conflit qui a opposé le collectif « Cap au Nord » et l'association « Comptoir de Mourepiane » à « Résiliance » (écrit comme ça), la société immobilière de X. Giocanti à propos de la construction de bureaux au pied de la colline de Mourepiane, à l'entrée de L'Estaque ; un projet avec vue sur mer dont le charme est encore (et surtout) accru par le statut de ZAC (Zone d'aménagement concertée) du secteur qui offre de juteux abattements fiscaux. En la matière, comme au foot, on ne change pas ube équipe qui gagne !

 

Il serait facile de mettre en évidence (mais un peu compliqué vu les explications indispensables) d'autres affaires ; il faudrait au moins une demi-douzaine de blogs pour le faire. Le plus curieux est que la révélation d’une affaire rend souvent bavards certains qui, sans y être directement mêlés, s’en trouvent éclaboussés ou veulent en profiter pour tirer vengeance! Tout semble donner à penser qu'un certain nombre de ces affaires corsico-marseillaises s'inscrivent dans des luttes politiques plus anciennes et à des niveaux plus élevés, de même que la mauvaise fortune de ce pauvre Monsieur Cahuzac a sans doute d’abord son origine dans ses démêlés conjugaux et que c’est son ex-épouse qui a vendu un certain nombre de mèches ! On peut penser qu’un autre éminent homme politique socialiste corsico-marseillais, porteur lui-même, (avec son frère lui aussi) de nombre de casseroles (lui aussi), n'est pas étranger à la révélation de ces affaires puisqu'il a même eu un moment l'audace de formuler lui-même ce genre de menaces !

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