Formation professionnelle, titres de qualification et emploi

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On estime qu'au moins un bon tiers des CV qui sont sur le marché, comportent des indications fallacieuses en ce qui concerne les titres et qualifications réelles des candidats. Une éclatante confirmation de cette situation nous est donnée dans nos médias audiovisuels, la télévision en particulier, tous et sans cesse peuplés de prétendus « experts », « chercheurs » ou « professeurs »,dont les titres annoncés sont, de tout évidence, usurpés et/ou fallacieux mais qui finiront, à force de passer d’une chaîne à l’autre, par se voir reconnaître ces titres avec la mention qu'on trouve dans certaines vitrines, en forme de publicité voire de garantie, « vu à la télé »!

 

Ce mal, hélas, n'est pas celui seulement de Premiers Secrétaires de certain parti ou même de ministres « de la même farine » ; il nous atteint plus directement, sans cesse et dans notre vie quotidienne, non seulement à travers des individus éloignés comme dans les cas précédents où ces tromperies nous amusent plus qu’elles nous gênent, mais, dans des catégories professionnelles plus modestes, dont les incompétences et les tromperies nous nuisent directement, qu'il s'agisse de couvreurs ou de chauffagistes.

 

Avez-vous, par exemple, besoin de faire « désembouer » le système de chauffage au sol de votre demeure ? Il vous faut bien faire confiance à un individu qui se présente comme spécialiste de cette activité, sans que vous ayez la moindre possibilité réelle de vérifier, sinon sa compétence, du moins ses titres à la revendiquer. En outre, il vous présentera le certificat de garantie décennale de l’un de ses complices car il n'en a peut-être pas lui-même, sans que vous puissiez vérifier la chose puisque rien ne vous permet d'exiger de lui la preuve de son identité personnelle réelle. Vous risquez donc de vous retrouver avec des travaux faits en dépit du bon sens, sans la moindre garantie, car, somme toute, il ne connaît rien à toute cette affaire de « désembouage » sinon l'existence de ce terme et d'une telle opération avec un vague tour fait dans Google ! Il ne manque pas de cas similaires dans toutes sortes d'opérations techniques qu’il vous faut bien confier à des individus qui se prétendent formés et compétents en la matière sans que vous ayez la moindre possibilité de le vérifier où que ce soit.

 

À la télévision c'est encore bien pire, quoique bien moins grave ; j'ai évoqué ici souvent les fameux « Professeurs à la Sorbonne » (avec majuscules s’il vous plait!) qu’on nous exhibe sur les écrans, alors que ce titre a été supprimé depuis plus d'un demi-siècle (ce qui devrait suffire à le réserver pour le moins à des centenaires !) et que la Sorbonne elle-même a disparu à peu près en même temps, découpée en 13 universités par le ministre Edgar Faure. Le titre de « professeur » (comme celui d’ingénieur) n'est en effet en rien protégé ; tous les escrocs peuvent s’en parer, sauf s’ils ont l'imp(r)udence d'y ajouter, par exemple quand il s'agit des universités, « des universités » ou le nom d'une université particulière où ils seraient professeurs titulaires. Avoir fait une heure de cours dans tel ou tel établissement, quelle qu'en soit la raison, n’autorise en rien bien entendu à s’en proclamer professeur, comme le font beaucoup des habitués de nos écrans dont il est inutile de citer les noms. Il en est de même d’une foultitude d'experts en tous genres (surtout experts en « ménages » comme on dit !), membres de multiples « Centres » ou «Instituts » de recherches, tous plus bidon les uns que les autres et en général parisiens (donc toujours disponibles). Le plus souvent rebuts de nos universités, ils se réclament volontiers de disciplines vagues et mystérieuses comme la géostratégie, la sécuritologie, la terrorismologie ou la polémologie (au cas probable où ils ne comprendraient pas le sens de ce dernier terme, qui leur serait pourtant bien utile, je leur fais la charité de le leur suggérer ici).

 

Pour ce qui concerne ces derniers cas, la seule sanction est évidemment le ridicule ! Toutefois, méfiance car comme on dit chez les VRP, ces gens-là vendraient dans les cimetières ; ils ont même réussi à fourguer cette Sorbonne disparue depuis si longtemps à des émirs qui, à vrai dire, ne connaissaient pas grand-chose d'autre que le cul de leurs chameaux.

 

Au moment où l'on met l'avenir de la France dans la formation professionnelle, il serait bon de mettre en place un système qui permette aux usagers de vérifier les qualifications professionnelles de ceux à qui ils envisagent de confier des travaux dont ils souhaitent qu'ils soient correctement exécutés et par la même efficaces, ce qui devient, hélas, de plus en plus rare et hasardeux.

 

La ministre de l'Education a annoncé jeudi la création d'un service d'attestation numérique des diplômes d’Etat (brevet des collèges, CAP, bac et les diplômes d'études supérieures reconnus par l'Etat). Cet organisme, « unique en Europe », sera peu à peu mis en place à partir de la prochaine année scolaire,. Actuellement, un diplôme d'Etat dans sa forme « papier filigrané » n’est délivré qu'une seule fois à son titulaire. S'il le perd, il ne peut ensuite obtenir une attestation qu'auprès de l'école ou de l'université. 

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Il serait toutefois bon et surtout urgent que ce dispositif soit étendu à toutes les formations professionnelles, validées sous une forme ou sous une autre, et, en particulier à toutes ces formations dans lesquelles on voit une forme nouvelle de lutte contre le chômage, car on écarterait ainsi du futur marché de l’emploi tous les margoulins, aussi malhonnêtes qu’incompétents, qui en squattent indûment et sans risques une bonne partie !

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