Le débat sur le coût de l'immigration.

 

Ce sujet est et deviendra incontestablement de plus en plus sensible et les données en sont des plus incertaines ; il a fait l'objet d'une controverse récente (2010-2012) entre Jean-Paul Gourevitch et Xavier Chojnicki, maître de conférences et non professeur de sciences économiques à l'université de Lille 2 ( je précise ce point, à partir de ses propres données car je suis agacé de l’ignorance de ces détails par des journalistes qui l’annonce tantôt comme professeur tantôt comme maître de conférences). Ce dernier a dirigé, trois années durant, pour le compte du ministère des affaires sociales, une étude sur les coûts de l'immigration pour l'économie française. Le rapport de cette recherche a été remis en 2009-2010 ;  elle repose, en fait, sur des données qui sont celles de l'année 2005 donc qui datent de près de dix ans ce qui n’est pas sans conséquences. Les conclusions de cette recherche s'opposent largement à celles d'un autre spécialiste de la question, Jean-Paul Gourevitch qui a publié en 2012 (donc après la précédente étude et en la critiquant) les conclusions son propre travail qui ont figuré dans le site de l’association des « Contribuables associés » (dont le bulletin a pour titre Le cri du contribuable et dont le siège est opportunément situé Rue des jeûneurs, 75002 !).

 

Les conclusions de ces deux études s'opposent ; si l’étude de Xavier Chojnicki note que « les immigrés sont une excellente affaire pour l'État français : ils rapportent une grosse douzaine de milliards d'euros parents et paient nos retraites » (titre de l’article du Courrier international reprenant celui de l’ABC espagnol » comme on le verra); Jean-Paul  Gourevitch estime au contraire, lui, que ces mêmes immigrés coûtent environ par année 5,5 milliards à l'État français.

 

Le travail de chacun a connu une certaine audience. Comme on peut déjà le pressentir, la dimension politique est difficile à écarter pour de tels sujets et en France, le Front National a fait ses choux gras des conclusions de Gourevitch ! Le Courrier international (CI) lui a publié un texte de Xavier Chojnicki, paru de façon un peu inattendue (mais je connais mal les dessous de la politique intérieure espagnole), dans le quotidien de Madrid ABC. Comme toujours, quand il s'agit du Courrier international (auquel j'ai été moi-même abonné pendant de nombreuses années), on doit prendre garde à la « source » puisque ce magazine reprend en les traduisant, si nécessaire, des articles parus dans la presse étrangère.  Or ABC est un journal ultra monarchiste et conservateur  donc de tendance très conservatrice et monarchiste ! Quelqu’un peut-il m’expliquer ?

 

Il est évidemment hors de question ici (le blog reste un genre court !) de comparer les conclusions.  de ces deux points de vue et moins encore la démarche adoptée. 

 

Le fond du problème est en réalité extrêmement simple et il tient à la définition même que les auteurs adoptent pour l’objet et le terme « immigré ». Il est évident que si l'on veut faire une étude un peu sérieuse et calculer le coût de l'immigration pour l'État-hôte, il faut préalablement se mettre d'accord sur la définition même de « l'immigré ». Il est en effet extrêmement difficile de compter simplement une population qu’on ne veut pas ou qu’on ne sait pas définir ou, dans une comparaison, sur la définition de laquelle on ne s’est pas mis d'accord au départ. 

 

Xavier Chojnicki a de « l'immigré » la définition la plus restrictive qui soit : un immigré est, pour lui  « un étranger né à l'étranger et qui vit légalement en France (en l'occurrence reconnu comme tel) ». Il convient lui-même que « les chiffres de l’immigration légale sont très fluctuants » (CI). On voit d'emblée que bon nombre d’immigrés ne sont donc pas pris en compte par une telle définition, à commencer par les immigrés clandestins. Le plus important est toutefois que n'apparaissent pas non plus dans une telle définition, et c’est bien plus important, les enfants ou les ayants-droits des immigrés réguliers et déclarés (l'immigration clandestine et non déclarée se trouvant par définition même impossible à chiffrer de façon un peu sérieuse, sans même parler de la fraude sociale qui touche tout le monde).

 

X. Chojnicki conclut en voyant dans les immigrés une « très bonne affaire » pour l'économie française puisqu'ils reçoivent de l'État « 47,9 milliards d'euros mais en reversent 60,3 avec un solde positif de 12,4 milliards d'euros pour les finances publiques ». L’auteur ajoute même une remarque sur laquelle je continue à m'interroger, quand il observe qu’en France sur « 64,7 millions d'habitants, 6,5 millions de Français comptent au moins un immigré dans la famille » ?

 

Compte tenu de la différence dans les définitions et les bases de calcul, les conclusions de  J.P. Gourevitch sont bien entendu tout à fait différentes ; dans sa dernière étude de 2012, il conclut que « les recettes étant de 83,37 milliards et les dépenses de 88,92, le coût de l'immigration s’élèverait à 5,55 milliards d'euros ». Si j’en avais le temps et l’espace éditorial, je n’aurais pas de mal à montrer que cette estimation est elle-même très discutable.

 

Ce qui me paraît intéressant n’est en rien l'écart entre les résultats finaux étant entendu que, dans un cas comme dans l'autre, il faudrait revenir, de façon plus sérieuse et plus complète, sur les réalités de l'immigration, y compris les énormes coûts indirects qu’elle occasionne ; les événements actuels nous montrent de façon « éclatante », si j’ose dire, que les coûts sécuritaires sont et seront de plus en plus importants, quoique difficiles à évaluer. C’est un peu comme quand on entend compter les francophones en se refusant à définir la francophonie « linguistique » (maîtrise de l’usage de la langue française) qui ne se confond en rien, bien entendu, avec la francophonie « institutionnelle » des Etats qui se déclarent ou qu’on déclare « francophones »  ; si l’on pose en principe qu’on est francophone si l’on sait dire « Bonjour », on n’a pas trop de peine à trouver deux cents millions de francophones dans le monde !

 

J’ai déjà eu l'occasion d'aborder cette question de l'immigration à propos de notre système éducatif dans lequel elle a, depuis 1975, causé des ravages immenses et inestimables, compte-tenu de l'incapacité à le faire évoluer en fonction des changements provoqués dans son public. 

 

Valéry Giscard d'Estaing avait cru prendre une initiative salvatrice en arrêtant l'immigration des travailleurs immigrés célibataires et en lui substituant le système dit du regroupement familial grâce auquel il pensait, non sans quelque pertinence, doper notre taux de croissance démographique quelque peu en berne comme dans toute l’Europe. Il y est sans doute parvenu, mais il suffit d'examiner les départements dans lesquels cette croissance est la plus forte pour constater qu'elle est évidemment liée essentiellement à l'immigration, en particulier africaine, sans être exclusivement maghrébine. 

 

Selon les chiffres donnés par Gourevitch et je le suivrai sans aucune difficulté sur ce point  car  X. Chojnicki n’en parle évidemment pas, les enfants d'immigrés d'origine maghrébine de moins de 18 ans (1,2 million) représentent 8,5 % de la totalité des jeunes de moins de 18 ans en métropole et ceux d'origine saharienne (0,8 million) 5,6 %. 

 

Au total 14,1 %, soit près d’un jeune de moins de 18 ans sur 7, est d'origine africaine. En a-t-on tenu réellement compte dans le système éducatif ? Non bien entendu, sinon, au départ,  par la création des CEFISEM qui ne prenaient même pas en compte le français et ensuite par ces systèmes parcellaires, non sélectifs  et « bidon » de « classes » (style CLIN et compagnie) qui sont des emplâtres sur des jambes de bois et dont on change simplement les noms tous les trois ans !

 

Il est évident que toutes les mesures prises dans les années 70 et dans la suite en vue de favoriser l'intégration (africaine en général) n'ont été qu'une succession d'erreurs. On a favorisé l'arrivée des imams islamistes, en pensant sottement qu'il valait mieux que les ados aillent à la mosquée écouter leurs discours que de brûler les voitures et comme on le voit aujourd'hui, on s'est largement trompé. 

 

Le pire a été toutefois de ne faire aucune réforme sérieuse pour intégrer dans le système éducatif la masse des enfants originaires de zones dites à tort francophones, ces enfants puis adolescents, se sont vus imposer un régime permanent d'enseignement dans une langue scolaire qu'ils ne comprenaient pas ; ils n'avaient donc guère d'autres solutions que de « décrocher », planter un couteau dans le ventre de la maîtresse ou mettre le feu à l'école !

 

La première massification de notre système éducatif, antérieure à l’immigration, avait déjà entraîné ses premiers dysfonctionnements ; le refus et l’incapacité d’adapter l’école en vue de  l’intégration des enfants  de l'immigration dans le système éducatif, avec en priorité, majeure,  pour ne pas dire absolue, l'apprentissage précoce du français par des moyens spécifiques adaptés, a été la pire et la dernière de nos erreurs et elle nous a conduit à la situation actuelle.

 

Dans un tel contexte, il apparaît donc un peu dérisoire de vouloir compter en termes de « coûts / bénéfices » les conséquences de l'immigration, alors que, comme on le voit tous les jours et de plus en plus, tout cela nous amène sans autre issue et tout droit au bord de l'explosion sociale.

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