L'UNEF en hijab (n° 2 ; suite)

L'UNEF en hijab... ( n° 2 ; suite)

 

Pour des raisons diverses et multiples dans le détail desquelles il est impossible et surtout inutile d'entrer ici, faute d'espace éditorial, je m'abstiendrai quasi totalement de faire l'historique complexe du mouvement syndical estudiantin français.

Les choses étaient déjà à peine plus simples au temps où l'Union nationale des étudiants de France, l'UNEF, fondée en 1907, était à peu près la seule organisation étudiante représentative. Association apolitique à sa création, l'UNEF se transforme à partir de 1946 (Charte de Grenoble) et des années 1950 en un véritable syndicat étudiant. Durant les "événements" d'Algérie, l'UNEF s'engage nettement en faveur de la paix ce qui lui vaut des problèmes  avec le pouvoir gaulliste qui lui impose d'abord la signature d'une « charte d’apolitisme », avant de favoriser, plus tard,  l'émergence d'une fédération concurrente. 

Après 1968, l'UNEF devient le lieu d'affrontements de nombreux groupes : communistes, maoïstes, trotskistes.... Au début des années 1970, trois tendances, chacune dirigée par un groupe politique, se dégagent : le Bureau national est formé de membres du PSU et les deux minorités, « Renouveau » et « Unité syndicale », sont dirigées l'une par des communistes, l'autre par des trotskistes lambertistes. En 1971, la direction PSU renonce au syndicalisme étudiant et se retire, laissant face à face, les deux autres tendances : chacune convoque alors un congrès, ce qui est à l'origine d'une scission. Il y a alors deux UNEF et on prend l'habitude de les distinguer par les noms des anciennes tendances : l'UNEF Renouveau (ou UNEF-RE) et l'UNEF Unité syndicale (ou UNEF-US). 

L'UNEF dite Renouveau puis SE (Solidarité étudiante), a constamment eu des dirigeants membres du Parti communiste, tandis que l’UNEF-ID (Indépendante et démocratique), issue de l'union de l'UNEF-US et de divers organisations étudiantes est d'abord dirigée par des étudiants lambertistes qui suivent Jean-Christophe Cambadélis et Philippe Darriulat. La crise de 1993, lors de laquelle une partie des dirigeants de la majorité (Tendance indépendance et action), sous la conduite d'Emmanuelle Paradis et de Pouria Amirshahi, reproche au président, Philippe Campinchi, d'avoir mis l'UNEF-ID au service du ministère Jospin, amène un partage de la direction, puis l'élection au congrès de 1994 d'une direction proche de la Gauche socialiste de Julien Dray. 

Au début des années 2000, l'aile « réformiste », réputée soutien de François Hollande, quitte l'UNEF pour la Confédération étudiante alors qu'à l'explosion de la Gauche socialiste, Henri Emmanuelli est proche du Président Yassir Fichtali. Du fait de ces liens étroits avec le PS dont témoignent la plupart des noms cités , l'UNEF est regardé, on l'a vu, comme une "écurie" du Parti socialiste. En 2013, les députés socialistes Pascal Cherki, Pouria Amirshahi et Mathieu Hanotin, tous trois anciens responsables de l'UNEF, auraient même fait bénéficier l'UNEF d'une partie des crédits de leur réserve parlementaire. 

Toutefois, à partir de 2015, l'UNEF commence à percevoir la concurrence de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE)  que marquent les résultats des élections au Conseil national des œuvres universitaires et scolaires (CNOUS), en janvier 2015. La FAGE s’y est imposée avec cinq représentants étudiants élus au Conseil d’administration, contre trois pour l'UNEF. « C’est un score historique, aucune organisation étudiante n’a jamais eu une telle majorité »,  déclare le Président de la FAGE, qui se veut dès lors la « première organisation étudiante de France »

Ce changement était prévisible : 196 représentants étudiants sont élus en novembre 2016 dans les 28 conseils régionaux des œuvres universitaires et scolaires . La FAGE a alors obtenu 76 élus, contre 66 pour l’UNEF. Les autres élus se répartissent entre le syndicat de droite UNI et diverses petites listes. Ces « grands électeurs » ont à désigner les représentants au Conseil d’administration du CNOUS, l'instance nationale pour les politiques de logement, de restauration et de services. Lors du vote final, le 31 janvier, la FAGE conforte son avance, en obtenant un total de 91 grands électeurs, contre 67 pour l’UNEF. Dix-sept voix se sont portées sur Promotion et défense des étudiants (PDE), 12 voix sur l’UNI, ce qui n’était  pas été suffisant pour leur faire  obtenir un représentant.

Le plus fâcheux pour les deux organisations est toutefois la très faible participation des électeurs étudiants (pour avril 2018 où a eu lieu où ont eu lieu de nouvelles consultations, on ne dispose toujours pas des résultats totaux !). En 2016 seuls 183 000 étudiants se sont déplacés, soit un taux de participation de 7,51 %, encore plus faible que les 9,1 % de 2014 ! Les controverses entre les deux organisations sur le nombre total des voix obtenues par chacune d'entre elles n'ont donc pas grand intérêt.

Qu'est-ce donc que cette récente Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) . Il s'agit, curieusement, d'une association de droit local alsacien-mosellan d'étudiants en France. Présente dans 28 villes ou territoires universitaires,  elle est désormais, on l'a vu, la première organisation étudiante en nombre d'élus au CNOUS (5 élus sur 8) et au CNESER (5 élus sur 11). La FAGE se définit elle-même comme étant « plus qu'un syndicat étudiant, une organisation d'éducation populaire » et comme « organisation représentative au sens de la loi du 10 juillet 1989 ». Elle se présente comme "a-partisane" et indépendante des partis politiques, des syndicats de travailleurs et des mutuelles étudiantes. 

L'assemblée générale constitutive de la FAGE s'est tenue le 20 novembre 1989 à la Faculté de pharmacie de Paris avec des fédérations associatives locales (membres actifs) et des fédérations mono-disciplinaires (membres consultatifs). Elle a été créée afin de pouvoir regrouper à l'échelle nationale différentes fédérations locales d'associations étudiantes. Le nom FAGE est d'ailleurs une référence aux "AGE" de l'UNEF des années 1950. Son siège social est  à Strasbourg en raison du poids de son association locale, l'Association fédérative générale des étudiants de Strasbourg (AFGES), toutefois depuis 1995  son siège administratif est à Paris.

La FAGE est reconnue association d'éducation populaire depuis 1997 par le ministère de la Jeunesse et des Sports et fait partie des associations étudiantes représentatives au terme de la loi Jospin du 10 juillet 1989. Quoique la FAGE se présente comme a-partisane et indépendante des partis politiques, en 2002, elle a appelé à voter contre Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l'élection présidentielle. Dans l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle de 2017 qui opposait Marine Le Pen à Emmanuel Macron, la FAGE à nouveau a appelé à voter contre la candidate FN.

En juin 1994, la FAGE, conduite par Philippe Touzeau-Menoni depuis le Congrès de Reims de novembre 1992, est à nouveau arrivée en tête aux élections du CNESER, devenant la première organisation représentative. Toutefois, certaines fédérations mono-disciplinaires, dont les animateurs sont aussi élus de mutuelles étudiantes, faute de pouvoir imposer leurs vues, ont décidé de créer une deuxième fédération d'associations étudiantes  « Promotion et défense des étudiants » (PDE), reprochant à la FAGE une dérive syndicale, ainsi que le faible poids accordé aux fédérations mono-disciplinaires dans sa structure, au profit des fédérations de ville. Plusieurs vaines tentatives de rapprochement ont eu lieu depuis, sans grands résultats. 

(La suite et la fin demain)

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