Le roman de VA-OM : Vingt ans après !

 

J'écoutais en voiture hier, mardi 23 décembre 2014, dans l’après-midi, vers 15 heures, France Inter car j'avais, par bonheur, abandonné les radios bignoles sur lesquelles est souvent réglé l'autoradio dans le but essentiel d’entretenir ma haine à leur endroit. 

 

Il y avait, en ce début d'après-midi, une émission vaguement historique sur l'affaire Valenciennes-OM (1993) où l'on ne disait rien de spécial, mais qui a eu le mérite de me rappeler que, contre toute attente pour cette histoire, somme toute bien innocente dans sa carrière autrement tumultueuse, Nanard, en fin de ce parcours judiciaire, en 1995,  s'est tout de même tapé huit mois de tôle, ce qui n'est pas si courant ; en revanche, Jean-Pierre Bernès, qui était la cheville ouvrière de toute cette histoire, a certes pris deux ans mais … avec sursis, avant de devenir, dans la suite, après des débuts si prometteurs sur le plan sportif, le richissime big boss occulte du football français !

 

Dans la foulée, et là ça a commencé à devenir intéressant, on a entendu Éric de Montgolfier aujourd’hui en retraite mais qui, je l'avais oublié ou ignoré, était alors Procureur de la République à Valenciennes ; il a évidemment été le principal responsable de ce que cette affaire soit menée à son terme et s’achève de façon si inattendue. 

 

J'ai surtout appris en la circonstance (et je ne le savais pas car aucun article sur la question n’en faitmention) qu'en juillet 1993, il avait reçu un coup de téléphone personnel du Président de la République d’alors, Monsieur François Mitterrand, grand ami et admirateur de Bernard Tapie. Tonton (méfiant sans doute à l’égard des écoutes téléphoniques toujours possibles quoiqu’il n’en ait jamais connu l’existence !), lui de recommandait, discrètement et à mots couverts, sinon l’indulgence voire l’étouffement ou, en tout cas, de ne pas accorder trop d'importance à cette broutille. Bien entendu, Eric de Montgolfier n'a tenu aucun compte de cette intervention mais elle est néanmoins significative de la part d'un homme si attaché à l’indépendance de la justice qu’il avait, vous en souvenez sans doute, deux avocats, Badinter pour le droit et Roland Dumas pour le tordu. Il était lui-même assez bon dans le second emploi. 

 

Ce qui est toutefois le plus curieux et le plus amusant dans cette affaire tient à la chronologie précise des événements de ce mois de mai 1993. On n’a compris que dans la suite que Tapie avait acheté le match contre Valenciennes surtout dans la perspective de la finale de la Coupe d’Europe des clubs, car l’OM est déjà, à ce moment, à nouveau champion de France. 

 

Je résume la chronologie précise qui est essentielle ici : 

 

20 mai 1993. Match Valenciennes-OM : à la mi-temps, un joueur du VA,  J. Glassmann avoue aux journalistes qu’on a essayé de l’acheter lui et deux autres de ses co-équipiers pour qu’ils laissent gagner l’OM ; on reste dubitatif vu le peu d’importance de l’enjeu pour l’OM,

 

22 mai 1993, le club de Valenciennes lui-même confirme la tentative de corruption. Glassmann a confié à son entraîneur Primorac que Jean-Jacques Eydelie, un joueur de Marseille son ancien coéquipier, l'a contacté par téléphone avant le début de la rencontre. Une somme d'argent aurait été promise par un dirigeant de l'OM à Glassmann et à deux autres joueurs valenciennois amis d'Eydelie,

 

26 mai 1993 à Munich, l'OM remporte la finale de la Ligue des champions face au Milan AC par 1 à 0 

 

Juin 1993, la Ligue nationale de football porte plainte contre X et Éric de Montgolfier, ouvre une information judiciaire. J.P. Bernès, directeur général de l'OM, J.J.Eydelie, J. Burruchaga, Ch. Robert sont mis en examen ce qui amène les aveux de ce dernier et la découverte de 250. 000 francs dissimulés dans son jardin.

 

Depuis l'arrivée de Tapie, l'OM est certes le premier club de France avec ses quatre titres de champion, mais Nanard rêve alors de la Coupe d’Europe ! Il n’a pas digéré ses échecs récents en demi-finales en 1988 et 1990 et en finale en 1991 ! Outre la fatigue d’un vrai match, une défaite à Valenciennes donc serait une tache indélébile sur son palmarès : l’argent ne compte pas pour lui  et les scrupules ne sont pas son genre ! Après sa défaite en finale, je l’avais entendu déclarer (et je l’entends encore tonitruer à ce propos, d’ailleurs fort imprudemment  !) qu’ayant perdu une finale de Coupe d'Europe, il avait compris la leçon et qu'il savait désormais comment il fallait faire pour la gagner, ajoutant même qu’il était plus efficace d’acheter les arbitres que les joueurs. La suite a démontré qu’il avait raison !

 

A la lumière de pareilles déclarations et d’une chronologie si éclairante, il est stupéfiant que nul n’ait songé, dans un tel contexte, à rapprocher ces deux matches (contre Valenciennes et Milan) qui, à trois jours d’intervalle (d’où la nécessité pour l’OM de « lever le pied » pour le premier !) avec le même résultat ! 

 

En dépit de l'évidence des faits, le silence total de la presse française sur cette si opportune victoire contre le Milan AC, au moment même de la révélation du scandale du match de Valenciennes, n'est pas pour me surprendre, car je ne fais pas mystère de l'opinion que j'ai de notre presse nationale. Je me souviens pourtant parfaitement de tout cela et j'avais été à l'époque étonné mais non surpris par ce silence ;  je n’ai pas pu m'en ouvrir alors dans un blog puisque je ne disposais pas alors de cette thérapie, cette pratique étant alors tout à fait inconnue dans notre beau pays.

 

Ce qui est le plus étonnant dans toute cette affaire demeure le comportement de Tonton ; sans doute était-il secrètement admirateur de Bernard Tapie (en qui il trouvait encore plus de culot et de cynisme qu'en lui-même) mais c’est sans doute la victoire de l’OM en coupe d'Europe en mai 93 qui l’a déterminé à faire, en faveur de Nanard, cette démarche téléphonique qu'il a d'ailleurs, en croire Éric de Montgolfier, rendue aussi amphigourique que possible. 

 

Nous avons pu voir depuis que la communication est devenue la première et même la seule préoccupation de nos politiciens, bien avant l'action et surtout la réforme. S'étant accommodé très facilement du « coup d'Etat permanent », Tonton s'était habitué aux coups de « com’ » successifs qui ont réussi à remplacer si avantageusement le précédent.

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