Remaniement et rentrée scolaire

 

Si je n'avais pas déjà fait hier le coup du : « Nous l'avons, en dormant, Madame, échappé belle ! », je serais tenté de le faire aujourd'hui pour avoir entendu (à défaut de l'écouter), sur l’une de nos radios bignoles du matin, RMC je pense, ce qu'on qualifie, en pareil lieu, de « débat ». En fait, y bavassent, le plus souvent sur une question dont ils ignorent tout, quelques olibrius sous la houlette d'un ou même deux « animateurs » qui semblent en connaître encore moins qu’eux sur la question. Il s'agissait, me semble-t-il, de ce qu'on nomme en ces lieux « Les Grandes Gueules », émission où sévissent un couple de journalistes-sic à 10 ou 15 000 € par mois, également stipendiés de BFM-TV, fort heureusement payés par la réclame dont on nous assomme à jets continus « sur ces antennes ».

Un des sujets du jour était la rentrée scolaire, déjà opérée semble-t-il en certains lieux et qui s'était faite ou allait se faire sans ministre de l'éducation nationale, puisque les divagations nocturnes et dominicales de nos dirigeants suprêmes avaient conduit à présenter la démission du gouvernement dans son ensemble, alors qu'on voulait simplement virer les deux protagonistes de la fête de la rose à Frangy en Bresse. Ils avaient fortement déplu, en particulier à Manolo qui a la tête près du bonnet et qui a semble-t-il su convaincre François de sévir, quoiqu’il fut enclin à l’indulgence. La décision était un peu inattendue quoique tout à fait logique ; il n'était pas très raisonnable cependant de faire démissionner l'ensemble du gouvernement alors que seuls deux de ses membres s'étaient rendus coupables de manquement à la discipline collective. Les explications médiatiques qui ont suivi, de part et d’autre, étaient des monuments de mensonges et d’hypocrisie mais ce n’est pas le sujet.

On peut s'interroger sur les vraies raisons d'un tel comportement. Je n'y vois personnellement qu'une forme de prudence et de calcul politicien (alors qu'il suffisait largement de culpéder les deux coupables ou regardés comme tel) sans virer tout le gouvernement car c’est idiot et surtout coûteux. On n'y prend certes pas garde, comme toujours et partout chez nous, ce qui fait que le fonctionnement de l’Etat coûte en France 15% de plus qu’ailleurs ! Un remaniement, surtout inutile, est extrêmement coûteux par les frais annexes qu'il engendre pour l’Etat, moins pour les ministres, même si on continue à les payer, que pour les douzaines de conseillers qui non seulement doivent dégager le terrain, mais qu'il va falloir replacer dans des sinécures et avec des émoluments considérables, vu les primes dont ils bénéficient en dehors de leurs salaires. Une telle mesure est donc surtout une sottise administrative et financière dont on mesure sans doute mal l'étendue dans le bon peuple, même si elle permet de meubler un jour ou deux les radios et télévisions, à défaut désormais de vendre du papier !

Le prétendu débat de RMC dont la figure centrale était je ne sais quelle secrétaire générale de je ne sais quel SNES-FSU ou autre qui était évidemment peu encline à dévoiler le dessous des cartes. Tout ministère français fonctionne en effet selon un principe universel et intangible : la rivalité et la lutte constantes entre le cabinet du ministre (provisoire) et les services (permanents) . L’essentiel des tâches et leur suivi sont assurés par les hauts cadres administratifs qui passent une bonne partie de leur temps à se bouffer le nez avec le cabinet du ministre en attendant que celui-ci et ses sbires dégagent la piste et qu'on se retrouve enfin entre soi. L’exemple de la Belgique a montré qu’un Etat, qui vaut bien le nôtre, peut tout à fait fonctionner plus d’un an sans gouvernement.

Le plus drôle était évidemment dans toute cette affaire, Benoit Hamon, l’ex-ministre lui-même, du fait même de sa formation et de sa personnalité ! Que va-t-il devenir ce pauvre Benoit qui cultive décidément les emplois qu'il est de toute évidence incapable de remplir. Après avoir été autrefois porte-parole (ce qui est pour le moins curieux vu la facilité de son élocution bafouillante qu’il a tenté d’améliorer tel un moderne Démosthène), chef d’une entreprise aussi fantôme que fugitive, professeur d’université puis ministre de l’enseignement supérieur avec pour tout bagage académique une vague licence d'histoire conquise à la force du poignet et de l'UNEF, que va-t-il faire au terme de son chômage ministériel ? Autant dire que le départ de Benoît Hamon ne met pas le moins du monde en danger le fonctionnement du ministère de l'éducation nationale.

Le seul élément propre à réjouir le bon peuple de France et à dissiper un instant la morosité ambiante serait de le remplacer par Robert Hue, qui a clairement le physique de l’emploi, étant la vivante incarnation du « Prof » des Sept Nains de Blanche Neige.

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