« L’Arabie Heureuse » : du football aux droits de l’homme

« L'Arabie heureuse » fut longtemps la désignation traditionnelle de la péninsule arabique dans les récits anciens ; elle l’était redevenue avec la découverte du pétrole et du gaz, mais voilà que les choses se gâtent soudain  la fois pour le football et les droits de l'homme

« L'Arabie heureuse » fut longtemps la désignation traditionnelle de la péninsule arabique dans les récits anciens ; elle l’était redevenue avec la découverte du pétrole et du gaz, mais voilà que les choses se gâtent soudain  la fois pour le football et les droits de l'homme, deux découvertes récentes faites dans ce pays !

 

La justice suisse a enfin retrouvé ses lunettes qu'elle avait depuis longtemps égarées, sans doute dans une banque ; cette perte, toute provisoire, l’empêchait de voir en particulier les relations, troubles et nombreuses mais complexes, entre le Qatar et la FIFA sans parler des  les traitements de faveur réservés de Monsieur Sepp Blatter envers Michel Platini ; ce dernier, outre les avantages personnels dont il a bénéficié, avait vu son fils Laurent recruté fort opportunément comme « chef exécutif de Burrda, compagnie de sports qatari » ; heureuse coïncidence ! 

 

C'est une histoire qui fleure bon l’Arabie Heureuse, c’est-à-dire la le fric, la corruption et l'échange de bons procédés. Michel Platini y aurait été impliqué jusqu'au cou et le Daily Telegraph, l’avait annoncé dès juin 2014 à propos de l'attribution du Mondial 2022 au Qatar. On précisait même les contacts secrets pris entre Platini et Mohamed Bin Hammam, membre qatari du comité exécutif de la Fifa et radié à vie en 2012 pour corruption. On avait alors signalé le dîner à l'Elysée entre Platini, Nicolas Sarkozy (alors Président de la République), Bin Hammam et le fils de l'émir du Qatar. La presse française n’en avait guère fait cas naturellement !

 

Vu tout cela et leurs rôles respectifs, Sepp Blatter n'a pas dû apprécier que son cher ami Platoche qu'il avait couvert de ses présents, de ses faveurs et de sa protection ambitionne si vite sa perte et sa succession. Tout cela est humain (« trop humain » !) après tout et seule la presse française s'étonne, alors que tout cela se sait et se voit depuis longtemps, que son « icône » Michel Platini soit « éclaboussée par une avalanche de scandales et de magouilles » et elle attend avec impatience qu’il contre-attaque dans cette affaire. Le fromage n'est pas une spécialité de l'Arabie Heureuse et on ne voit donc pas pourquoi il l’aurait partagé en la circonstance. Comme le note avec une sage prudence et une manifeste tendresse notre quotidien national et sportif « cette affaire tombe mal pour le Français. ». C’est le moins qu’on puisse dire et cela explique le mutisme et les réticences de Platini ! Elle est tombée en tout cas moins bien que les deux millions d'euros qui seraient eux, « bien tombés », en revanche dans son escarcelle, on sait trop pourquoi en retour d’une vague aide informelle apportée à son vieil ami Sepp Blatter.

 

Que l’Équipe franchouillarde se rassure! Dans Blatter, il y a « blatte » et nul doute que notre Platini ne tardera pas à écraser sous ses crampons ce cafard et ne triomphe aussi du « vilain petit Qatar » ! 

 

Toutefois, même pour l'Arabie Heureuse, un malheur ne vient jamais seul !Au moment où notre Michel national, qui se voyait déjà dans le fauteuil présidentiel de S. Blatter dont le postérieur est à peu près égal au sien, l’ambassadeur de l’Arabie saoudite à Genève, Faisal bin Hassan Trad, a été nommé à la présidence du « panel » du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU pour sa trentième session qui débute ce lundi 21 septembre ! 

 

LOL ou MDR, comme vous voudrez car je ne sais pas dire « mort de rire » en arabe ou en chinois, autres langues officielles de l’ONU. Au regard des multiples et scandaleuses violations des droits de l’homme (et surtout de la femme !) et des innombrables atteintes à la dignité humaine perpétrés dans cet Etat, un tel choix paraît pour le moins étrange et je pèse mes mots!

 

Un mot de plus toutefois sur ce Conseil de 47 membres qui est l’organisme chargé de « renforcer et de promouvoir les Droits de l’Homme » à l’ONU/UN. Son Bureau est composé de cinq personnes, une pour chaque continent. Parmi celles-ci, un président élu pour un an. Le « panel » du Conseil désigne les fonctionnaires qui vont édicter les standards internationaux en matière de droits de l’homme. L’Express avait révélé déjà, en mai dernier, les manœuvres de l’Arabie Saoudite pour faire élire son ambassadeur à Genève comme nouveau président. Ces manœuvres ont abouti : « Les pétrodollars et la politique l’ont emporté sur les droits de l’Homme » !

 

Ce choix est très critiqué bien entendu, notamment par « UN Watch », une organisation non-gouvernementale basée à Genève et chargée de s’assurer que l’ONU respecte sa propre charte et de veiller à l’accessibilité pour tous des Droits de l’Homme ! Son directeur, Hillel Neuer a déclaré qu’« Il est scandaleux que l’ONU ait choisi un pays qui a exécuté plus de gens que DAESH cette année pour présider le « panel » du Conseil des droits de l’Homme. D’après cet ONG, l’ambassadeur saoudien avait déjà été élu dès le mois de juin, mais cette décision avait été passée sous silence, avant d’être révélée par un document de l’ONU le 17 septembre dernier.

 

Manque de chance ; toute la presse nationale et internationale a annoncé en même temps qu’un jeune Chiite sera décapité et crucifié jeudi en Arabie Saoudite. C'est un évident manque de pot …surtout pour lui ! On observera toutefois et je le précise car la chose peut ne pas paraître évidente à ceux qui sont peu familiers avec les méthodes de la crucifixion ; le fait de le décapiter un condamné avant de le crucifier est plutôt une faveur que l'Arabie Saoudite fait à  ce jeune homme. C'est là en effet une délicate attention  dont avait bénéficié aussi,  d'une certaine façon, le Christ puisque la crucifixion était réputée plus douloureuse quand on n’était pas cloué sur la croix (avec de ce fait même des hémorragies !) mais simplement attaché car cette seconde méthode prolongeait de façon considérable l'agonie du crucifié.

 

En fait, il faut ajouter à propos du jeune condamné, Ali Mohammed al-Nimr, 20 ans, qu'en réalité ce châtiment est purement politique et qu'il tient surtout à ce qu'il est chiite et paye en réalité pour son oncle, un haut dignitaire chiite, très critique envers la monarchie saoudienne. 

Espérons que, durant ces tortures, le jeune homme trouvera une ultime consolation dans le fait que  pendant ce temps, l’ambassadeur d’Arabie Saoudite préside le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU…

 

 

 

 

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