Départementales : calendrier et calendrier électoral

 

Je serais tenté de replacer une fois de plus la fameuse réplique de Trissotin dans les Femmes savantes, si utile en bien des cas : « Nous l'avons en dormant, Madame, échappé belle ! ».

 

Supposez en effet qu’un malicieux hasard du calendrier ait fait que se soit déroulé, deux jours plus tard, soit le 31 mars 2015, le second tour des nouvelles élections départementales, les résultats officiels n'en auraient été communiqués, par la force des choses, que le lendemain, c’est-à-dire, le 1er avril 2015 et on aurait pu croire alors à une farce, même sans poisson !

 

Dès lors, ce Premier avril 2015, au lieu d'être un triste mercredi quasi hivernal, sans relief ni couleur, au cours duquel nos médias, quotidiennement et sans cesse affamés « de scoops » et d’« exclus », vont être obligés de se rabattre, une fois de plus sur la pathologie mentale de ce pauvre Andreas, naguère encore pilote chez GermanWings alors que sa place était de toute évidence et depuis longtemps aux Petites Maisons ; un lundi 1er avril, lendemain d’élections, vous aurait eu une toute autre gueule, avec quelques fausses infos et blagues de Cours moyen comme notre Président défilant à Tunis pour la démocratie avec un poisson d’avril, peut-être mis en douce par le perfide Delanoë sous prétexte de tape amicale dans le dos (ne pas faire ça à Manolo qui a le sang chaud et la main leste !).

 

Un tel Premier avril, même sérieux, aurait été, comme tous les lendemains d’élections, un jour de liesse générale, une espèce de fête de la nation politique ; le seul jour de l'année où l'on voit tous les partis réunis, sans se prendre aux cheveux, dans les divers médias, tous parfaitement réjouis des scores qu'ils ont obtenus. Spectacle rare et qu'il conviendrait de célébrer avec plus de solennité.

 

En plus, on aurait pu fêter dignement le nouveau système électoral dont l'une des finalités majeures et de faire réaliser à l’Etat des économies de fonctionnement ; notons, au passage, qu’il a été conçu par des technocrates qui n’ont de l'arithmétique qu'une idée singulière ; en divisant par deux ou presque le nombre des régions que constitueront ces départements, dont on n‘a pas osé réduire le nombre de peur de voir Napoléon se retourner dans sa tombe, on a, dans le même mouvement subtil, multiplié par deux le nombre des élus. Peut-être ces réformateurs comprendront-ils un jour enfin que X divisé par deux et multiplié par deux égale X, c'est-à-dire que les dépenses seront les mêmes. Il reste l'espoir qu'elles augmentent encore ; faute de parvenir à comprendre les principes les plus simples des mathématiques, on aura au moins utilisé leur vocabulaire ; or, on ne sait même pas exactement ce que ces élus départementaux auront à faire c'est-à-dire pour causer moderne, « quelles seront exactement les compétences des « binômes » ainsi élus ». En pareil cas, le simple et modeste droit de la copropriété suffit pour faire annuler n’importe quel vote en assemblée générale qui n’a pas été précédé d’une formulation écrite et précise de l’objet du vote !

 

Mais laissons ces détails mesquins et revenons d'un mot à la « dramatique » du « au théâtre ce soir » électoral : la caractéristique la plus évidente aurait dû être, dès la semaine dernière, l'apparition des femmes, nouvelles figures de la politique départementale. J’avais souligné, la semaine dernière, l'omniprésence des mâles départementaux dans les médias quand y était invité un quelconque binôme. On change plus facilement le mode électoral et même le nombre des Régions que les mentalités politiques !

 

Les états-majors des partis doivent décidément lire mon blog car, hier soir, dans nombre de binômes présentés, on avait flanqué le « mâle » de service, quoique toujours dominant, de la partie féminine du bilan. C'était en particulier en particulier vrai pour un binôme qui avait déjà fait son apparition sur France3 la semaine dernière, la candidate serait alors restée quasi muette sans l’intervention de l’animateur et elle n’a d’ailleurs rien dit ou à peu près tant elle était étonnée ; hier chacun, dans le même binôme, est intervenu deux fois, de façon clairement préméditée. Vive la parité ! Je ne sais pas si dans la désignation des présidences de conseils départements ou de régions, avec de vrais enjeux cette fois, on respectera la parité avec autant de rigueur, quand il ne s'agira pas de simples phrases à prononcer devant un micro ou une caméra. Les choses sérieuses ayant enfin commencé, les mâles occuperont sans doute le devant de la scène.

 

Ces élections départementales se veulent nouvelles mais en revanche ce qui n'a pas changé tient à la satisfaction générale des représentants de tous les partis. Je vous rappelle en bref l'essentiel des résultats, le grand vainqueur étant l'UMP dont le président a enfin pu faire un retour honorable (du moins à ses propres yeux !) ; auparavant si discret, il a plastronné dès les premières minutes après la clôture du scrutin, sur les talons du Premier Ministre qui lui a tout de même grillé la politesse. En fait, quand on regarde l'appartenance politique des membres des binômes, c’est plutôt Juppé que Sarko qui peut se réjouir car, en nombre d’élus (un gros millier), l'UMP ne devance que de peu de choses les « divers droite » (893) ce qui annonce à coup sûr une primaire UMP difficile ?

 

Comme on pouvait le penser (moi en tout cas), le tigre de papier du FN, agité par le PS et plus discrètement par l'UMP, n'a guère effrayé en réalité les électeurs qui n’ont pas été séduits par la Nini Peau de chien de Sarko ! La Marine et ses gars, comme tout le monde, ont donc pu se montrer à la fois un peu déçus mais aussi très optimistes car il est vrai que les 62 élus du FN sont à la fois un motif de satisfaction et une cause de déception selon le modèle électoral classique et le principe du demi-remplissage du verre.

 

À Marseille, même ce pauvre Guerini a réussi à sécher ses larmes avant d’affronter les médias et à faire bon cœur contre mauvaise fortune, en dépit des claques successives qui se sont abattues sur son museau !

 

Bref nous voilà pourvus de quelques milliers d'élus départementaux, reste à savoir ce qui sortira des scrutins, moins clairs encore, qui seront opérés au sein de ces conseils (les dames devront sans doute retourner à la figuration et au tricot) et surtout ce qu'on va faire de ces instances nouvelles issues du prétendu troisième tour car la lutte sera rude désormais entre les conseils départementaux et régionaux pour les « in-compétences » à se répartir. Ne pourrait-on songer tout simplement à en doubler le nombre et les budgets ?

 

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