Cigarettes et petites pépées : le racolage passif

 

 

Nos gouvernants successifs invoquent tous le manque de temps dont ils ont souffert pour accomplir toutes les réformes qu'ils auraient souhaité conduire. C'est ainsi qu'après dix ans de présence au sommet de l'État et afin d’inciter l’électeur, quelque peu refroidi, à lui remettre le couvert, on voit un ex-président avancer cette excuse pour expliquer qu’il n’a pas eu le temps, en une décennie, d’accomplir les réformes essentielles qu’il reproche désormais à son successeur de ne pas avoir faites au bout de trois ans. Tout cela est une question de bon sens, d’organisation et donc de raison ; c'est ici que j'interviens, une fois de plus, avec mes conseils, tout autres que ceux des conseillers du Prince, donc, au premier chef, efficaces et aussi désintéressés que gratuits.

 

En effet , il suffit souvent de rapprocher deux questions, en apparence fort éloignées l’une de l’autre, pour leur trouver une solution élégante et peu coûteuse.

 

Prenons le débat qui s'ouvre sur les images qui décorent nos paquets de clopes. Les buralistes sont dans la rue, parce que, au nom de la santé publique, on envisage, si j'ai bien compris (mais je n'en suis pas sûr vu le caractère très étrange de la mesure) de faire une sorte d'habillage neutre voire inexistant des paquets de cigarettes, de façon envoyer aux oubliettes aussi bien le chameau des Camel que le cowboy de Marlboro, sans parler, pire encore, du casque de nos Gauloises nationales, ce qui n’a pas semble-t-il suscité les protestations, pour une fois conjointes du Front National et de Debout la République ! Je ne suis pas totalement sûr de l'efficacité d'une telle mesure, quoiqu'on nous affirme qu'un tiers des fumeurs serait prêt à renoncer à leur vice si l’on changeait la présentation de leur paquet habituel. Il paraît qu'une telle mesure s'est révélée très efficace en Australie, mais peut-être est-ce le déterminisme géographique qui est en cause dans une telle mutation sur une terre si riche en particularités de toutes sortes, des kangourous aux ornithorynques.

 

Bref habiller toutes les paquets de cigarettes de la même robe amènerait, paraît-il, une sensible réduction de la consommation de tabac. Il me semble, dans la naïveté qui est la mienne, que si l’on pouvait supprimer ou interdire dans les cigarettes toutes les saloperies de drogues qu'on y ajoute au bon vieux tabac pour accroitre ainsi l'addiction des fumeurs, on obtiendrait sans doute des résultats plus sûrs et plus rapides, sans mettre dans la rue les marchands de cigarettes qui vont y retrouver les médecins dont ils contribuent pourtant à créer une bonne partie de la clientèle.

 

Chère lectrice, cher lecteur, prenez un siège et arrimez-vous solidement à lui de façon à éviter une chute brutale de votre chaise devant l'insolite du rapprochement que je vais opérer.

 

Je pense en effet qu'il conviendrait de rapprocher cette réforme unificatrice des décorations des paquets de cigarettes des lois, actuellement méditées ou débattues sur la prostitution et le racolage passif et ... le port du voile islamique dans les universités. La loi sur la prostitution est en train de faire l'aller-retour entre le Palais-Bourbon et celui du Luxembourg, le Sénat, désormais de droite, s'ingéniant à contrarier les propositions de l'Assemblée Nationale qui est pourtant est de moins en moins de gauche . M'enfin !

 

En dépit d'une réflexion lexicographique intense et de recherches multiples dans les dictionnaires français (dont les plus grands et les plus fameux ont été élaborés hélas avant la disparition des maisons closes), je n'ai pas pu trouver une définition satisfaisante du racolage passif.

 

Je ne veux pas allonger démesurément ce billet et me bornerai sur ce point  à évoquer la loi fondatrice de 2003, due à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur (article 225-10 al. 1 du code pénal). Elle punit de deux mois d'emprisonnement et 3 750 € d'amende « le fait, par tout moyen, y compris une attitude même passive, de procéder publiquement au racolage d'autrui en vue de l'inciter à des relations sexuelles en échange d'une rémunération ou d'une promesse de rémunération ».

 

Les conclusions de la mission parlementaire récente ne font guère avancer la définition. La Cour de cassation elle-même, comme moi, a du mal à définir le côté passif. Elle note  pour le caractériser « Le fait, au mois de juillet, vers minuit, de se trouver dans un endroit connu pour la prostitution, légèrement vêtue et en stationnement au bord du trottoir ». Est-il si insolite d’être « légèrement vêtu » au mois de juillet ? La sénatrice Virginie Klès va jusqu'à mentionner une « juridiction impressionniste », ce qui est aussi mon avis.

 

Si l'on admet que le racolage, pour la prostituée, comme pour les cigarettes, tient, pour l'activité supposée offerte, à la tenue vestimentaire comme ce qui attirerait les fumeurs serait la décoration de leurs paquets de cigarettes plus que leur contenu, il faudrait fixer et imposer un code vestimentaire précis. 

 

Encore une fois, on devrait, pour avancer, rapprocher cette question d’autres pour en trouver la solution. Le problème de la prostitution par racolage passif, définie comme essentiellement vestimentaire, pourrait très aisément trouver une solution dans celui que pose au ministère concerné la présence désormais courante des voiles islamiques dans les universités. Sans songer dans un simple échange banal et sommaire et un raisonnement simpliste, à proposer aux jeunes étudiantes musulmanes de venir en cours à la fac en guêpières ou en porte-jarretelles et bas noirs (de telles tenues risqueraient d’y provoquer d’autres formes de désordres universitaires), on pourrait aisément recommander voire imposer aux prostituées qui font encore le trottoir (elles sont, me semble-t-il, de moins en moins nombreuses) de porter le tchador à défaut de la burqa. Le trouble à l'ordre public serait moindre et le risque de confusion avec de vraies musulmanes qui vont faire leurs courses ou chercher leurs petits-enfants à l'école serait relativement faible. 

 

En revanche, on pourrait faire valoir auprès de leurs représentantes que ces  nouvelles tenues pourraient susciter la curiosité et l'appétit d'une nouvelle forme de clientèle, soucieuse de pimenter d’exotisme et de transgression des ébats tarifés. Le temps me manque ici pour m'interroger sur les motivations précises de ces nouveaux chalands mais vous les comprenez aisément ! 

En tout cas, il y a là, à la fois, une solution simple, peu coûteuse et efficace aux problèmes que nous posent actuellement l'habillage des paquets de cigarettes, la lutte contre le racolage passif et le port du voile à l’université ! Comment ne pas voir, au delà, la voie de solutions aisément exportables à bien d'autres conflits de société.

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