France-Allemagne, l’internationale populiste de Mélenchon

Dans la perspective des élections européennes de 2019, dont l'écrasante majorité des salariés n'attendent rien, un mouvement du type France Insoumise se monte en Allemagne: Aufstehen! Jean Luc Mélenchon se démène pour une internationale populiste.

A l’heure où il devient urgent de s’opposer frontalement à la politique de destruction des acquis sociaux du gouvernement Macron, où les salariés, les retraités, la jeunesse sans avenir commencent à comprendre qu’ils ont été bel et bien floués, que les affaires récentes accélèrent la décomposition des institutions de la Vème république, le petit monde de la politique officielle de « gauche » continue à nous enfermer dans les impasses. Mélenchon a fixé la ligne : on va mettre une « triquée » à Macron ! Comment ? Grâce aux élections européennes. Il faut bien l’admettre comme une donnée de base : toute la gauche officielle se cale là-dessus. Et comme la « triquée » ne peut manifestement pas avoir lieue dans le cadre d’institutions dans lesquelles l’électorat populaire ne s’est jamais reconnu, et encore moins aujourd’hui, c’est donc la longue marche vers l’élection présidentielle de 2022 qu’il faut entamer. Que dis-je ? une longue marche, plutôt un chemin de croix à l’issue duquel nous serons tous crucifiés. Car en 2022, sans mouvement social de vaste ampleur pour liquider Macron, il n’y aura plus rien à défendre.

 

La stratégie de Mélenchon, organiser les convergences populistes à l’échelle de l’Europe dans la perspective de mai 2019…

La France Insoumise inscrit son action dans la recherche de convergences européennes sur la ligne du populisme de « gauche ». Et comme l’Allemagne a une place décisive sur le terrain européen, c’est là qu’il faut enfonce le clou.

L’initiative de constituer à cette rentrée politique le mouvement « Aufstehen », à l’initiative de Sarah Wagenknecht et d’Oskar Lafontaine, s’inscrit pleinement dans cette stratégie. Cette responsable des Linke déclare : « Les sociaux-démocrates, Die Linke et les Verts avaient, jusqu’aux dernières élections, la possibilité de gouverner ensemble. Ils ne l’ont pas utilisée ». D’emblée le cadre est posé : il ne s’agit plus d’engager un combat, sur la gauche du mouvement ouvrier, pour pousser le SPD à la rupture avec la démocratie chrétienne, mais d’entrer dans une autre logique, celle de l’adaptation au populisme et à la montée de l’extrême droite. Au passage rappelons que les résultats électoraux modestes des Linke depuis leur création sont liés précisément au fait qu’ils n’ont pas mené pratiquement ce combat pour la rupture avec le néo-libéralisme. Le parallèle avec France Insoumise doit être souligné : il s’agit de lancer une plateforme en ligne où on peut s’inscrire en remplissant un simple formulaire. C’est un rassemblement au-dessus des partis. Le problème c’est que les Linke allemands ne sont pas le Parti de Gauche français, actuellement moribond, rendu à cet état par la politique de destruction de ceux qui l’avaient fait naitre en 2009. Les Linke allemands sont un courant scissionniste de la social-démocratie et de l’ex-parti stalinien de l’Est du pays. Même émanant d’Oskar Lafontaine et de sa compagne Sarah Wagenknecht, l’initiative, non discutée dans les structures des Linke, rencontre une sérieuse hostilité. Entre parenthèse, on comprend pourquoi le sieur Mélenchon, s’est débarrassé de sa progéniture, le PG, avant qu’elle ne grandisse et fasse des misères à son père.

Là où la politique de Sarah Wagenknecht heurte les traditions du mouvement ouvrier allemand, c’est sur la question de l’accueil des migrants. Elle déclarait au quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung, le 12 août « Les études le prouvent : sans l’immigration, la croissance allemande aurait conduit à une plus grande augmentation des salaires dans le secteur des bas salaire ». De plus, les fondateurs d’Aufstehen n’étaient pas aux côtés des manifestants anti-racistes à Chemnitz. On retrouve dans la France Insoumise les mêmes ambiguïtés. On s’inspire des positions anti-migratoires de l’extrême droite en pensant qu’on va lui reprendre son capital électoral : cela ne peut que favoriser le développement de l’extrême droite.

 

En France, Mélenchon met-il en sourdine son populisme pour aller vers un nouveau Front de Gauche ?

Un article d’un journaliste de Médiapart s’interroge, sur ce qui à ses yeux, serait une réorientation de la ligne politique de la France Insoumise, bref un retour à une logique Front de Gauche : Jean Luc Mélenchon a en effet amorcé à Marseille des retrouvailles avec l’aile gauche du Parti Socialiste. La base militante qui a, en son temps, soutenu le Front de Gauche, peut y voir une réorientation, une volonté d’aller vers un nouveau rassemblement à gauche, bref de laisser au vestiaire le populisme. En fait il ne s’agit absolument pas d’un changement de position sur le fond, tout au plus d’une adaptation à la situation politique : le besoin d’unité contre Macron monte dans le pays et Mélenchon comme les gens de la gauche du PS subissent cette pression. FI et Mélenchon profitent de la crise finale du parti d’Epinay de François Mitterand, non pour reconstruire un parti ouvrier dont la classe des salariés a un besoin urgent, mais pour capter les composantes de l’aile gauche, afin qu’elles se rallient au populisme. On peut discerner trois composantes : Marie Noëlle Lienneman, Emmanuel Maurel et les débris du MRC. Côté Marie Noëlle Lienneman la pente vers le populisme est naturelle, cette ancienne rocardienne des années 1980 que le Mélenchon mitterandiste caractérisait, à juste titre, à l’époque, comme une corporatiste ou une néosocialiste. Quant à Emmanuel Maurel, cet ex-militant popereniste, ainsi que la petite composante qui vient du MRC de Jean Pierre Chevènement, leur position dite « gauche républicaine » se situe sur le terrain du souverainisme. Jean Luc Mélenchon n’a aucune vraie divergence avec une pensée qui se situe son action dans le cadre de l’Etat Nation. Le populisme est un nationalisme. En fait l’opération de Marseille vise à donner la couverture du rassemblement et de tirer l’aile gauche du PS, ou du moins ce qu’il en reste, vers la droite. Marie Noëlle Lienneman peut déclarer : « Il faut qu’il y ait un candidat unique à gauche à la présidentielle de 2022. L’union est un combat, on va donc le mener ». Mélenchon va avoir besoin de petites mains pour faire une campagne électorale, et beaucoup de ceux qui, dans la gauche radicale, l’ont soutenu dans le Front de Gauche et lors de la campagne de 2012, n’ont pas accepté la destruction du FDG et les dérives populistes actuelles. Il faut donc lâcher du leste du côté de « l’unité » et reconquérir ces militants de la gauche dite radicale qui se sont détournés de lui. Fidèle à son maître François Mitterand qui avait confié les clés de son parti au lambertiste Lionel Jospin, Mélenchon a d’ores et déjà intégré dans son dispositif le POI (Parti Ouvrier Indépendant) : le 26 mai, ce courant organisait le service d’ordre du cortège de France Insoumise…

Le parallèle entre la façon dont se disposent aujourd’hui la FI en France et le mouvement Aufstehen en Allemagne est lumineux. Dans les deux cas, il s’agit de tirer des représentations issues de la social-démocratie, liens fort ténus pour le PS français, mais encore fortes pour les Linke allemand, vers les aventures populistes.

 

L’histoire bégaie ?

Cela rappelle aux militants, qui ne sont pas seulement l’infanterie des campagnes électorales, mais qui intègrent dans leur vie quotidiennes les leçons de l’histoire, de bien mauvais souvenirs. Lorsque se tient le congrès de Paris de la SFIO en 1933, alors que les nazis viennent de prendre le pouvoir à Berlin, le mouvement socialiste est secoué par une crise majeure. C’est l’offensive des Marcel Déat, Adrien Marquet, Gilbert Montagnon sur le triptyque ordre-autorité-nation. Le vieux chef réformiste Léon Blum, poussé pas la base de son parti et par un mouvement social qui convergera dans la grève générale de juin 1936, polémique contre Pierre Renaudel dans les termes suivants :

« …De la synthèse de Jaurès, voulez-vous me dire ce qu’il en reste dans cet amalgame ? La synthèse de Jaurès, c’est la synthèse de l’action de la classe et de la démocratie, et on nous présente en ce moment une espèce de notion de socialisme national par l’autorité, dans laquelle il n’y a plus ni action de la démocratie, ni action spécifique de la classe ouvrière organisée. »

Et il ajoutait :

«  On ne détruit pas l'idéologie fasciste en la plagiant ou en l’adoptant… »

 

 

 

 

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