L’histoire bégaie ou quelques éléments de réflexion sur le populisme  2ème  partie

Quand  Jean Luc Mélenchon combattait en 2007 la ligne démocrate de Hollande-Royal et …le néo-socialisme. Quand il faisait le lien entre "l'ordre juste" de Ségolène Royal et les néos de 1933 dans la SFIO...

Les populismes de la période 1930-1945 se sont construits de l’intérieur du mouvement ouvrier:

Nous sommes en 2007 : la campagne calamiteuse de Ségolène Royal face à Sarkozy aboutit au fait que le Parti Socialiste perd une campagne présidentielle réputée imperdable. Loin de réduire le débat à une question de personnalité, Jean Luc Mélenchon pose la question juste : à savoir à partir de quelle ligne politique Ségolène Royal, appuyée par François Hollande, alors premier secrétaire du PS, a-t-elle entrainé son camp à la défaite ? Jean Luc Mélenchon a constitué aux marges du PS une association PRS (Pour la République Sociale) qui servira de base politique pour la rupture de 2008 et la constitution du PG (Parti de Gauche). Il rédige fin 2007 un livre « En quête de gauche… après la défaite », sous la forme de dialogue avec le journaliste Michel Soudais de Politis, qui est une sorte de manifeste. On ne peut que conseiller aux militants de France Insoumise aujourd’hui de relire par le menu ce livre de Jean Luc Mélenchon, qui est, à mon sens le meilleur de ce qu’il a écrit et défendu, du temps où il se battait contre les dérives « démocrates » qui allait mener le PS à l’effondrement actuel. Nous allons citer largement des extraits de ce livre. (1)

Ce que j’ai écrit sur le national-populisme dans les années 1930-1945 a suscité des réactions de militants de France Insoumise qui s’offusquaient de mes mises en garde, qui n’acceptent pas que l’on puisse établir un parallèle entre les mouvements populistes qui ont ralliés Vichy et le national-socialisme et les populismes de gauche actuels dont Jean Luc Mélenchon est le représentant le plus évident en France. « Chercher la vérité et la dire », disait Jaurès. Je rappelle que j’ai simplement exposé que les populismes d’avant-guerre ont été constitués de l’intérieur du mouvement ouvrier, des partis de gauche et du syndicalisme confédéré. Ils ne sont pas l’œuvre de l’extrême droite de l’époque. Autrement dit, les transfuges du mouvement ouvrier ont fourni une infanterie au fascisme. Ce sont des cadres du mouvement ouvrier qui se détourneront à la fois de l’immobilisme de la vieille direction social-démocratie, qui ne parle de la révolution et du socialisme que les jours de congrès, et de l’internationale communiste dont la stratégie folle de la ligne « classe contre classe » permettra la montée au pouvoir d’Hitler. Le populisme-national interviendra comme un raccourci démagogique tentant : beaucoup s’y noieront, certains se reprendront et rompront pour rejoindre la résistance, d’autres iront jusqu’au bout du soutien au national-socialisme. Telle est la logique terrible d’une dérive…

Mélenchon de 2007 résiste à la ligne « démocrate » dans la social-démocratie :

Revenons au Mélenchon de 2007 : pour comprendre l’orientation du couple Hollande-Royal, écrit-il, il faut remonter aux origines de « la ligne démocrate » :

 « C’est du parti démocrate américain et de l’équipe des nouveaux démocrates de Bill Clinton, dans les années 80, qu’est venue la nouveauté qui a tout emporté. Nous, les Français, nous ne tenons pas assez compte de l’influence du parti démocrate américain sur les partis de gauche en Europe…

C’est cela qui a permis à ce que j’appellerai désormais la ligne démocrate de se propager dans le monde comme elle l’a fait, submergeant totalement la ligne social-démocrate traditionnelle. » (Page 93)

Le journaliste lui pose la question : « c’est donc Blair qui a le mérite d’avoir assumé ouvertement la rupture avec l’ancienne orientation social-démocrate ? »

JLM : « Il n’a aucun mérite à cela ! Même pas celui de l’imagination politique puisqu’il a tout importé des États-Unis, quasiment mot pour mot. Le processus de « dépassement » de la gauche traditionnelle y a été engagé, dès les années 80, par les nouveaux démocrates. Ceux-là étaient regroupés autour du gouverneur Clinton et du sénateur Al Gore dans le Democratic Leadership Council, l’aile droite du parti démocrate. De 1988 à 1993, Blair a effectué, avec son acolyte de l’ombre Gordon Braun, de nombreux voyages auprès du DLC.

La théorie de la troisième voie qu’il a popularisée en Europe avec Schröder en 1999 n’est pas son invention. C’est celle de Clinton… » (Page 95)

Plus loin Jean Luc Mélenchon poursuit :

 « Le Democratic Leadership Council, qui regroupe les nouveaux démocrates est fondé en 1984, après les défaites électorales des années 70-80. À l’époque, les démocrates à l’élection présidentielle, Georges McGovern (1972) ou Walter Mondale (1984) avait été jugés trop à gauche. Il s’agissait donc, d’entrée de jeu, d’une volonté de recentrage. Le premier président du DLC est Bill Clinton lui-même. En 1990, la déclaration de la Nouvelle-Orléans résume les idées des nouveaux démocrates. La notion de troisième voie est introduite. En 1992, Tony Blair, flanqué de Gordon Braun, établit les premiers contacts avec le DLC. La Bible Des blairistes, par-delà la gauche et la droite, d’Anthony Giddens, est publié en 1994. En 1997, se tient un séminaire entre Blair, Hillary Clinton et des experts, dont Giddens, pour installer des groupes de discussions sur le nouveau centre-gauche. En 1998, Giddens et Blair publient une sorte de manifeste politique, La troisième voie : le renouveau de la social-démocratie. Un colloque s’ouvre à New York qui réunit Blair, Hillary et Bill Clinton, Prodi et des intellectuels acquis à la cause du renouveau en question.

A ce moment-là, apparaît même l’idée de la création d’une organisation concurrente de l’internationale socialiste, une sorte d’internationale du centre. J’ai le souvenir précis d’une discussion rapide à ce sujet au bureau national du parti socialiste français. Pierre Mauroy, président de l’internationale socialiste, était très ému de cette tentative de mise à la ferraille de la vieille internationale. Il mettait en garde. Personne ne s’alarma vraiment. C’était considéré comme une histoire lointaine. »

Michel Soudais pose la question : « Question : comment qualifier cette nouvelle orientation qui va se constituer dans le mouvement socialiste français ? »

« Le plus juste et le plus simple serait de le qualifier de courant démocrate. Cette appellation fait justice à ses origines politiques américaines. Mais surtout elle souligne l’essentiel du changement doctrinal. Il s’agit d’un courant qui ne veut plus donner une centralité particulière à la question sociale. Une social-démocratie pour qui le social est secondaire en quelque sorte… »( Page 108)

Question : « Quand ce courant démocrate a-t-il commencé à s’implanter en France ? »

JLM : « Il y a eu un processus de diffusion progressive. En fait l’épuisement de la stratégie social-démocrate n’est pas passé inaperçu dans nombre de cercles intellectuels, notamment en France. Je crois que beaucoup d’entre nous n’avons pas été assez attentif aux débats qu’ils animaient. Nous pensions que les avatars de la social-démocratie n’étaient pas le problème du socialisme français, compte tenu de son originalité. Et sans doute aussi, il faut bien le dire, n’avons-nous pas pris au sérieux des personnages politiques socialistes qui se sont immédiatement situés dans cette lignée. Je pense ici au petit groupe dits des transcourants au PS, constitué au début des années 80 autour de François Hollande. »

Question : « Vous faites de François Hollande le précurseur de la ligne démocrate dans le socialisme français ? »

JLM : « Oui tout à fait. Il ne s’en est distingué que par fonction. Devenu premier secrétaire, désigné par Lionel Jospin, il a dû évidemment s’inscrire dans les pas de ce dernier. Mais il ne s’est jamais écarté de ses propres fondamentaux. Pas un de ces textes ni de ses discours ne s’est jamais démarqué de ce qu’il avait écrit, dès 1984, dans un texte parfaitement clair. Le titre est un très bon résumé du programme : « pour être moderne, soyons démocrates. »

 « …En France, le courant démocrate est donc né il y a plus de 20 ans. Beaucoup l’ont aujourd’hui oublié….» (Page 111)

Page 113

Donc Ségolène Royal et François Hollande, souligné par moi, se sont forgés une pensée politique dans le cadre de ce courant démocrate transcourant en constitution depuis 23 ans au sein du PS:

« Je voudrais faire quelques citations du texte de 1984 qui permettront de juger sur pièces. J’aimerais qu’on se souvienne qu’il a été écrit il y a 23 ans. Ce rappel permet de constater à la fois la permanence des idées de ceux qui l’ont signé, et aussi le caractère absolument répétitif des mots et des arguments qu’on veut, une nouvelle fois, nous vendre comme des nouveautés.

Retrouvons d’abord le vieux refrain contre les tabous et l’archaïsme : « l’enjeu pour les socialistes est simple, écrivent-ils : ou bien ils font comme si rien n’avait bougé et s’arc-boutent sur leurs croyances anciennes et leurs indéniables acquis, mais le risque est alors réel d’un isolement grandissant par rapport à l’opinion, ou bien ils construisent au cœur même de la crise et dans l’expérience du pouvoir des bases d’un nouveau contrat et ils se modernisent. Cela suppose néanmoins de tordre le cou à quelques tabous préhistoriques. »

« Ensuite vient le cœur de la nouvelle doctrine, c’est-à-dire l’abandon de la référence au clivage social. Juger de la clarté totale du propos à ce sujet décisif :

« Disons-le tout net, au risque de provoquer la conception dogmatique de la classe ouvrière, l’idée que le lieu du travail pourrait être aussi un espace de liberté, la notion d’appartenance des individus à des groupes sociaux solidaires, l’affirmation d’un programme politique atemporel tout cela doit être abandonné. »

JLM souligne : Vous avez bien lu : il s’agit d’abandonner quatre fondamentaux de la politique de gauche. Et cela au profit d’un au-delà politique où il n’y a plus que des individus dans une société globale :

François Hollande : « Le parti socialiste est sans doute le premier parti ouvrier du pays, mais son ambition ne doit-elle pas être aussi le parti de toute la société ? Aussi doit-il s’adresser aux individus autant qu’aux groupes, en appelant au réel bien plus qu’aux mythes, adopter une démarche modeste, c’est-à-dire non pas pauvre, mais adapté au temps qui viennent ».

 « le parti socialiste doit s’efforcer d’être le parti de l’ensemble de la société… La démocratie n’est plus simplement une méthode, mais la finalité même du projet. »

Citation page 116 du texte de 1984 cosigné par François Hollande :

« Mais si nous sommes les plus confiants dans les vertus de l’idéal démocratique, nous n’en sommes pas les seuls dépositaires. Aussi, face aux périls qui grossissent (racisme, peur, pauvreté, montée des extrêmes), ayons le front de proposer un consensus stratégique entre nous et les courants démocratiques du pays. Ainsi, au-delà du clivage gauche-droite, pourraient s’affirmer des principes sur lesquels notre société doit impérativement reposer et les limites qu’il convient de ne jamais dépasser, à moins de déchoir. Tout le monde y gagnera. C’est aussi tout cela la modernisation. »

De la ligne « démocrate » à la doctrine sociale de l’Eglise :

Voilà l’analyse pertinente que Jean Luc Mélenchon fait en 2007 des positions de Ségolène Royal et François Hollande, et au-delà de tout ce que cela entraine au sein du courant socialiste.  Mais là où, à juste titre, il polémique très durement contre la candidate du PS, c’est sur les thèmes sécuritaires, où pour des raisons bassement électorales, elle va camper sur les terres de Sarkozy, et au-delà sur celles du FN.

 « …chacun s’attend à ce que j’évoque les incroyables tirades évangéliques de la fin de campagne de Ségolène Royal. Les aimons-nous les uns les autres, et autres tirades de la même veine, au stade Charléty et dans d’autres meetings de masse de la candidate, sont de très mauvais souvenirs pour beaucoup de socialistes consternés.

Entre la doctrine démocrate consensus social et la doctrine sociale de l’église, il y a une grande proximité. Parfois, c’est exactement la même chose. Ce n’est pas vraiment étonnant d’en retrouver l’influence dans le discours de Clinton. Mais une fois traduite en français, il est vrai que cela fait dresser l’oreille davantage qu’aux États-Unis. Dans ce registre, j’estime que Ségolène Royal s’est montrée d’une rigueur doctrinale très construite et systématique avec le concept d’ « ordre juste ». (Page 158)

… « L’expression l’ « ordre juste » est une expression qui n’appartient pas au vocabulaire socialiste. Il est au contraire au cœur de la doctrine sociale de l’église. Le pape actuel en fait un refrain constant de ses interventions concernant le fonctionnement de la société. Sa première encyclique publiée en décembre 2005 – s’y réfère abondamment. On se doute que quand Benoît XVI parle d’ordre juste dans son encyclique, ce n’est pas à cet ordre émancipateur du mouvement des lumières qu’il se réfère. L’idée que l’homme puisse  se donner à lui-même ses propres lois a toujours été combattue par le dogme catholique. Benoît XVI a rappelé que la source des malheurs du temps est dans la prétention des hommes à délibérer par eux-mêmes des sources de la morale plutôt que de s’en remettre à celles que Dieu leur enseigne. Ce raisonnement n’est pas nouveau.

Certes, depuis, l’église ne s’oppose plus à la démocratie. Mais elle continue à contester à l’homme et au peuple leur pleine souveraineté pour définir librement leurs normes de vie.

Que croyez-vous que l’ « ordre juste » de Ségolène Royal soit alors ? Quand elle dit, à maintes reprises, qu’il faut rétablir – c’est son mot – un « ordre juste », n’est-il pas légitime de s’interroger sur la nature de l’ordre auquel elle renvoie ? Surtout quand elle commence à employer cette formule deux mois après la publication de l’encyclique de Benoît XVI, qui fait de l’ordre juste le devoir essentiel du politique.

Selon moi, ce qu’elle dit est conforme à ce qu’explique la première encyclique du pape Benoît XVI :

« Il est certain que la norme fondamentale de l’État doit être la recherche de la justice et que le but d’un ordre social juste consiste à garantir à chacun dans le respect du principe de subsidiarité, sa part du bien commun. C’est ce que la doctrine chrétienne sur l’état et la doctrine sociale de l’église ont toujours souligné. D’un point de vue historique, la question de l’ordre juste de la collectivité est entrée dans une nouvelle phase avec la formation de la société industrielle au XIXe siècle. »

« …L’ordre juste de la société et de l’État et le devoir essentiel du politique. » (Page 167)

Le retour du « néo-socialisme, ordre, autorité, nation »

Ségolène Royal mettra au centre de sa campagne les questions sécuritaires : Jean Luc Mélenchon soulignera, et avec lui quelques responsables du PS, la proximité de cette position avec les néo-socialistes des années 1930 au sein du mouvement socialiste :

 « Ce n’est pas la première fois que les socialistes sont soumis à des tensions sur le sujet. Dans des conditions certes différentes, le congrès de Paris de la SFIO, en 1933, a eu à en connaître. C’est l’année où les nazis ont pris le pouvoir en Allemagne. Le débat sur l’autorité avait donc un singulier relief. Plusieurs dirigeants actuels du PS l’ont relevé pour alimenter les débats dans la période de l’investiture interne au PS. Notamment Bernard poignant, président de la délégation socialiste française au Parlement européen, qui a jugé la situation assez grave pour envoyer une note largement diffusée au PS. Voilà cette histoire. (Page 174)

JLM reprend : A la tribune du congrès, Adrien Marquet, député-maire de Bordeaux, qui ralliera ensuite les nazis et la collaboration, déclare :

« Ah ! si la grande force que représente le socialisme était capable d’apparaître, dans le désordre actuel, comme un îlot d’ordre et un pôle d’autorité, quelle influence serait la sienne, quelles possibilités d’action véritable s’offriraient alors à lui ! La dominante, dans l’opinion publique, c’est la sensation du désordre et de l’incohérence. Ordre et autorités sont, je crois, les bases nouvelles de l’action que nous devons entreprendre pour attirer à nouveau les masses populaires sans lesquels rien de grand ne pourra être tenté. »

Léon Blum interrompra par une phrase : « je vous écoute avec une attention dont vous pouvez être juges, mais je vous avoue que je suis épouvanté. »

Pourtant les phrases d’Adrien Marquet pouvaient paraitre aussi pleines de bon sens que n’importe lesquelles de celle que nous entendons à présent, surtout si l’on tient compte du contexte de ces années de crise économique totale et de victoires dans l’Europe du modèle social et national de Mussolini, Hitler Salazar, au Portugal. Pourtant quand il s’explique à la tribune ensuite, Léon Blum est particulièrement incisif :

« Il faut maintenant que je réponde à ce discours de Marquet dont j’ai dit en l’interrompant, ce dont je m’excuse, qu’il m’épouvantait. Mais à la réflexion, et je peux bien lui dire que depuis que je l’ai entendu, je n’ai guère fait que réfléchir à cela. Je ne peux que lui dire que ce sentiment d’épouvante ne s’est pas atténué et qu’il n’a fait que se fortifier, au contraire. Il y a eu un moment, Marquet, où je me suis demandé si ce n’était pas le programme d’un parti social national de dictature. Vous êtes venus nous dire qu’il fallait des modes d’ordre d’autorité et d’ordre, avec l’impression que nous nous poserions devant le pays comme des défenseurs de l’autorité et de l’ordre… Rassemblant autour de nous ces masses populaires de valeurs hétérogènes et inorganisées dont je parlais tout à l’heure et cela pour une preuve de rénovation sociale dans le cadre national. Eh bien je le répète, quand vous disiez cela à la tribune du parti socialiste, et bien je me demandais où j’étais. Je me demandais ce que j’entendais et si je n’étais pas le jouet d’illusion des sens. »

Jean Luc Mélenchon poursuit la citation de Léon Blum :

« Mes chers amis, écoutez. Gardez-vous en ce moment à tout prix contre le danger que le discours de Marquet faisait apparaître de façon si saisissante, c’est-à-dire dans votre haine du fascisme, dans votre volonté de combattre et de le vaincre, dans votre volonté d’arriver au pouvoir avant lui, de lui emprunter ses propres armes et, ce qui épie, sa propre idéologie.

Je vous dirai simplement que la propagande socialiste n’est pas une propagande d’autorité, qu’elle n’est même pas une propagande d’ordre au sens où vous entendez, mais qu’elle est une propagande de liberté une propagande de justice. »

Jean-Luc Mélenchon reprend : « …c’est exactement ce que signifie l’ordre émancipateur [le courant émancipateur issu des Lumières du 18ème siècle et repris par le mouvement ouvrier, c’est moi qui ajoute cette précision] auquel je me réfère contre l’ « ordre juste ».

De la constitution du Front de Gauche à France Insoumise, ou la rupture avec le socialisme…

Jean Luc Mélenchon (PRS) et Marc Dolez (Forces Militantes) quittent le PS, au moment du congrès de Reims en septembre 2008, estimant que, malgré le rassemblement de tous les courants de son aile gauche, c’est la ligne « démocrate » qui l’emporte autour de Ségolène Royal. Ce qui était à l’œuvre au sein du courant socialiste français dès 1984 se manifeste le plus clairement, pour Mélenchon et ses amis, et dès lors  il n’est plus possible d’y défendre une orientation social-démocrate, ou simplement réformiste. Le message d’alerte du Pierre Mauroy de l’époque prend sens. A la différence de la Gauche Révolutionnaire de Marceau Pivert qui captait les aspirations anticapitalistes de la génération de la grève générale de 1936 et des courants antifascistes, le départ de Mélenchon-Dolez se fait sur une ligne néo-réformiste. Elle permet bien sûr la constitution du Front de Gauche, une opportunité que de nombreux militants vont saisir, y compris venant d’une tradition anticapitaliste, mais dont le cadre se limitera à un front électoral. Ni la direction du PCF, ni le PG n’accepteront que le Front de Gauche ne devienne un mouvement politique propre, auquel les travailleurs et citoyens peuvent agir et contrôler démocratiquement ce qu’ils font  sans adhérer à un parti politique existant. Les limites étaient imposées et ce sont les limites qui conduiront le Front de Gauche à son implosion. Mélenchon s’en sortira en faisant porter sur la direction du PCF la responsabilité de ce fait, ce qui n’est qu’une toute petite partie de la vérité.

Après avoir bridé la construction de son propre parti, le PG, où se succéderont exclusions et mises sous tutelle, on entre avec France Insoumise dans une logique « hors cadre de partis », donc hors du cadre du Front de gauche. A l’été 2014 il rédige l’ouvrage « l’ère du peuple » où il dessine les lignes de son nouveau projet politique. Aux orties la ligne qui définit la classe ouvrière, dans le rapport social capital-travail, comme moteur du développement de la civilisation. Aux orties le mouvement ou parti exprimant l’intérêt général humain mais à partir du mouvement propre des forces du travail. Mélenchon de 2017 rallie non pas « l’ère du peuple » mais l’ère démagogique du temps, pour de basses raisons électorales. Car il n’y a pas de peuple qui ne soit constitué et qui se constitue en dehors du mouvement propre de la classe ouvrière pour son émancipation. Lorsque Mélenchon de 2007 décrit le courant des « transcourants » du PS, en particulier le couple Hollande-Royal, qui transite de la position « démocrate » à l’américaine vers des dérives sécuritaires du type « l’ordre juste » nous ramenant au néo-socialisme d’Adrien Marquet et Marcel Déat, il condamne alors une orientation qui peut conduire à toutes les dérives du populisme. C’est pourtant sur cette pente qu’il glisse aujourd’hui. Jusqu’où ira-t-il ? Se reprendra t’il à la faveur des mouvements sociaux qui immanquablement se produiront ? A suivre !

Souvenons-nous de la formule d’Antonio Gramsci, «Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres», Miguel Urbán, nouveau secrétaire de Podemos sur les questions européennes ajoutait : «les monstres surgissent quand le champ de bataille politique se structure autour des questions d’identité ou d’appartenance nationale plutôt que de démocratie et de justice sociale.»

Qui a raison ? Le Mélenchon de 2007 ou celui de 2017 ? Au regard des éléments ici rassemblés, poser la question c’est y répondre…

Notes :

(1)En quête de gauche après la défaite, Jean Luc Mélenchon, éditions Balland, septembre 2007.

 

                                                                                                                                                                                               

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