Laïcité, les égarements de Gérard Filoche

Le courant de Gérard Filoche « Démocratie et Socialisme » vient d’élaborer une contribution à l’ébauche d’une plateforme intitulée « Pour une majorité rose-rouge-verte, décidons ensemble ! » C’est une resucée de l’orientation, pourrait-on dire, de l’ex-gauche socialiste de Mélenchon-Dray.

Le courant de Gérard Filoche « Démocratie et Socialisme » vient d’élaborer une contribution à l’ébauche d’une plateforme intitulée « Pour une majorité rose-rouge-verte, décidons ensemble ! » C’est une resucée de l’orientation, pourrait-on dire, de l’ex-gauche socialiste de Mélenchon-Dray. On tient le terrain sur le flanc gauche du PS, mais in fine on remet en piste à la tête de l’Etat ceux qui nous ont trahis depuis 1981.

 

Un point a retenu mon attention, celui de la question laïque. La contribution dit ceci :

 « Pour le FN, la laïcité ne s’impose qu’aux religions qui ne sont pas conformes à « nos traditions ». C’est un prétexte pour interdire l’Islam dans l’espace public.

La laïcité doit organiser la neutralité de l’État, de ses fonctionnaires, pour que  les religions, comme toutes  les opinions, puissent s’exprimer dans l’espace public. La laïcité, c’est la coexistence entre les divers croyants, les athées et les agnostiques. »

« La laïcité, c’est la coexistence entre les divers croyants, les athées et les agnostiques. » Ce qui est présenté là, c’est l’auberge espagnole anglo-saxonne, où chaque communauté défend son pré carré dans l’Etat en faisant pression sur les pouvoirs publics. C’est le modèle américain des lobbys.

Rappelons les positions qui étaient celles du mouvement ouvrier.

La Commune de Paris avait renvoyé à la solitude de la prière les ministres des différents cultes. Le mouvement ouvrier a défendu dans son histoire tout ce qui dans la société bourgeoise permet à la classe opprimée de se constituer en corps politique spécifique : ainsi l’instruction publique, parce qu’elle donne les bases de construction du citoyen, l’anticléricalisme parce qu’il interdit que la religion intervienne dans la sphère publique, et tout ce qui relève de la pensée libre, scientifique contre l’obscurantisme. C’est ce qui fonde l’accord avec le courant républicain sous la 3ème république. Celle-ci reconnait la liberté de culte comme une liberté privée inaliénable, pour autant que les pratiquants d’un culte respectent les libertés publiques. La loi de 1905 sera le point d’orgue de cet accord entre le mouvement ouvrier, voir les positions de Jaurès, et les républicains : la république reconnait la liberté absolue de conscience et en conséquence ne salarie et ne subventionne aucun culte. La religion est une affaire privée. Et non la formule qu’en donne Gérard Filoche : « La laïcité doit organiser la neutralité de l’État, de ses fonctionnaires, pour que  les religions, comme toutes  les opinions, puissent s’exprimer dans l’espace public. » Cette pétition de principe, ce n’est pas la laïcité, c’est du retour à Savary ! « La religion concourant au service public » (citation extraite du préambule de la loi Savary, visant à instituer le grand service unifié laïc de l’éducation nationale, c’est-à-dire la reconnaissance de l’école confessionnelle dans le service public).

Précisément le mouvement laïque, avant qu’il ne soit vaincu sous le premier septennat de François Mitterand, défaite dont il ne s’est pas encore relevé, a toujours considéré que la religion, contrairement à l’esprit du concordat napoléonien, ne devait pas empiéter sur l’Etat et l’exercice de la citoyenneté. Pour Filoche, et en cela il est en accord parfait avec les actuels dirigeants du PS, la laïcité doit permettre de « s’exprimer dans l’espace public ».

O Laïcité ! que de crimes on commet en ton nom !

Personne ne pose plus la question qui fâche, parmi tous ceux qui se découvre une vocation de laïque, d’un échiquier politique qui va de Hollande à Marine Le Pen : « la république ne subventionne et ne salarie aucun culte. » A commencer par l’abrogation de toutes les lois antilaïques promulguées depuis la loi Debré d’aide à l’enseignement privé, confessionnel à 90%, sous les gouvernements de droite et de gauche.

Ce sera le programme de la république sociale !

La défaite laïque de 1984 a permis que l’ensemble des institutions religieuses qui existent dans la société française se servent d’un droit communautaire pour réclamer la différence des droits. Et la différence des droits, c'est l'esprit d'un affrontement constant, d'une guerre civile larvée entre des citoyens qui deviennent des acteurs d'une communauté dans l'Etat.

A force d’errer sous les arcanes d’un parti néo-socialiste, ce parti « sain » dont Filoche parlait au moment de l’affaire Cahuzac, cela finit par déteindre sur soi. Casse-toi Gérard et prend une bonne douche, il fera toujours meilleur dehors !

 

 

 

 

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