Echanges fraternels

Deux frères viennent seulement de se connaître. Ils voudraient se comprendre. L'un est américain. Son aîné est français et, à 72 ans, décide d'apprendre l'anglais. Est-ce la meilleure solution ?

Echanges fraternels

 Le G.I. Bill Henderson avait débarqué en France à Omaha Beach en juin 1944. La guerre finie, il rentra aux USA vivre sa vie, sans savoir qu'il avait laissé une trace de son ADN en Lorraine, et qu'il en naîtrait un petit André Gautoit. Depuis qu'à 14 ans sa mère lui avait parlé de ce père américain, il n'avait cessé de le rechercher. À 72 ans, il confia finalement son ADN à une société spécialisée. Celle-ci explorait également grâce à l'ADN la généalogie de la famille Henderson, après la mort de Bill.

 C'est ainsi qu'André Gautoit se découvrit un frère et une sœur américains. Ces familles se rencontrèrent à Omaha Beach le 24 septembre. Ces "trouvailles", avec effusions, étreintes firent la une des media. On jura de serrer ces liens, mais si les gestes traduisaient bien les émotions, la barrière linguistique n'en permettait pas plus…

 C'est alors qu'André trouva la solution. Il allait se mettre à l'anglais. Initiative d'autant plus courageuse qu'en vertu du respect dû aux aînés, c'eût été en principe au cadet, 65 ans, de faire l'effort de se mettre au français.

De toute façon, je leur souhaite bien du courage s'ils souhaitent ainsi établir une véritable communication, même à travers le "globish" ! Ce charabia est une véritable injure à l'admirable langue de Shakespeare. Il ne suffit pas de connaître 1500 mots, il faut comprendre et être compris si l'on veut aussi se parler. J'ai beaucoup utilisé l'anglais, mais suis immédiatement largué dans les échanges entre anglophones, et cela empire depuis que je deviens un peu sourd. Et tous n'ont pas l'accent d'Oxford...

 La vraie solution, s'ils souhaitent vraiment une relation fructueuse, est que les deux frères fassent un effort commun, symétrique.  Je leur suggère de se mettre à l'espéranto. Je l'ai fait à 77 ans, seul face à  internet. Six mois plus tard, j'avais traduit et publié l'un de mes ouvrages,  deux autres ont suivi. À raison de deux séances par semaine, je ne donne pas plus de 2 mois à André et Allen pour se construisent un langage commun et échangent en frères.

 

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