Lettre à mon député qui a voté pour la loi de sécurité globale

Monsieur le député,

Vous avez voté en faveur de la proposition de loi sécurité globale.

L’exemple de ce qui s’est passé samedi soir dans le XVIIème arrondissement de Paris est l’illustration à la fois de l’évolution inquiétante d’une partie de la police, que le projet de loi Sécurité globale ne fait que favoriser, et de la nécessité de protéger la liberté d’informer pour la contrecarrer.

Des policiers dans l’illégalité totale se sont livrés à un tabassage sauvage sur une personne noire dont le seul délit est de n’avoir pas porté le masque au moment de rentrer chez elle, puis sur de jeunes gens dont le seul délit était d’être présents dans les locaux de cette personne. Et peut-être le plus grave, c’est que les policiers appelés en renfort, au lieu de chercher à comprendre ce qui se passait et de rechercher l’apaisement, ont immédiatement adopté la même attitude violente que leurs collègues, ce qui révèle l’état d’esprit général actuel des forces de police, au moins à Paris. De surcroît, non contents de s’être défoulés sur des innocents, ces mêmes policiers ont accusé la personne victime de leurs violences de s’être rebellée et même d’avoir cherché à se saisir de leurs armes, alors que la vidéo montre que tout au long de son calvaire de 20 minutes elle n’a eu d’autre intention que de se protéger des coups. Sans cette vidéo, cette personne serait probablement mise en accusation pour outrages et violences contre les forces de l’ordre.

Ne voyez-vous pas le lien entre le sentiment d’impunité de ces policiers voyous, le soutien public constant que le gouvernement témoigne aux forces de l’ordre même quand les preuves tangibles de leurs exactions sont apportées, et le projet de  loi Sécurité Globale, qui vise non seulement à leur donner plus de moyens répressifs au détriment des libertés fondamentales, mais aussi à rendre plus difficile tout recours des citoyens en cas de bavures ?

Ne voyez-vous pas l’indignation et la haine de la police qui ne fait que croître dans le pays suite à de telles exactions, augurant de révoltes violentes à venir ? Est-ce le moment de renforcer le dispositif répressif alors que toutes les dispositions légales existent pour traiter les crimes et délits y compris contre des policiers ? N’est-il pas temps au contraire de réformer profondément la formation et la pratique des forces de l’ordre, pour les remettre dans leur priorité républicaine, à savoir protéger la population, et d'en bannir les éléments violents ou racistes ? De faire cesser la répression brutale des manifestations? De remplacer l’IGPN par une institution démocratique indépendante ? etc.

Je vous invite à modifier votre vote en deuxième lecture, et de refuser l’accentuation du caractère répressif de la politique du gouvernement, épinglé par de multiples instances internationales, signe d’une dérive autoritaire d’un régime démocratique déjà bien malade.

Ce sera l’occasion de démontrer votre attachement à la démocratie et à l’État de droit. Je serai attentif à votre choix.

 

 

 

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