Situation de crise chez Solutions 30

Alors que la presse économique s'emballe sur l'affaire Solutions 30... voici quelques éléments factuels que nous partageons avec vous :

1) Voici, pour commencer, un extrait du rapport d'E&Y pour justifier son "Impossibilité d’exprimer une opinion" :

"Le Groupe ne nous a pas communiqué certaines informations nécessaires à la réalisation de notre audit.
Dans ce contexte, nous n’avons pas pu recueillir des éléments probants suffisants et appropriés justifiant la nature, la substance, la valeur et la conformité avec les lois et règlements de certaines transactions réalisées par le Groupe et déterminer si ces transactions ont été conclues avec des parties liées y compris les membres de la direction. De plus, le Groupe n’a pas donné suite à nos demandes de diligences complémentaires en lien avec les travaux d’investigation diligentés par le Conseil de surveillance.
Nous n'avons pas reçu de la part de personnes responsables du Groupe toutes les déclarations écrites que nous avons demandées."

On lit entre les lignes que le problème pourrait provenir d'acquisitions de sociétés.

2) Plus étonnant - ou plus grave ? - dans le rapport Deloitte, pourtant commandé par la société elle-même, il est mentionné cette phrase incroyable :

"In December 2020, we obtained a complete extraction of the Office 365 mailbox from Mr. Gianbeppi Fortis’ account, then in January 2021, we collected the data from his professional laptop in a forensically sound manner. (...) Please note that we observe a 6-month gap in email communications for the period of January through June 2019".

Il y aurait donc 6 mois d'e-mails du Président de la société qui auraient disparu !

3) Difficile dans ces conditions de ne pas donner du crédit aux allégations de Muddy Waters. Et même s'il s'agit de petits montants, la confiance avec les dirigeants actuels semble rompue.

Il existe donc un véritable risque de réaction en chaîne, car la non-certification des comptes peut rendre la dette bancaire exigible. On parle de 100 millions d'euros + 25 millions d'euros de compléments de prix dus, même si ces montants sont "théoriquement" couverts par les 159 millions d'euros de trésorerie qui apparaissent à l'actif de  la société.

Cette mauvaise publicité pourrait enfin peser sur certains renouvellements de contrats qui pourraient être donnés à des concurrents si Solutions30 n'apporte pas rapidement des gages de sérieux à ses gros partenaires opérateurs téléphoniques notamment.

Comment regagner la confiance ? Dans ce genre de situation, et sous réserve qu'on ne parle pas d'une fraude conséquente, il faut généralement changer les dirigeants, faire amende honorable sur les opérations possiblement litigieuses et obtenir des comptes audités par un auditeur reconnu. Est-ce la voie qui sera privilégiée ?

A suivre donc !

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