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Billet de blog 2 août 2022

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Antisémitisme : la faute majuscule de la Macronie

En taxant les députés NUPES et singulièrement LFI d'antisémitisme en plein hémicycle, le gouvernement et les députés Renaissance, banalisent le crime et parachèvent la respectabilité présumée du RN.

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Il ne leur reste que cela. En l'absence de majorité, dans un contexte socio-économique hyper tendu, ce 2 août, le gouvernement a abattu sa dernière carte face à l'opposition de gauche en la vouant aux gémonies de l'antisémitisme.

Ce fut d'abord le très sioniste soutien du gouvernement Netanyahou, M Habib qui sonna la charge. Ses insultes auraient pu en "toucher une sans faire bouger l'autre", tant l'homme est connu pour ces outrances pro israéliennes et islamophobes. Cependant, le garde des sceaux, qui au lendemain des législatives fut l'un des tous premiers à tendre la main ( et le bras) à l'extrême droite, reprend à son compte les accusations. Enfin, ce fut au tour de Madame Borne, première ministre, sans portefeuille ni pouvoir, de tenter avec ses gros sabots, de scinder l'opposition de gauche en déclarant que bien sûr PCF EELV et PS étaient dans le champ républicain tout en excluant LFI.

Madame la première ministre, sans doute oublieuse de la quasi réhabilitation de Pétain, puis de Maurras par son patron entre 2018 et aujourd'hui, trouvait ce qu'elle pensait être une issue.

L'accusation d'antisémitisme, jusqu'ici, faisait figure d'arme atomique à l'encontre de l'accusé. Or, l'utiliser en ce lieu et ainsi a deux effets délétères

D'abord, elle banalise la gravité de l'accusation. Si, en effet, 75 députés étaient effectivement antisémites, ces derniers devraient être interdits d'assemblée, traduits devant la justice et condamnés. Or bien sûr, rien de tel dans le cas présent. Conclusion, l'antisémitisme peut être brandi en plein parlement, par les plus hauts personnages de l'État sans que cela soit suivi du moindre effet réel hormis d'agiter les plateaux et les réseaux sociaux pour 24 heures. L'antisémitisme devient donc une accusation banale, courante, un effet de manche pour quiconque dispose d'une tribune...et de moins en moins un propos ou un acte passible des tribunaux.

Le second effet de l'opération mediatico politique est purement politicien : il consiste à accoler Gauche ( radicale) à antisémitisme dans une sorte de délire révisionniste officiel afin de mieux disculper les vrais antisémites historiques, le courant antisémite ultra majoritaire, à savoir l'extrême droite. C'est ainsi que le délirant Onfray, en retraçant la généalogie de l'antisémitisme, évite soigneusement d'évoquer le nazisme...et même les antidreyfusards pour fustiger l'antisionisme. Tenter ainsi de bouter hors de la République le camp qui célèbre l'homme qui en a forgé la devise, Robespierre, ( et qui se battit en faveur de la citoyenneté des juifs !), pourrait être ridicule mais...

C'est le troisième acte de la tragédie qui se joue en fait. Après l'élection grotesque d'un Président détesté grâce à un électorat accusé aujourd'hui d'être antisémite, le deuxième acte fut celui de la trahison, par l'alliance manifeste de la minorité parlementaire avec les représentants fascistes du RN.

Le troisième acte, qui se joue actuellement est celui où le noeud gordien se resserre sur les acteurs. En abattant, un mois seulement après les élections, la carte offensive la plus diqualifiante et infamante sur l'opposition, la Macronie est déjà nue.

Une fois l'effet retombé, que lui restera t il ? Rien si ce n'est la gestion des pots cassés. La Macronie n'a plus rien en stock, ni contre LFI, ni surtout contre le RN.

La rentrée sera très compliquée à gérer et le quatrième acte sera celui de la dissolution, celui où les protagonistes, en se débattant dans tous les sens, se condamnent définitivement. Le dernier acte sera le triomphe de l'extrême droite aux prochaines législatives qui aura pu nouer des alliances de Reconquête à LR, et qui sera en position de force si par miracle elle n'est pas majoritaireau Palais Bourbon.

Macron aura donc sa cohabitation avec Le Pen. Les deux seront d'accord pour restreindre le droit d'expression de la gauche jugée extrémiste ( puisqu'elle est antisémite), puis la radicale ( puisqu'elle fréquente l'antisémite), puis la modérée ( car elle siège aux côtés de la radicale) On y va tout droit. Les Français regardent ailleurs.

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