Vertige et sidération : le fascisme hic et nunc

Quelques lignes que m'inspirent Ruffin, Begaudeau, Branco, dernières lectures en date.

Comprenons nous bien, il n'y a plus de dialogue possible avec ce gouvernement, rien à négocier Je n'écris pas cela dans un but performatif , c'est simplement factuel. Un exemple : Ils détruisent la Fonction Publique, le paritarisme, son statut et son principe même (La loyauté envers la République au service de l'intérêt général est remplacée par la loyauté envers un ministre et un gouvernement) . Sans corps intermédiaire, comment envisager le dialogue social ? Nous ne sommes pas seulement méprisés mais piétinés, nos droits bafoués chaque jour (de manifester, de s'exprimer, de circuler ...) et nous en sommes encore à savoir ce qu'il conviendrait éventuellement de faire. L'effet de sidération est délibérément recherché, c'est la stratégie du choc, en ouvrant des fronts multiples ils cherchent à briser toute résistance. La violence sociale et institutionnelle qui se déploie quotidiennement est infiniment supérieure à tout ce qu'on pu faire black blocs et GJ depuis 20 semaines. Le régime que nous avons en face de nous n'est pas un régime démocratique même s'il est arrivé au pouvoir par une procédure d'apparence démocratique. Songeons y : aucun dialogue, un grand débat monologue, une presse papier, des médias radios des télévisions à l'unisson capables de rejeter toute forme d'opposition comme extrémiste et dangereuse, une porte-parole du gouvernement fraîchement nommée qui a déclaré "J'assume parfaitement de mentir pour protéger le Président", des lois de contrôle de l'information (fake news), la captation permanente de la parole (des dizaines d'heures de monologues présidentiels avec les maires, les femmes, les "intellectuels" les enfants..., un ministre de l'intérieur qui devant des enfants explique comment utiliser les LBD, un Président qui ment au sujet d'une manifestante gravement blessée et lui demande d'atteindre une certaine forme de "sagesse" à 73 ans). La violence d'Etat c'est aussi des cadeaux fiscaux en milliards aux 1% les plus riches de ce pays, aux exilés fiscaux, aux patrons qui délocalisent, aux actionnaires défiscalisés. Ce sont des taxes en augmentation pour les retraités, pour les fonctionnaires, ce sont des augmentations sans commune mesure des tarifs de l'électricité et du gaz, c'est l'accroissement sans pareil des impôts privés (mutuelles, péages autoroutiers, tarifs des assurances...) C'est la promesse de voir fondre nos retraites et notre temps de travail gratuit augmenté. Qu'est ce donc qu'un Fouquet's aux vitrines brisées au regard de cela ? Qu'est ce donc qu'un plâtre de l'Arc de triomphe dégradé face à plus d'une vingtaine d'éborgnés pour lesquelles l'exécutif n'a pas eu un mot de compassion en 20 semaines. Et n'oublions pas les arrestations préventives, les marquages chimiques, les grenades lancées sur les foules depuis les airs.... La distorsion langagière est également à l'oeuvre le "progressisme" devient une machine à broyer "l'Europe de la paix" une machine de guerre, des gens demandant de vivre de leur travail "une foule haineuse", un système médiatique détenu à 90% par 9 milliardaires, un "garant du pluralisme" et j'en passe. Quand un député de la majorité demande la dissolution d'un syndicat et qu'il ignore que la dernière dissolution d'un syndicat remonte à 1940, quand Pétain devient "un grand général", quand l'antisionisme devient l'équivalent de l'antisémitisme. Rendons nous compte aussi des dégâts internationaux, de l'image de la France dans le monde, qu'un Président français reçoive des leçons de maintien de l'ordre du président chinois ou turc, quand l'ONU (oui l'ONU) s'inquiète de l'irrespect des droits de l'homme en France, quand le Conseil de l'Europe (oui le Conseil de l'Europe) condamne le recours à la répression quel est le discours tenu en France ? L'ONU, le Conseil de l'Europe, le parlement européen sont tordus, excessifs, manipulés... On croit rêver. Dans quel type de pays ces institutions sont elles moralement condamnées ?

 

Le discours de Macron était d'en finir avec le monde d'hier...c'est réussi, la promesse a été tenue. Tous les gardes fous démocratiques sont mis à bas en moins de deux ans, les corps intermédiaires écrasés, les instances de régulation (défenseurs des droits, observatoires, ONG par exemple) inaudibles, l'Assemblée nationale réduite en caisse enregistreuse...seul le Sénat (mon dieu, le Sénat). Dans les salles de classe, s'il n'est pas encore question de la croix et du portrait du chef, le nationalisme naphtaline refait son grand retour (et vas y le drapeau et les couplets de la Marseillaise...et surtout le drapeau de l'UE à la symbolique mariale, porte étendard d'une institution décrédibilisée, a-démocratique au service exclusif du grand capital international). C'est autour de ça que nous sommes enjoints de "faire société" Quand la DGSI poursuit les "décrocheurs de portraits du Président", quand le RAID débarque chez des supposés Gilets Jaunes, quand la police fait circuler une vidéo de dizaines de mineurs humiliés agenouillés, quand des mineurs sont condamnés pour des grafs anti Macron qu'ils sont perquisitionnés chez eux pour retrouver des bombes de peinture, quand la justice condamne 800 personnes sans passé judiciaire à de la prison ferme, on se gargarise et la garde des sceaux jubile quand le manifestant devient "le complice du pire" on se félicite. Tout ça quand on sait que la tête de navire est pourrie et tombe en décrépitude, que les "têtes pensantes du macronisme" et autres conseillers spéciaux du président" tels les rats se barrent. Que leur discours creux au possible, sans souffle ni vision, que leur ignorance crasse se résume à une formule sans fond "Le progressisme c'est élargir le champ des possibles". Ces braves gens qui ont diffusé via un compte twitter anonyme depuis l'Elysée des vidéos illégales et mensongères pour protéger leur pote Benalla se voient déroulé le tapis rouge des plateaux télé ou des matinales radiophoniques lors d'interviews complaisantes.Que ce pouvoir a dû limoger toute la haute hiérarchie policière pourtant seule garant de leur maintien au pouvoir.

 

Se déciller, respirer, relire peut-être. Rien de ce qui vient d'être écrit n'est faux, rien n'est extrapolé. Maintenant se remémorer "deux ans avant". Le seul capable d'éviter le pire, le vote utile, un jeune homme fringant plein d'allant, un grand esprit, les courbettes, les remerciements, les tapes dans la main avec Ruth Elkrieff, les injonctions "Faites ce que vous voulez, mais votez Macron" (Une de Libération) Parce que c'est notre projet. Souvenons nous Bayrou, Collomb en maîtres de cérémonie. Et les outrances de Mélenchon "Vous allez cracher du sang", les costumes de Fillon, l'utilité stratégique de Hamon. Et de l'ancien Président et de son premier ministre passés au service du parvenu. L'un est parti se faire étriller à Barcelone, l'autre nous explique aujourd'hui que sa créature nous amène face au risque de l'extrême droite au pouvoir. Et nous revoilà repartis pour une ritournelle vielle de plus de 20 ans, c'est Macron ou le chaos et la haine, de sondages en sondages, de plateaux lés en matinales radiophoniques, d'éditos en tribunes. Mais qu'avons nous d'autre aujourd'hui au pouvoir qu'un néo fascisme ? Qu'est ce qui différencie la France de la Hongrie d'Orban ou de l'Italie de Salvini ? La violence de la répression policière sur la population autrement plus puissante en France. Et que l'on ne dise pas que c'est concernant l'accueil des réfugiés/immigrés. On est bien moins accueillants que ces derniers. Le danger n'est pas l'accès au pouvoir de l'extrême droite, le danger c'est qu'elle y est déjà et qu'elle n'a même pas besoin, lavage de cerveau médiatique aidant, de se proclamer comme telle. Car le RN a désormais le même programme que Macron, européiste, pro euro, pro V° république,...où l'on constate que Le Pen est défavorable au recours à l'armée dans le maintien de l'ordre public. On ne comprend plus rien, se frotter les yeux et on rembobine. Le RN est conc plus modéré que LREM ou se retrouve dans une posture qui lui permet de le faire croire. Bravo, on en est là.

 

 Comment répondre ? Commencer par le redire : il n'y a rien à négocier, rien à attendre. La destitution ou rien. La révolution ou le totalitarisme soft de la starteupnachion. A chacun de choisir, mais pas d'autre alternative, pas de faux semblants ou de faux-fuyants. Ayons au moins le courage de regarder la situation en face. La révolution mais c'est la violence se récrie-t-on dans la bourgeoisie qui se croit installée. Mais c'est déjà ton tour toi le petit bourge. Ta maison que t'en finis plus de payer, ta mère que tu peux pas faire crever dans un EPHAD digne, tes gosses pour qui tu te saignes pour qu'ils aient vaguement l'impression de vivre convenablement. Quelques milliers d’euros pour chacun d’eux pour qu’ils puissent intégrer une école de commerce où on ne leur apprend rien si ce n’est à se faire du réseau, de l’entregent. A se corrompre en somme, à se vendre comme une pute. Sauf que la pute est bien plus digne elle ne vend que son corps et pas son âme, mais qu’importe. T'es là et tu t'accroches à ton train de vie et ton pouvoir d'achat, mais t'oses plus regarder le prix quand tu fais ton plein, tu tends ta CB et tu essaies d'oublier. Pour tes vacances tu prends du RB&B, parce que c'est moins cher, t'achètes sur Amazon parce que c'est moins cher, et tu le sais pourtant que c'est pas la solution, que c'est même le début du problème, que ces locataires ne paient pas d'impôts tout comme les GAFAM, que c'est au nom de ce manque à gagner qu'on va te demander de cracher davantage au bassinet. Tu t'enfonces, tu deviens schizo alors une fois l'an, tu t'envoies en l'air (au figuré car au propre ça fait déjà longtemps que t’es blasé.e) à l'autre bout de la planète, parce qu'après tout toi aussi t'as bien le droit de décompresser, ce faisant tu salopes la planète cent fois plus qu'en une année de ta berline diesel d'occasion. Mais tu n'en n'as cure, profiter, oublier tant que c'est encore possible. Tu vois bien qu'autour de toi tout s'effondre, t'entend parler du truc à la vogue, la collapsologie qu'ils appellent ça. Le millénarisme a de l'avenir. T'entends dire que les fortunés achètent des milliers d'hectares en Norvège pour anticiper le réchauffement, toi tu te mets sur le "bon coin" pour acheter une clim. Et tu vois le prolo, l'employé, l'agent B ou C de la fonction publique jouer au loto et faire des heures au black et tu te dis que les salauds c'est eux, le manque à gagner, la redistribution ils n'en n'ont que faire. Les blacks et les arabes qui fraudent tant qu'ils peuvent, t'entends parler de cette femme SDF emprisonnée pour avoir volé des fruits dans un supermarché, tu la plains mais tu décroches pas, c'est vrai qu'on dépense "un pognon de dingue pour les allocs et les aides sociales" et que c'est ça qui nous coûte. Sans même songer que ta baguette toi le boulanger, que le paquet de clopes toi le buraliste il est acheté avec ce même pognon de dingue. Tu sais que t'es qu'un pion, une merde quoi, que tu appartiens à "ceux qui ne sont rien" mais la dernière fierté qu'il te reste c'est de pouvoir humilier ceux qui sont encore plus faible. T'es le kapo des camps mon bonhomme. Alors au lieu de penser grand et de voir large, tu mets tes œillères et tu continues à faire comme si de rien n’était. Pourquoi ? Parce que t’assumes pas ton déclassement.

 

C’est toi et toi seul que l’Histoire jugera, tes faiblesses, tes lâchetés et tes trahisons. C’est toi qui n’as pas voulu voir, c’est toi qui a laissé faire. Pour l’instant dans ton confort factice, tu observes, tu soupèses et tu gloses. Il est encore temps de ne rien faire penses-tu. Ton individualisme te guide alors tu continues à sourire, à bosser, à danser…et tu bois davantage, tes antidépresseurs sont tes meilleurs compagnons à moins que ce ne soient tes somnifères. Tu cours beaucoup, tu te vides, tu te purges, c’est ta catharsis, les livres ça fait longtemps que t’as oublié. Tu passes ton temps à te mentir, mais le sol se dérobe, inexorablement.

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