Wilfrid Magloire Obili  et Sassou Nguesso créent un scandale judiciaire

Le Tribunal de grande instance (TGI) de Créteil, en région parisienne, dans son jugement du 2 janvier 2017, a condamné le conseiller juridique du président congolais Denis Sassou Nguesso, le nommé Wilfrid Magloire Obili, pour faux, altération frauduleuse de la vérité dans un écrit, escroquerie et abus de confiance.

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Congo -Brazzaville : Wilfrid Magloire Obili  et Sassou Nguesso créent un scandale judiciaire avec la France

Le Tribunal de grande instance (TGI) de Créteil, en région parisienne, dans son jugement du 2 janvier 2017, a condamné le conseiller juridique du président congolais Denis Sassou Nguesso, le nommé Wilfrid Magloire Obili, pour faux, altération frauduleuse de la vérité dans un écrit, escroquerie et abus de confiance.

Les faits se sont déroulés sur le territoire français et ne sont pas prescrits. Ils remontent à la période allant du 25 mai 2009 au 30 novembre 2012. La justice française accuse le prévenu Wilfrid Obili, d’avoir « employé des manœuvres frauduleuses en l’espèce, notamment en produisant de fausses factures à l’en-tête de l’association Ntounta de l’artisan Nzihou, au nom de Gildas Borefe, et au nom de Sam Déco, afin de déterminer l’UDAF94 [Union départementale des Associations familiales constituée en partie civile (Huit familles françaises)] ou les banques à faire verser des fonds ou à valider des paiements faits à son profit direct ou indirect aux préjudices de l’UDAF94 ».

Le conseiller juridique du chef de l’Etat congolais a utilisé ces fonds pour ses besoins personnels notamment le retrait, l’achat de biens chez Castorama de Villeneuve Saint Georges, et chez Electro Déco à Montgeron. Il a été condamné à deux ans de prison ferme, à 44 762, 07 euros de préjudice matériel, plus de 7.000 euros de préjudice moral, et à une interdiction d’exercer pendant cinq ans, toute activité de gestion. Absent au procès, un mandat d’arrêt a été ordonné à l’encontre du Conseiller de Sassou Nguesso.

Le Tribunal de grande instance a ordonné la force publique de conduire Wilfrid Obili, absent à son procès, à la maison d’arrêt. 

Le 14 mars dernier, alors qu’il est missionné par Denis Sassou Nguesso pour s’occuper de son dossier des Biens mal acquis (BMA) en France, le conseiller escroc est arrêté à l’aéroport de Charles de Gaulle et incarcéré à la maison d’arrêt de Fresney en Essonne. Son mentor va dépêcher le 26 mars, Apollinaire Aya avec une mallette de billets, pour libérer le délinquant. La justice française va protester contre cette libération. On parle de prime au voleur depuis le retour de Wilfried Obili à Brazzaville et son maintien en poste de conseiller.

Wilfrid Magloire Obili est également soupçonné d’avoir fabriqué des preuves lors des procès du général Jean-Marie Mokoko et André Okombi Salissa, et impliqué dans les malversations financières et blanchiment. Les Congolais dénoncent « la mort du droit et de l’instauration de méthodes staliniennes » depuis l’arrivée du conseiller juridique de Denis Sassou Nguesso.  Les magistrats dénoncent des dérapages planifiés, parfois des suspensions d’audience, la sortie de nouvelles preuves et de nouveaux témoins dans certaines affaires. Ils se plaignent de ne pas toujours parvenir à dire le droit en toute célérité et sérénité, confrontés aux pressions, intimidations directes ou indirectes du conseiller du président. On n’a du mal à  comprendre la décision du président de la République de garder Wilfrid Obili, qui a mis le doute dans la justice française et la communauté internationale sur les questions éthiques et de déontologie liées au droit. 

Les responsables du Fonds monétaire international (FMI) qui viennent de signer une facilité de crédit de 448,6 millions de dollars sur trois ans avec le Congo, s’interrogent. Dans les coulisses, on n’exclut pas, en France et au FMI, de soulever la question de Wilfrid Obili en automne prochain, à Washington. On s’interroge sur les raisons qui peuvent pousser le chef de l’Etat congolais à aller au secours de son conseiller juridique. Wilfrid Obili serait  l’une des personnes qui connaît bien la procédure, notamment du chef de blanchiment et recel de détournement de fonds publics, référence au dossier à tiroir connu sous le nom d’affaire des BMA. 

Détenteur d’un coquet patrimoine immobilier et financier en France, Denis Sassou Nguesso et les siens apparaissent depuis plusieurs années dans la procédure, aujourd’hui gérée par son conseiller. Le laisser incarcéré en France est un risque de voir ouverte la boîte de pandore. 

Les magistrats français seraient prêts à saisir le Quai d’Orsay à la rentrée, pour dénoncer, manifestement l’ « exfiltration » de Wilfrid Obili. Leurs homologues du Congo de leur côté,  n’apprécient pas l’immixtion du conseiller juridique de Sassou Nguesso dans certaines plaidoiries. Wilfrid Obili est désormais Persona non Grata en France. A travers lui, Denis Sassou Nguesso fragilise ses relations avec la communauté internationale et la justice congolaise. Les pressions vont monter à la rentrer pour pousser le chef de l’Etat  à prendre congé de son protégé/ protecteur, son escroc de conseiller juridique. 

 

Jean Noore

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