Le Burkina : chronique d´un pays assis sur une mine d´or… noir

Un adage africain dit que l´enfant qui a mordu le cou de la mère qui le porte est jeté à terre. Et qu´adviendrait-il à la « Grande nation » une fois, par terre, n´aurait plus accès aux tétées de la mère-nourricière dont elle aura mordu le cou alors qu´elle en dépend presque entièrement ? Bonne question.

 

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Un adage africain dit que l´enfant qui a mordu le cou de la mère qui le porte est jeté à terre. Et qu´adviendrait-il à la « Grande nation » une fois, par terre, n´aurait plus accès aux tétées de la mère-nourricière dont elle aura mordu le cou alors qu´elle en dépend presque entièrement ? Bonne question. La réponse est dans l´avenir, une fois que la mère n´aura plus intérêt à porter le bébé ingrat, qui, même devenu grand, continue de se comporter comme tel. Dans le cas présent, la mère c´est cette grande dame au cœur de l´Afrique de l´Ouest. Elle a un nom : le Burkina Faso, pays des hommes et des femmes intègres. L´intégrité est, certes, une bonté, mais pas une naïveté. Compté parmi les pays les plus pauvres de la planète, ce pays plutôt riche en trésors cachés commence à comprendre ce qui lui arrive. Il comprend que le mensonge a des courtes jambes. Il comprend qu´on ne peut plus rien lui cacher pendant longtemps. Ses fils et filles ont grandi en sagesse et en intelligence. Le pays peut voir l´avenir en rose et s´en donner les moyens. Mais de quoi s´agit-il ?

Indépendante de sa chère France depuis le 05 août 1960, l´ancienne Haute Volta, devenue le Burkina Faso s´est développée en dents de scie, certes, mais il n´a cessé d´avancer. Avec ses pas moins de cinq coups d´Etat et soulèvements populaires depuis son premier président Maurice Yaméogo, le pays a compté parmi les plus instables politiquement en Afrique. La « Grande nation » quant à elle, n´a jamais été loin. Les richesses « cachées » aux peuples burkinabè ont continué de la tenir, au point de faire d´elle la véritable propriétaire des terres du pays. Telle une sangsue, elle a pénétré les profondeurs des sols pour tirer sans vergogne ses trésors, à l´insu d´un peuple « immature » et sous-éduqué. L´intérêt était de le garder dans l´ignorance pour autant d´années que possible, afin de lui faire croire que pauvreté et misère lui sont, pour l´éternité, collées à la peau et dans la chair, et qu´il devra, tel un malade qui se sait condamné, dépendre de l´assistance d´en haut, du grand médecin d´Occident, qui décide de l´autre côté de la mer, côté où la lueur de lumière qu´elle peut se targuer de voir (son « indépendance » de façade), lui est provenue, et lui provient encore.

A l´époque où le pays n´avait ni scientifique, ni ingénieur, on pouvait comprendre que le maître colon ait été le seul à connaître les trésors cachés dans les sols et sous-sols du pays. On comprenait qu´il était le seul à savoir comment les extraire et comment juger de leur qualité et de leur valeur monétaire et même de combien les populations locales en bénéficieraient, si tant était. Tenons par exemple. Une fois le minerai de fer extrait de terre, elle était seule à en juger de la teneur réelle en fer. Elle devait en déclarer seule le pourcentage et puis de décider du « prix » à payer. Il en était ainsi des autres produits d´exportation comme le coton, le cacao ou le café. On était la bonne main d´œuvre. On produisait pour consolider sa misère et pour confirmer sa pauvreté, jamais pour s´enrichir ou pour créer des richesses et développer le pays. Il n´était pas question d´ouvrir les yeux sur ces nombreuses richesses de peur de soulèvement contre la « Grande nation » qui se verrait alors les portes d´accès aux richesses resserrées, sinon fermées par une rébellion qu´on risquait de ne pas maîtriser. Les soulèvements populaires devaient avoir pour seule raison la faim contre un régime local qui ne faisait aucun effort pour donner à manger et à boire à ses populations appauvries. Toute tentative d´aller au-delà de cette raison devait être écrasée, pour faire taire toute velléité à la prétention de prendre pour soi ce qui, en principe est à soi, mais qui, de fait, appartenait à l´ « autre », au blanc. On avait le mythe du blanc. Il était le plus fort, le plus intelligent, tout devait lui appartenir. La tuerie des héros de la « transformation » devait consolider cette politique d´élimination d´éléments gênants qui tenteraient d´éclairer les peuples sur la réalité des richesses qui sont les leurs et dont ils devraient être les premiers bénéficiaires. 

Jusqu´aux temps présents, cette politique macabre du règne de l´égoïsme de la « Grande nation » a continué. La « Grande nation » continue à ne pas dire la vérité. Elle continue de cacher. Mais jusques à quand ? Pas plus pour longtemps il faut le dire, puisque le réveil des consciences africaines est inéluctable et irréversible. L´Afrique a formé des enfants. Ils sont ingénieurs, techniciens, polytechniciens, scientifiques, chercheurs, bref des intellectuels de haut niveau. Ils sont prêts à aider le pays à créer des richesses pour commencer son développement. Il s´agit des forces qui demandent à être mobilisées. Il suffit de penser aux conditions d´accueil, et travailler les cadres d´intégrations pour que les portes soient ouvertes. Les portes sont des colloques pour la recherche des voies de mise en route des projets de petites envergures, qui une fois réalisées, se transforment en projets forts pour le pays. Les portes sont des ouvertures sur le terrain qui permettent de sonder pour se projeter. On découvrirait alors facilement les potentialités à exploiter pour donner au pays les moyens de son développement. On découvrirait par ce même moyen que le Burkina est assis sur une plaque de mine d´or noir, oui du pétrole dont on sait qu´il a encore de l´avenir dans ce monde, quoi qu´on dise.

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Parlant justement du pétrole dont regorge le pays et qui reste ignoré. Le « Pays des hommes (et femmes) intègres » a une partie de son territoire posée sur la plaque linéaire qui part du nord de la Côte d´Ivoire vers l´est du Mali. Que la Côte d´Ivoire et le Mali exploitent le pétrole dans cette zone, il est évident que ce pétrole n´ait pas tracé de frontière dans le sous-sol pour sauter l´ouest du Burkina, car tel un lac qui coule finement, le pétrole que cette partie de terre regorge, se trouve aussi sur le territoire du pays et n´attend que d´être sondé pour que confirmation soit faite et que la voie soit ainsi ouverte pour son exploitation. Mais le tout n´est pas d´ouvrir la voie à son exploitation, il faudra que le pays se dote d´un code pétrolier responsable et s´approprie de manière directe cette richesse. Si l´exploitation de ses 08 gisements officiels d´or ait été confiée à des entreprises étrangères qui s´enrichissent sans souci sur le dos des peuples burkinabè et au détriment de ces derniers, il sera hors de question de livrer son pétrole à des étrangers sans vergogne qui ne se soucient aucunement des populations pauvres, mais de trouver un cadre exceptionnel d´exploitation de cette manne pétrolière par les enfants du pays devenus grands. Le Burkina saurait faire exception en Afrique, vis-à-vis des conglomérats casseurs, pour se positionner en exemple dont l´exploitation des gisements ne saurait être confiée ni à Total, ni à Exxon-mobil ou aux multinationales du même genre. 

On rétorquera ici bien sûr, que le pays ne dispose d´aucun moyen pour oser une telle prétention. De quels poids financiers dispose-t-il, quand on sait que les recherches coûtent chers et que l´installation des machines sont aussi une autre paire de manches ? A qui vendrait-on un tel pétrole si les multinationales ne sont pas impliquées dans son exploitation ? etc. 

Tout en avouant que ces questions ne sont pas simples, on prendrait conscience d´une voie nouvelle qu´il faudrait à tout prix ouvrir pour l´Afrique, pour qu´à l´exemple des pays du golfe, on se donnerait des moyens humains, des intelligences humaines pour y parvenir. On ne développerait pas au début la prétention d´être à la taille des géants, on accepterait de grandir et surtout d´écrire l´histoire d´une nation qui aura compris et qui se serait battu pour y arriver. Cette prétention aurait pour avantage d´unifier les fils et filles du pays autour d´un idéal de développement commun, à travers des conventions honorables de redistribution des richesses issues des efforts communs. Une décentralisation permettant la prise en charge des populations localement dans la redistribution des retombées de la manne pétrolière, comme de toutes les autres richesses du pays, aurait pour avantage de faire cesser les velléités sécessionnistes et des revendications indépendantistes, et même de type religieux. Le pays n´aurait plus besoin de « forces d´interposition » étrangères dans ses affaires intérieures. Ce serait le règne de la paix et de la fraternité entre les populations d´un peuple diversifié et fier de l´être. Le cordon ombilical serait alors coupé et la « Grande nation » deviendrait tout au plus, et non moins, la sœur que l´histoire aura forgée. On écrirait des contrats d´entraide mutuelle, et jamais de domination, qui serait devenue, pour ce qui est de cette dernière, un fait du passé. Le Burkina vivrait de ses richesses et ses filles et fils, devenus mûrs, conscients et responsables, géreraient le pays avec justice, intégrité et équité. On parlerait d´un pays africain devenu capable. Qui dit mieux ?!

 

Une chronique de O. Bonkoungou

 

Ouaga, Septembre 2019

 

 

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