Covid-19 – le port du masque

Ce 9 avril, le journal populaire Aujourd’hui en France titre : "Pourquoi le masque s’impose". Et "Les autorités médicales s’accordent désormais pour dire que le port généralisé d’un masque de protection est une mesure indispensable contre le Covid-19. Peut-il devenir obligatoire ?" Mais bon sang, qu'on arrête de me prendre pour un con !

Notons bien : un masque de protection. C'est quoi au juste ? Et la protection de qui – le porteur ou l’Autre ? Pourtant, Mediapart, le 2 avril, fut catégorique :

«  [Les masques chirurgicaux…] ne protègent pas ceux qui les portent, mais empêchent ces derniers de contaminer d’autres personnes par leurs postillons. […] Seuls les FFP2 et FFP3 protègent leurs porteurs. »

Alors de quoi parle-t-on ? J’ai cru comprendre que les masques de fortune, qu’on appelle des masques alternatifs, s’assimilent aux masques chirurgicaux. Donc, ils ne protègent pas le porteur mais ils peuvent contribuer à protéger l’Autre. Ce serait rassurant pour une infirmière, par exemple, de savoir qu’elle minimise le risque d’infecter ses patients en portant un masque chirurgical. Mais il n’y en a pas assez ! Même pour ces personnes dévouées et précieuses. Alors, qu’on ne prétende pas pouvoir en équiper la population toute entière !

Or, dans l’expression masque de protection, il y a, implicitement, la notion « protection de soi-même ». S’agit-il, seulement (!), d’un langage imprécis ? Si oui, de la part de qui : les autorités médicales ou les éditeurs du journal populaire qu’est Aujourd’hui en France ? Que ce soient les uns ou les autres, ce manque de précision ne peut que contribuer à la confusion générale. Que ce soit clair : seuls les masques de type FFR peuvent vous protéger contre les projections de l’Autre. Mais, il y a une semaine ça et toujours selon Mediapart, il n’y en avait pas en France. Pas du tout!

De toute façon, le port d’un masque ne saurait être la solution magique : même les FFR ne sont pas sûrs à 100%. D’ailleurs, parmi les experts, le débat sur l’importance relative des différents vecteurs d’infection est loin d’être résolu : les postillons, le contact entre individus, le contact avec des objets communs (le bouton de l’ascenseur, le chariot du supermarché…), etc, etc. N’oublions pas que le port du masque n’est qu’un élément parmi tous ceux qu’on appelle collectivement les gestes barrières et dont, à mon sens, la distanciation physique est de loin la plus importante.

Cela étant, la polémique autour des masques me paraît disproportionné et me rend méfiant. A la page 2, Aujourd’hui en France nous rappelle, à juste titre, que les masques ont été « successivement inutiles puis utiles, en nombre suffisant puis en pénurie pour, finalement, apparaître vitaux. » Mais de là à conclure que « tout le monde se trouve désormais à découvert face à une certitude : le port généralisé du masque nous aidera à sortir mieux et plus vite de cette séquence insensée », voilà qui est moins convaincant.

Pour les politiques, la valeur première d’un masque est sa visibilité. Ils peuvent les compter et s’en vanter. Regardez, ça change ! Nous agissons ! Faites-nous confiance, nous avons les choses en main. Mais leur incapacité, dès le début, à formuler une parole cohérente – même un aveu franc : Pour le moment nous n’en savons pas trop – les a privés de toute crédibilité. Pourquoi les croirait-on maintenant ?

Qu’ils nous responsabilisent, nous aussi, oui, je suis pleinement d’accord. Mais qu’ils arrêtent de nous prendre pour des enfants, bordel !

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