Covid-19 – la mauvaise solution à un faux problème

Covid-19 se propage rapidement de par le monde, ce qui fut prévisible. Pourtant, je n’y vois pas la menace d'une catastrophe. A condition, toutefois, de situer les choses dans la bonne perspective. Le vrai danger se profile dans une sur-réaction.

Le mot pandémie a tendance à déclencher la peur. Mais n’oublions pas qu’il fait référence seulement à l’envergure et à la vitesse de la propagation d’une infection. Non point au nombre total des victimes. Les chiffres indiquent que 2% des infectés meurent. Et encore, ce pourcentage est significativement plus bas en dehors de Wuhan, où les autorités ont été prises de court. 5-7% deviennent sérieusement malades, et tous les autres – arrondissons à 90% – sont soumis à une méchante grippe.

La pandémie de grippe porcine en 2009 nous a beaucoup appris sur le dépistage, la mise en place de centres de soins, la logistique générale, etc. On peut dire que celle de la grippe espagnole, qui a fait 100 millions de victimes il y a cent ans déjà, a eu lieu dans un autre monde, compte tenu des avances de la science médicale entre-temps. Notons bien aussi que la grippe porcine a tué ‘seulement’ 200 000 personnes : environ l’équivalent de la grippe ‘normale’ tous les ans. Et ce, malgré l’énorme augmentation de la population globale, l’émergence de mégapoles à haute promiscuité et la mondialisation.  

Autant dire que nous ne sommes pas forcément face à une catastrophe – à moins d’en fabriquer une. Hélas, voilà justement ce que nous sommes en train de faire. Vouloir mettre des villes entières en quarantaine, couper les liens de transports avec tel ou tel pays, n’empêcheront pas le virus de se propager. Mais cela peut faire des ravages au niveau des réseaux internationaux, très complexes, de production et de distribution. C’est d’ailleurs ce qui se produit déjà. Une usine de fabrication n’a pas de stocks en réserve de nos jours ; les pièces et autres sous-assemblages arrivent en flux tendus, et ils viennent de partout dans le monde. Si un seul élément vient à manquer, l’ensemble s’arrête net. Bloquer les transports internationaux déclencherait une monstrueuse crise industrielle… et donc économique. Ce dont nous n’avons guère besoin en ce moment.

Notre monde est déjà suffisamment fragilisé. Trump l’idiot-en-chef se fiche éperdument de la loi internationale ; l’UE est aux prises avec la résurgence de l’extrême droite et subit des querelles relevant de l’après-Brexit (lequel lui a coûté une énergie et un temps et précieux) ; l’Inde prend un sale virage vers la droite religieuse et le nationalisme, au péril de ses 20 millions de musulmans ; la Chine ne se donne plus la peine de cacher sa soif de pouvoir économique, et sa capacité à y parvenir ne fait pas de doute ; le Moyen Orient, abandonné à son sort tragique, est devenu une plaie gangréneuse, honteuse ; la Russie provocatrice a beau être moins puissante qu’elle ne se croit, elle aurait tout de même développé un nouveau jouet – un missile hypersonique ; l’Afrique approche les deux milliards d’âmes, dont la plupart sont jeunes, ont faim et sont en colère ; enfin, le changement climatique – vous vous en souvenez ? – devient ‘soudainement’ une menace terrifiante sur les pentes toujours plus raides d’une courbe exponentielle. Dans un tel contexte, nous n’avons vraiment pas besoin d’une crise logistique globale.

Car cela pourrait bien être la dernière goutte qui nous fait basculer dans un chaos global et irréversible. Déjà, le désinvestissement des énergies fossiles et le cauchemar des 'actifs échoués' (stranded assets) rendent les marchés financiers nerveux. Pas plus tard que la semaine dernière, JP Morgan, premier financier d’énergies fossiles au monde, a eu le culot de prévenir ses clients que « la crise climatique est une menace pour la survie de l’humanité » et que « la planète est sur une trajectoire insoutenable », d’après un document interne obtenu par le Guardian. Lorsque ‘Big Oil’ implosera, la pagaille s’installera. Incontestablement, nous vivons sur le fil du rasoir.

Nous ne pouvons pas empêcher le Covid-19 de se propager. S’y essayer obstinément, coûte que coûte, serait peine perdue et contre-productif, voire potentiellement catastrophique. Nous devons plutôt nous concentrer sur la gestion des conséquences : renouvellement de fournitures médicales (sous le coup de pertes de production en Chine et d’achats de panique), préparation de lits supplémentaires, recherche de traitements, etc. Et ce, surtout dans les pays où le cycle des eaux n’est pas maîtrisé, où les systèmes sanitaires sont précaires et la population mal nourrie. Leur apporter le soutien dont ils ont besoin est dans l’intérêt de tout le monde.

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