Sur l’instruction en famille une annonce qui mobilise et qui divise.

L'annonce de l'intention présidentielle de supprimer l'instruction en famille fait des vagues.

Le 2 octobre, dans son discours sur le séparatisme, le président a dit : « dès la rentrée 2021, l’instruction à l’école sera rendue obligatoire pour tous dès trois ans. L’instruction à domicile étant strictement limitée aux impératifs de santé. » L’instruction en famille (IEF), se sont 50 000 enfants qui vivent, apprennent, s’instruisent … en dehors de l’école. Les familles qui pratiquent l’IEF ont de très bonnes raisons pour cela, elles sont très nobles le plus souvent et bien loin de toutes considérations religieuses.  Le film « Être et devenir » de Clara Bellar, nous montrait en 2016 l’intérêt de cette formule. Le Figaro dans un article du 2 octobre nous précise que : « Ce mode d’éducation marginal ne concerne que 0,4 % des 12,4 millions d’enfants d’âge scolaire mais il augmente régulièrement: 35.000 en 2017, 41.000 en 2019 et 50.000 en 2020.[1] »

L’éducation, question socialement vive

« Les questions socialement vives (QSV) sont des questions qui mobilisent et qui divisent (Morin 2018) ».  Avec la volonté affirmée du Président de la République de rendre l’école obligatoire à 3 ans et de remettre en cause l’instruction en famille, cette fois le pas est franchi et nous pouvons l’affirmer ; l’éducation est devenue une question socialement vive. La mobilisation est importante et immédiate et la division est éclatante. Des pétitions circulent, des députés sont alertés, dans la presse les articles se multiplient… La division est importante et quasi inédite.  Sur ce point, il semblerait par exemple que le parti la France insoumise va aller dans le sens du président comme le dit Jean-Luc Mélenchon[2], alors que des députés de droite mettant la liberté au-dessus de tout, vont se voir sollicités par d’authentiques personnes de gauche qui veulent juste que leurs enfants s’épanouissent sereinement dans un climat respectueux et non anxiogène pour eux.

Une distinction importante

Il ne faut pas confondre « instruction obligatoire » et « école obligatoire ». En France depuis 1882 c’est l’instruction qui est obligatoire « l'instruction obligatoire laïque et gratuite est instituée par la loi du 28 mars 1882 (dite « loi Jules Ferry »). L’instruction primaire devient alors obligatoire pour les enfants des deux sexes âgés de six ans révolus à treize ans révolus. Elle peut être donnée soit dans les établissements d’instruction primaire ou secondaire, soit dans les écoles publiques ou privées, soit dans les familles, par le père de famille lui-même ou par toute autre personne qu’il aura choisie » (wikipedia). Le code de l’éducation a un peu évolué depuis mais cette liberté d’instruire soi-même ses propres enfants n’avait pas été touché.

La mobilisation

Aussitôt l’annonce du Président, les réseaux sociaux s’enflammaient et avait lieu par exemple, un live sur Facebook animé par Ramïn Farhangi. Puis, le lendemain c’était une réunion à distance d’une soixantaine de parents qui a donné lieu à une vidéo   grâce à laquelle on peut se donner une bonne idée de ce que provoque le discours présidentiel chez ces parents qui veulent juste le bien de leurs enfants et jouir d’une liberté française inscrite dans la loi depuis  plus de 130 ans.

Fuite scolaire… jusqu'à l’étranger ?

Il faut voir que si cette décision se prend dans un contexte d’islamisation de la société, elle se prend aussi dans celui d’une déscolarisation volontaire décidée par des familles de plus en plus nombreuses.  Plus de cent écoles associatives non confessionnelles se créent tous les ans. Il faut savoir que des familles décident de déménager pour se rapprocher d’une école à leur goût. Ceci est tout à fait raisonnable pour qui a vu des enfants souffrir à l’école. Ce que facilement on pourrait éviter, il suffit que les territoires s’en mêlent pour de bon et qu’on arrête de donner carte blanche à ceux de la rue de Grenelle. Une carte circule montrant où dans le monde, il est possible d’instruire son enfant en famille, la France y est encore en vert.

Un doute sur les motivations réelles

Dans l’article de Figaro déjà cité, la journaliste Marie-Estelle Pech suggère que l’islamisation est instrumentalisée pour contrecarrer cette tendance qui se renforce de sortir ses enfants de l’école : « Afin d’enrayer la lente progression des déscolarisations, Emmanuel Macron a annoncé, vendredi, lors de son discours aux Mureaux, la fin prochaine de l’instruction scolaire à domicile, sauf justification médicale ». Comment effectivement ne pas y penser ? L’occasion est belle. Ce qu’ils veulent en réalité, est-ce que ce ne serait pas via l’école garder le contrôle de la population ? Ne soyons pas dupe, l’école a formé des chrétiens, des soldats, des républicains, des ouvriers… difficile pour elle maintenant de lâcher l’affaire et d’enfin former des femmes et des hommes libres.

Quelle école voulons-nous ?

La cause de la fuite, c’est la souffrance, quand on a mal on essaye de tenir, puis ne sachant comment faire autrement,  on s’en va dans un endroit où on sera mieux.  Pensons à toutes et tous ces enseignant.e.s qui n’en peuvent plus d’une administration qui est tout sauf conviviale. Combien d’emails sans réponse ? Combien de nominations au dernier moment ? Combien d’inspections infantilisantes… Les enfants craquent, les parents craquent, les profs craquent… qui se satisfait aujourd’hui de la situation ? Faisons discussion, parlons des enfants, parlons de ce qui compte dans la vie, parlons de ce que nous voulons privilégier, ouvrons nous les uns aux autres, c’est l’heure de reconstruire.

Roland Gérard

 

[1] L’important écart entre 19 et 20 tient aussi au fait que maintenant les 3-6 ans sont comptés.

[2] De 9'50 à 12'15

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