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Billet de blog 22 janv. 2022

La police israélienne aurait utilisé Pegasus pour espionner des opposants

Le quotidien économique Calcalist a rapporté que le logiciel, déjà utilisé contre des militants palestiniens aurait également servi contre des citoyens israéliens qui avaient organisé des manifestations contre Netanyahou.

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Devant la siège de NSO, entreprise ayant développé le logiciel "Pegasus", à Herzliya, près de Tel Aviv. JACK GUEZ / AFP

Le quotidien économique Calcalist a rapporté que le logiciel, déjà utilisé contre des militants palestiniens aurait également servi contre des citoyens israéliens qui avaient organisé des manifestations contre Netanyahou.
La révélation provient du quotidien économique israélien Calcalist. S’appuyant sur un rapport d’enquête, le journal affirme que la police israélienne a utilisé le logiciel Pegasus pour espionner des citoyens israéliens qui avaient organisé des manifestations en 2021 contre Benjamin Netanyahou quand il était encore Premier ministre. Le logiciel aurait été acheté en 2013, mais aurait commencé à être utilisé en 2015, lorsque l’ancien haut responsable du Shin Bet, Roni Alsheikh, était chef de la police. Le logiciel aurait ainsi servi à la cyber-brigade de la police secrète nommée Signet.
Propriétaire de Pegasus, le groupe israélien de cybersécurité NSO s’est retrouvé exposé en 2021 après des enquêtes publiées par un consortium de 17 médias internationaux affirmant que son logiciel avait permis d’espionner les numéros de journalistes, d’hommes politiques parmi lesquels des chefs d’État, des militants et des chefs d’entreprise dans différents pays. Récemment, le site Citizen Lab avait révélé que ce même logiciel Pegasus avait servi à espionner les téléphones de six militants palestiniens des droits de l’homme affiliés à des groupes dont Israël a affirmé de manière controversée qu’ils étaient « impliqués dans le terrorisme ».
Le logiciel Pegasus ne peut être vendu qu’à des États, et ces ventes doivent obtenir le feu vert d’une commission spéciale du ministère israélien de la Défense responsable de l’approbation des ventes d’armes. Une fois installé dans un téléphone mobile, Pegasus permet d’accéder aux messageries et données de l’utilisateur, mais aussi d’activer l’appareil à distance à des fins de captation de son ou d’image.


NSO se mure dans le silence
La police a fermement démenti les accusations du quotidien économique. Mais le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Omer Bar-lev, a réagi de manière plus nuancée : «  Il n’y a pas eu d’écoutes téléphoniques ou de piratage de la part de la police sans l’accord préalable d’un juge », a-t-il affirmé. Le ministère de la Justice a néanmoins annoncé l’ouverture d’une enquête. Dans une lettre envoyée au commandant de la police Yaakov Shabtaï, le procureur général Avichai Mandelblit demande à recevoir tous les ordres d’écoutes téléphoniques et d’espionnage informatique pratiqués en 2020 et 2021 afin de « vérifier les allégations diffusées dans les médias ». Reste à savoir si NSO a vendu le logiciel au gouvernement israélien - dont il dépend pour commercialiser son produit - et, si oui, à quelle fin. Mais le groupe n’a, pour l’heure, ni démenti ni confirmé la vente de Pegasus à la police israélienne, soulignant qu’il n’était « en aucun cas impliqué dans le fonctionnement du système une fois vendu à des clients gouvernementaux ».


Enquête parlementaire exigée
De leur côté, les députés communistes israéliens ont demandé une enquête parlementaire. Ils exigent qu’Israël « cesse immédiatement toute utilisation de l’outil Pegasus contre les civils. Lorsque les droits de l’homme sont en jeu, il faut de la transparence et un débat public approfondi ». Ayman Odeh, chef de file de la Liste unie (dont font partie les députés communistes) a demandé la démission du commandant de la police israélienne, Yaakov Shabtaï.
Le mouvement de protestation Black Flags (drapeau noir), dont les dirigeants auraient été surveillés lors de manifestations hebdomadaires ces dernières années appelant Netanyahou à démissionner, a exhorté la police à divulguer les noms des personnes dont les téléphones ont été piratés. Le porte-parole du mouvement, Roee Neuman, a déclaré que les dirigeants de la manifestation n’avaient appris l’existence de la surveillance numérique qu’après la publication du rapport. Amir Haskel, un des leaders de la protestation contre le « ministre du Crime », a souligné qu’il « n’était pas surpris par les allégations. L’utilisation de logiciels pour suivre les leaders de la contestation convient à l’ancien ministre de la Sécurité publique, Amir Ohana, qui a tout fait pour réprimer les manifestations. »


Pierre Barbancey
L'Humanité du 21 janvier 2022
Plus d'informations sur https://assawra.blogspot.com/

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