Des chercheurs démontrent les bienfaits de la démocratie participative... sous conditions

Jusqu'ici, la plupart des travaux scientifiques destinés à évaluer les impacts de la participation des citoyens ont consisté en des études de cas isolés, desquelles il reste difficile de tirer des enseignements globaux. Face à ce constat, le Development Research Centre on Citizenship, Participation and Accountability, soutenu par le gouvernement britannique, a engagé étude comparative, portant sur 100 cas répartis dans 20 pays. Les conclusions de ces chercheurs sont claires : la participation des citoyens apporte bien des bienfaits en termes de démocratisation et de développement, y compris dans les Etats les plus fragiles. Au-delà de cette réalité, l'essentiel réside cependant dans les conditions permettant d'aboutir à ces bénéfices et de parer des effets pervers tout aussi indéniables.

Jusqu'ici, la plupart des travaux scientifiques destinés à évaluer les impacts de la participation des citoyens ont consisté en des études de cas isolés, desquelles il reste difficile de tirer des enseignements globaux. Face à ce constat, le Development Research Centre on Citizenship, Participation and Accountability, soutenu par le gouvernement britannique, a engagé étude comparative, portant sur 100 cas répartis dans 20 pays. Les conclusions de ces chercheurs sont claires : la participation des citoyens apporte bien des bienfaits en termes de démocratisation et de développement, y compris dans les Etats les plus fragiles. Au-delà de cette réalité, l'essentiel réside cependant dans les conditions permettant d'aboutir à ces bénéfices et de parer des effets pervers tout aussi indéniables.

 

Des bienfaits récurrents malgré la variété des situations

 

Sollicités par les financeurs et les décideurs politiques, les auteurs ont tenté de répondre à la question « L'engagement des citoyens fait-il une différence ? » Ils se sont donc attachés à sélectionner un échantillon 100 expériences participatives issues de pays politiquement et économiquement variés (voir la liste). [Rappelons ici, comme un abonné a bien voulu le préciser en commentaire, que ce travail résulte d'une compilation d'études antérieures réalisées selon des méthodologies diverses. La représentativité des cas sélectionnée n'est pas recherchée ici.Les enseignements tirés de cette analyse ne sauraient représenter des vérités absoules, ce qui n'enlève cependant rien à l'intérêt des questions qu'elle soulève] Les impacts de ces expériences ont été codifiés par catégorie et sous-catégorie de résultats, pouvant chacun être jugé bénéfique ou néfaste. 800 effets sur la démocratisation et le développement ont ainsi pu être répertoriés et mesurés.

 

La démocratie participative agit ainsi dans quatre domaines principaux :

  • la construction de la citoyenneté, autant par le développement d'une conscience civique que par la capacité effective à l'exercer ;
  • le développement des pratiques de participation, d'une part par le passage à l'action collective et d'autre part par le développement de réseaux et d'alliances ;
  • la responsabilité de l'Etat devant les citoyens (accountability) en termes d'accès des citoyens aux ressources publiques, d'accès aux droits et de transparence de l'information ;
  • la cohésion et l'inclusion sociales.

 

Dans chacune de ces catégories, la participation des citoyens a clairement abouti à des progrès, en entraînant 75% d'effets positifs pour 25% d'effets négatifs.

 

Outcomes_citizen_engagement.JPG

 

Bien que cette évaluation soit affinée par la suite, ce résultat global laisse déjà apparaître une vision positive mais nuancée. Les bénéfices de la participation sont certes indéniables et s'exercent à plusieurs niveaux. La participation des citoyens peut ainsi influencer directement les politiques publiques, mais apporte également des bienfaits induits considérables, en renforçant la conscience civique, la capacité à agir collectivement, l'inclusion de groupes

Resultats_selon_mode_de_participation.JPG

Ainsi, pour les quatre domaines d'effet de la démocratie participative, l'action associative est responsable de 40% à 49% des résultats bénéfiques. Ces résultats font émerger deux analyses convergentes : d'une part la participation des citoyens apporte des bénéfices aux Etats les plus faibles, d'autre part cette participation n'émergepas spontanément mais doit être le fruit d'un travail intermédiaire de capacitation du citoyen, d'où l'importance des mouvements issus de la société civile. Les auteurs en appellent donc les acteurs de l'aide au développement à rompre avec la stratégie traditionnelle se concentrant uniquement sur le renforcement desinstitutions en reportant la participation du citoyen à une phase ultérieure, alors que les stratégies ascendantes et descendantes seraient mieux utilisées de manière concomitante. Financeurs et gouvernants doivent cependant garantir au citoyen la protection contre d'éventuelles représailles liées à leurparticipation, bien que l'étude montre que ce type d'effet pervers n'est pas l'apanage des pays les moins développés.

 

Finalement, la question n'est pastant de savoir si la participation fait une différence, mais plutôt de définir les conditions dans lesquelles les résultats s'expriment le mieux et limitent les effets pervers. Bien que les commanditaires de l'étude s'attachent principalement au thème de l'aide au développement, ce travail comparatif rarepeut s'avérer précieux pour aborder la démocratie participative dans nos pays développés, au sens où il permet de remettre en cause certains clichés en réaffirmant par ailleurs l'universalité de certaines exigences. Lorsque les auteurs rappellent ainsi qu'une « participation sans action locale collective destinée à renforcer la citoyenneté et à maintenir de l'extérieur une pression politique s'avèrerait très faible », ils peuvent faire écho à certains débats agitant la démocratie participative à la française. La participation institutionnelle est-elle un moyen pervers de donner au citoyen l'illusion de son influence sur les affaires publiques tout en écartant les mouvements sociaux ? La participation locale remet-elle bien le citoyen au centre de la vie de sa commune ou bien renforce-t-elle au contraire les notabilités existantes ? Un dirigeant politique affichant sa volonté d'un dialogue direct avec le peuple ne cherche-t-il pas plutôt à disqualifier les corps intermédiaires, dont l'utilité reste pourtant essentielle ? Comme le concluent les auteurs de l'étude, si les bienfaits de la participation sont incontestables, ils ne coulent jamais de source pour autant.

 

Les tableaux sont extraits de l'étude, téléchargeable ici : http://www.research4development.info/SearchResearchDatabase.asp?OutPutId=183274

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