Road to Présidentielle 2012 - Sodas et servitudes

Dans son ouvrage publié en 1944, "La route de la servitude", Friedrich Hayek (prix Nobel d'économie en 1974) s'aventurait dans la réflexion politique et philosophique, une prise de position qu'il jugeait nécessaire à l'époque devant l'avancée qui semblait inéluctable des forces socialisantes et totalitaires, non seulement dans les dictatures fascistes et communistes bien sûr, mais également au coeur même des institutions démocratiques occidentales, Royaume-Uni inclus.

Cet oeuvre, ce cri du coeur, dont l'intensité n'a d'égale que le brio et la didactique aussi intelligente que limpide, n'a perdu aucune de son actualité. Confronté à la montée insidieuse des tentations planistes et socialistes, F. Hayek dénonçait la prise de contrôle intellectuelle des idéologies totalitaires à travers la loi, et l'effacement progressif de la singularité individuelle et le recul de la liberté, c'est à dire de l'individualisme au profit d'une socialisation / étatisation générale de toutes les fonctions de la société.

60 ans après cet écrit, François Fillon annonce la création d'une taxe sur les boissons contenant un ajout de sucre.

Nonobstant la pertinence économique et budgétaire d'un tel instrument (je les considère comme nulles), on ne peut que s'interroger, voire s'indigner, ou même franchement s'inquiéter devant cette tentation toujours plus grande des pouvoirs publics de s'infiltrer dans la vie et l'intimité des individus. De quel droit l'Etat s'arroge t-il le droit de déterminer ce qui est bon de ce qui n'est pas bon de boire (qui est le motif rationnel de la création de cette taxe si je ne m'abuse) ?

Certaines personnes voudraient contester cette mesure, qui en raison de son inefficacité, qui en raison de sa stupidité, qui en raison d'un amalgame médical qui n'a pas lieu d'être (cf. l'interview du Professeur Tournian dans le Figaro du 26 août). Je la conteste de par son essence même.

Le rôle de l'Etat, rappelons le, n'est pas de distribuer bons et mauvais points, ni aux boissons, ni aux individus. Le rôle de l'Etat est de faire respecter la loi, c'est à dire la justice (l'organisation collective du droit de légitime défense individuel comme la définissait F. Bastiat) et d'organiser l'expression des responsabilités collectives, attribuées démocratiquement par les citoyens, c'est à dire essentiellement les responsabilités régaliennes.

D'où l'impôt, nécessaire pour payer les agents de la force publique ou financer les investissements en infrastructures publiques. Depuis presque 40 ans, l'Etat ne finance plus ses dépenses par l'impôt, mais par l'endettement, et à ce titre, se rend coupable de forfaiture (dans le sens ancien du terme). Cela pour une raison simple : une augmentation généralisée des impôts (nécessaire si l'on veut équilibrer le budget sans réduire les dépenses) serait rejetée par les citoyens.

Tout se passe comme si les dirigeants politiques, conscients de l'impopularité d'un impôt qu'ils ont porté à son extrême limite (les prélèvements obligatoires en France représentent 50% du PIB) refusaient de prendre les mesures qui s'imposent, c'est à dire diminuer le montant des dépenses de l'Etat, et repoussaient perpétuellement la résolution de ce problème dans le futur.

Cette politique n'est plus possible, elle doit donc finir. Le montant total d'imposition étant devenu bien trop élevé au regard de la qualité des services rendus, les citoyens français le paieront de moins en moins, ce qui ne fera qu'aggraver le problème du déficit budgétaire. Face à ce constat, les dirigeants politiques actuels se lancent dans une course désespérée à l'argent et se croient permis de tout tenter pour équilibrer les comptes.

Ils ne le sont pas ! La nécessite de l'impôt, quelque soit sa forme, ne peut aller contre les droits de l'individu et en particulier ne peut prendre l'expression d'une orientation morale sur laquelle l'Etat n'a aucun magistère. La taxe instituée par le gouvernement de François Fillon est donc une atteinte profonde au principe de liberté individuelle qui doit régir la vie publique plus qu'aucun autre principe.

N'oublions pas le message de Friedrich Hayek.

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