La contrefaçon dans le secteur du vin, un fléau de plus en plus répandu

Récemment, un viticulteur-négociant dans l’Hérault a été arrêté pour trafic de vins contrefaits. Près de 16 000 bouteilles seraient concernées. Mais la contrefaçon viticole dépasse les frontières françaises et sévit dans le monde entier. A commencer par la Chine, qui vient de prendre plusieurs mesures pour tenter d’endiguer le fléau.

Le vin est aujourd’hui un produit de luxe. Et comme tout produit de luxe, il est victime de contrefaçon. C’est ainsi qu’un viticulteur-négociant de Pézanas (Hérault) vient de se faire arrêter pour avoir vendu des bouteilles de vin contrefaites à plusieurs grandes enseignes de la région. Au total, ce sont près de 5 000 bouteilles de vin qui ont été saisies mais il est fort probable que la combine puisse porter sur plus de 16 000 bouteilles.

Des produits contrefaits vendus en grande surface

La combine était parfaitement huilée : le fraudeur achetait des bouteilles de vin coutant moins de 10 euros, puis réalisait des étiquettes de plusieurs domaines viticoles de l’Aude et de l’Hérault, entre dix et quinze. Ensuite, il contactait les grandes surfaces de la région pour revendre les bouteilles entre 15 et 20 euros en se servant de sa bonne réputation et de son expérience en matière de réglementation viticole.

Toutefois, ce qu’il n’avait pas prévu c’est que l’un des viticulteurs lésés découvre, par hasard à l’occasion d’une foire aux vins, que son domaine était vendu par une enseigne avec laquelle il n’avait jamais traité. Pour comprendre la situation, il se rendra dans la grande surface, achètera son « propre » vin et découvrira le pot aux roses.

Des pratiques qui se développent de plus en plus à l’international

Si ce fait divers reste tout de même rare en France, il est de plus en plus courant hors des frontières et particulièrement en Chine. Alors que le pays représente un débouché économique essentiel pour les vins – c’est le premier marché pour les vins de Bordeaux – la contrefaçon risque de tuer ce marché porteur en enlevant la confiance que portent les consommateurs chinois aux grands crus de notre pays. En effet, le marché représente aujourd’hui un chiffre d’affaire de près de 300 millions d’euros, rien que pour les vins de Bordeaux, soit un quart des exportations.

Les faussaires chinois utilisent la même technique que le fraudeur de l’Hérault pour tromper les amateurs de vins français, parfois même de manière grossière avec du vin de très mauvaise qualité, voir avec de l’eau ou du vinaigre. Certains vont aussi créer des noms de domaines et de château pour écouler leur « piquette ». Au total, entre 30 % et 50 % des vins en Chine seraient des contrefaçons.

Au point que cela inquiète fortement les professionnels du secteur qui craignent, en plus de conséquences économiques importantes, une crise sanitaire qui ternirait durablement la réputation du vin dans l’Empire du Milieu. C’est pour l’ensemble de ces raisons que le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) agit depuis plusieurs années pour former les professionnels chinois ainsi que les consommateurs et les forces de l’ordre à la détection de la contrefaçon.

Enfin, Pékin a reconnu, à l’occasion d’une réunion des ministres de l’Agriculture du G20, 45 appellations de vins de Bordeaux. Un an après la reconnaissance de l’indication géographique viticole « Bordeaux », c’est une nouvelle étape franchise pour les autorités chinoises dans sa lutte contre la contrefaçon viticole. Et cela pourra permettre aux amateurs de bon vin de ne plus avoir de surprise entre le contenant et le contenu.

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