La position dangereuse de l'OMS contre la cigarette électronique

Malgré les nombreuses études scientifiques en faveur de la cigarette électronique, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) persiste à condamner son usage, allant même jusqu'à prôner son interdiction pure et simple.

Commercialisée en Europe depuis 2006, la cigarette électronique a fait l'objet de multiples tests pour répondre au scepticisme sur son éventuelle nocivité. Aujourd'hui, avec près de 10 années de recul sur le phénomène, l'opinion scientifique est unanime sur la question : l'e-cigarette, comme les autres produits du tabac sans combustion, présente considérablement moins d'effets négatifs sur le long terme que la cigarette traditionnelle. Ces derniers « n'excèdent vraisemblablement pas 5 % de ceux provoqués par la fumée du tabac », ont conclu les experts du Collège royal des physiciens (RCP) de Londres dans leur rapport intitulé « La nicotine sans la fumée : réduction des méfaits du tabac », publié en avril 2016. Déjà en août 2015, l'établissement de santé publique d'Angleterre (Public Health England) avait constaté un avantage dans les mêmes proportions, statuant que les cigarettes électroniques étaient 95 % moins nocives que le tabac.

Quasiment inoffensive pour la santé, l'e-cigarette constitue surtout un substitut efficace contre le tabac, qui tue chaque année près de 78 000 personnes en France. Grâce à elle, plus de 6 millions de personnes en Europe auraient cessé de fumer des cigarettes traditionnelles en 2014, dont 400 000 en France et plus d'1,1 million au Royaume-Uni, d'après une étude réalisée par la Commission européenne et publiée en juin 2016 par le magazine britannique Addiction.

Dans le même temps, 9 millions d'Européens auraient diminué leur consommation de tabac, dont plus d'un tiers grâce à la cigarette électronique. Son intérêt dans la lutte anti-tabac est donc prouvé, d'autant qu'elle ne constitue pas une passerelle vers le tabagisme, plus de 99 % des vapoteurs étant déjà fumeurs au préalable. « Les preuves démontrent de manière constante que les cigarettes électroniques sont un autre outil pour arrêter de fumer », estime Ann McNeill, professeur au King's College de Londres, qui a participé à l'étude du Public Health England. « Ma lecture des preuves est que les fumeurs qui se tournent vers le vapotage éliminent presque tous les risques que le tabagisme présente pour leur santé », concourt Peter Hajek, professeur à la Queen Mary University de Londres.

Répression plutôt que prévention : l’OMS choisit la facilité au détriment de l’efficacité

En dépit de l'avis unanime de la communauté scientifique sur la question, un organisme de référence s'entête à combattre la cigarette électronique : l'OMS, dont la directrice générale, Margaret Chan, est la plus farouche opposante. En mars 2015, cette dernière a ainsi déclaré lors de la conférence mondiale sur le tabac et la santé à Abu Dabi que « tous les gouvernements devaient interdire les e-cigarettes ou tout appareil de libération électronique de nicotine ».

Pour le moins choquante, son invective résume la position de l'OMS, connue pour être particulièrement réfractaire aux pratiques novatrices. Fondé en 1948 sous l'égide de l'ONU, l'organisme aux 194 pays-membres n'a consacré qu'une seule page à la cigarette électronique dans son rapport de 200 pages sur le tabac, paru en 2015. Si les effets positifs des produits du tabac sans combustion n'y sont évoqués à aucun endroit, l'OMS recommande en revanche à leur égard une réglementation ‒ voire une interdiction ‒ au même titre que les cigarettes traditionnelles.

Davantage favorable aux mesures répressives, l'organisme basé à Genève semble ignorer aveuglément l'utilité de la cigarette électronique dans la prévention contre le tabagisme. Un tel déni n'est pas sans conséquence : il risque de provoquer un effet pervers sur le comportement des fumeurs, incités à maintenir leur consommation de cigarettes traditionnelles plutôt que d'adopter une méthode alternative.

Très critiquée pour son conservatisme, l'OMS connaît décidément des mois agités. Rappelons que l’an dernier, un rapport d'enquête de l’ONU a révélé une augmentation de 66 % des demandes d'investigation concernant des actions suspectes en interne, ainsi qu'une hausse de 166 % des cas de fraudes en 2015. À quelques mois de l'élection du prochain directeur général en mai 2017, Margaret Chan doit donc impérativement corriger le tir pour espérer dissiper le manque de transparence autour de son organisation, qui gère chaque année plus de 2,5 milliards de dollars. Et retirer les œillères d'une femme qui peine à vivre avec son époque.

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