Forum mondial sur la nicotine et le tabac : les méthodes archaïques des anti-tabac

Consommateurs, chercheurs, personnalités politiques et industriels ont rendez-vous cette semaine à Bruxelles pour discuter de l’avenir de l’industrie du tabac. Un événement ouvert et inclusif malgré quelques associations qui souhaiteraient empêcher le débat.

Le Forum mondial sur la nicotine et le tabac s’est ouvert hier à Bruxelles, où il se tient jusqu’à jeudi prochain. Comme chaque année, les principaux leaders des industries du tabac et la nicotine auront l’occasion d’échanger sur les plus récentes idées dans leur domaine. Ils seront accompagnés d’autres acteurs majeurs tels que des professionnels de la santé, de l’édition ou des médias, des chercheurs, des responsables politiques et même des représentants des consommateurs et des experts en relations internationales.

Manœuvres déloyales

Cette année, le Forum sera consacré aux transformations de l’industrie du tabac. Les participants auront en effet l’occasion de discuter sur les principaux défis que celle-ci devra relever dans les années à venir. Quelques défenseurs célèbres des approches de réduction des risques se sont ainsi donné rendez-vous à Bruxelles cette semaine, en particulier Jack Henningfield, professeur à l’université Johns Hopkins (Etats-Unis), Konstantinos Farsalinos, chercheur au département de Pharmacologie de l’Université de Patras (Grèce) et Clive Bates, chercheur indépendant.

Fortement engagés dans la recherche d’approches alternatives en matière de prévention de risques, ces personnalités ont confirmé leur participation au Forum malgré les attaques, parfois violentes, dont ils ont été la cible. En effet, ils ont tous les trois reçu des lettres provenant de diverses associations antitabac qui ne tenaient manifestement pas à faire preuve de politesse ou courtoisie.

Arrogants et menaçants, les auteurs anonymes de ces lettres se cachent derrière leurs intentions prétendument généreuses pour discréditer des chercheurs éminents dont le seul tort est celui de défendre des idées différentes des leurs. Au lieu d’opposer des arguments ou des faits, ils se contentent de manœuvres déloyales visant à décrédibiliser leurs adversaires sans leur répondre sur le fond. Comme le fait remarquer Clive Bates non sans ironie, leur stratégie consiste au fond à dire « industrie du tabac », là où le tristement célèbre sénateur américain Joseph McCarthy aurait dit « communiste » et penser que la discussion s’arrête là. Plus aucun argument n’est alors nécessaire, l’interlocuteur ayant été associé à l’idée même du mal.

« Arrêter ou mourir »

Dans une tribune publiée dans le magazine « Forbes », Sally Satel, psychiatre spécialiste des dépendances, estime que les lettres des militants antitabac constituent une tentative de censure contraire à l’esprit scientifique de délibération et tolérance. Or, le but du Forum mondial sur la nicotine et le tabac est précisément d’encourager la libre circulation de toutes les informations qui pourraient s’avérer pertinentes. C’est tout le contraire de la stratégie d’intimidation et discrédit qui ne peut que se retourner contre les consommateurs. Ces derniers se verront en effet privés d’informations importantes leur permettant par exemple de réduire leur consommation grâce aux approches de réduction de risques.

Malheureusement pour les consommateurs, les associations antitabac ne sont pas les seules à se livrer aux pratiques visant à empêcher la diffusion d’information. Pas plus tard que jeudi 22 septembre dernier, l’ancien ministre du gouvernement australien, Gary Johns, accusait l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’étouffer le débat public. Pour lui, l’OMS ne favorise pas suffisamment le dialogue à l’échelle internationale et ses décisions manquent le plus souvent de transparence. Preuve en est que la Conférence des Parties, qui devra se tenir à New Delhi du 7 au 12 novembre prochains, est uniquement ouverte à certains experts soigneusement désignés.

L’OMS est en outre régulièrement critiquée pour contribuer à creuser l’abîme et entretenir l’incompréhension entre les défenseurs des approches de réduction de risques et les postures extrêmes de type « arrêter ou mourir ». Elle prive ainsi les intéressés d’un nombre important d’approches et solutions possibles et les laisse hors d’un débat qui les concerne au premier chef.

Or, en tant qu’ancien ministre, Gary Johns est persuadé que les initiatives politiques les plus efficaces sont précisément celles élaborées avec la participation du plus grand nombre des personnes concernées. Il plaide ainsi pour des rassemblements transparents et susceptibles d’être suivis par de nombreux citoyens. Voilà qui fait penser à nouveau au Forum mondial sur la nicotine et le tabac, dont les experts s’accordent à dire que ce qui le rend unique est justement sa capacité à rassembler des personnalités diverses capables de travailler ensemble dans un environnement ouvert et inclusif.

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