Hommage à nos soldats tombés

La mort de 13 soldats Français au Mali lundi dernier ont plus alimenté le débat quant à l'opération "Barkhane" que la formation d'une unité nationale, qui pourtant est nécessaire si nous voulons que l'armée Française continue à porter dignement l'uniforme.

La nuit devait être chaude ce lundi, quelque part au sud du Sahara. Dans cet environnement hostile pour où les températures avoisinent souvent les 40 degrés, il faut se battre. Chaque jour des hommes et des femmes françaises vont s’adonner à cette tâche difficile. Affaiblir encore un peu plus l’ennemi, dénicher des nouvelles caches, traquer leurs chefs. Cet ennemi qui n’a pas d’uniformes, qui n’a pas de territoires définis ni même d’objectifs précis. Cet ennemi caméléon, qui sait se fondre localement chez les populations touareg. Pour nos soldats, il n’y a pas de champ de bataille, seulement des pièges à éviter, puis à tendre en espérant qu’ils fonctionnent. La guerre moderne ne permet plus aucune victoire, elle ne fait que repousser l’ennemi en attendant qu’il revienne, parfois plus fort et plus envieux. A l’issu de ce conflit d’usure, il n’y aura qu’un vaincu sans vainqueur, qui renaîtra parmi les blessures et les ruines causées par les explosions et les tirs. Ce lundi 26 novembre, treize soldats français sont morts en mission, dans cette guerre qui s’est enlisée comme tant d’autres après le second conflit mondial, dans la guérilla et l’asymétrie.

            Après six ans de déploiement, 41 militaires tués pour un coût d’environ un milliard d’euros par an, la pertinence de la présence Française au Mali et les pays limitrophes pose des questions légitimes. Seulement, à l’heure où treize de nos nationaux sont morts les armes à la main, c’est une insulte à toute l’armée Française d’insinuer que ces morts furent été vaines. Ces Hommes qui vont se battre loin de leur nation en son nom témoignent d’un engagement remarquable, où la justesse de la cause qu’ils défendent n’est pas pertinente à débattre pour eux. Que les raisons profondes de l’installation de nos armées en Centre-Afrique restent encore trop floues est une chose, mais qui ne doit pas faire oublier que nos Hommes y meurent en notre nom à tous. Ces mêmes Hommes sont morts dans un engagement global pour la France et pour nous protéger, dont le sacrifice ultime est par tous accepté. Morts au combat au Mali dans le cadre d’une opération qui s’enlise, ces mêmes militaires sont aussi ceux qui auraient pu mourir en France en martyr tel Arnaud Beltrame, où bien sous les balles d’un terroriste à Montauban. Ils auraient aussi pu vivre et délivrer nos compatriotes dans la résolution de prises d’otages, protéger une mosquée ou une synagogue des folies meurtrières des ennemis de la France.

            Il ne s’agit pas de pleurer nos morts mais de leur rendre l’hommage qu’ils méritent. Critiquer des décisions politiques en instrumentalisant leur décès est une attitude exécrable. Nos centaines de milliers d’engagés sous les drapeaux, tous potentiellement désignés à mettre leur vie en péril, sont ainsi amenés à découvrir le traitement médiatique et politique que leur mort entrainerait. De l’indifférence de certains médias dont Mediapart, à celle de la classe politique de Mélenchon à Le Pen dont la critique douteuse du premier m’a personnellement plus blessé que le silence de la deuxième.

Associer l’hommage au questionnement politique, c’est faire preuve d’incompréhension pour ce qu’est l’armée d’un pays.

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