Yann Moix, plus coupable que l'antisémitisme.

Yann Moix n'est pas antisémite, du moins il ne l'est plus, rien ne le prouve. L'écrivain est victime d'une taulée sur internet et dans le monde de l'information en continu pour des faits ridicules, vieux mais cependant ignobles. Cependant, les authentiques antisémites et pourvoyeur de haine peuvent se frotter les mains et continuer à agir en toute impunité.

Depuis la fin du mois d’Aout 2019, l’écrivain Yann Moix est victime d’accusations portant sur sa personne, son honnêteté intellectuelle et voir même sur la singularité de son être. Yann Moix ne serait qu’un double imposteur en mentant à la fois sur son enfance qu’il raconte dans son livre « Orléans » où il se présente comme victime et en serait enfaite le bourreau ; et en mentant sur ses convictions humanistes qu’il défend depuis 20 ans à travers ses œuvres, car auteur de dessins et textes nauséabonds, antisémites lors de sa jeunesse. Moix ne serait qu’un vulgaire négationniste parmi d’autres, un écrivain raté, réduit à mentir sur sa propre histoire pour rendre sa vie singulière, tragique.

            Déjà, la sortie de son roman «Orléans » faisait polémique, sans même que l’œuvre littéraire en elle-même ne soit commentée. Yann Moix n’était pas un écrivain de talent, reconnu par le succès qu’il connaît depuis 20 ans et les récompenses attribuées à ses livres, mais un brigand qui règle ses comptes malhonnêtement. Les descriptions qu’il donne de son enfance brisée et humiliée par les violences à son encontre sont parfois dures à lire, comme les propos que sa mère tient à son encontre : «Jamais tu n’aurais dû naître. Jamais. Tu comprends petit enculé ? ». Le livre est violent, le lecteur est souvent choqué par des passages qui s’apparentent à des scènes de torture. Seulement, la publication d’ « Orléans » a été accompagné par la méfiance, voir même l’indignation, non pas vis-à-vis de la maltraitance que Yann Moix a subi pendant son enfance, mais justement à propos de la parole de l’écrivain. Sa famille ne s’est pas faite priée pour le contredire, des journalistes allant interviewer son père cherchant plus le buzz que la contradiction constructive, comme si ce dernier allait confirmer avoir battu son fils. Le frère de Yann Moix, qui n’est pas cité d’ailleurs dans « Orléans » va même jusqu’à l’accuser d’être le méchant, un enfant violent le martyrisant. Le débat qui s’installe n’est plus sur la qualité du livre ou le talent de l’auteur, mais sur l’authenticité des faits. Moix était-il vraiment battu ?

            Cette suspicion vis-à-vis de Yann Moix n’est pas anodine. Le chroniqueur très médiatisé depuis 5 ans n’a jamais fait l’unanimité, à la fois en raison de ses attaques tranchantes en tant que critique, mais aussi pour les causes qu’il a défendu, Israël et les réfugiés, entre autre. Sa désinvolture, son arrogance déplaît, sa suffisance aussi parfois. Moix était déjà un personnage clivant avant la sortie d’« Orléans », cela suffisait pour que cet homme soit malhonnête aux yeux de ses détracteurs automatiques, au point de mentir sur des faits graves pour vendre ses livres. Moix, qui agit en Homme libre pendant 5 ans, se contredisant plus d’une fois, avait aimanté vers lui une certaine disgrâce de la part de la prostituée qu’est l’opinion publique. Moix ne cherchait pas à plaire, ainsi il devint détesté. En France, le respect des opinions ne se fait que lorsqu’elles ne sont pas dérangeantes ou trop audibles. Discréditer Yann Moix était devenu le petit plaisir d’anonymes sur les réseaux sociaux. Il ne manquait plus que les preuves matériels, irréfutables pour prouver que Moix n’est enfaite qu’un imposteur raciste antisémite afin de l’élever au rang de faussaire.

            Il serait bon de rappeler que Moix a connu un fort succès littéraire et cinématographique depuis 20 ans, et ce sans avoir eu besoin de jouer sur l’image de l’enfant battu. Son passé sombre était connu, ce qui quelque fois a mené à des débats houleux (sur le plateau de « On n’est pas couché » notamment avec un clash avec Patrick Sébastien). Cependant, son talent d’écrivain couronné du prix Goncourt du premier roman et du prix Renaudot ne s’est pas construit sur l’image triste qu’il a renvoyé depuis deux semaines. Yann Moix avait en lui une certaine aigreur de la vie, un côté provocateur (son propos sur les femmes de plus de 50 ans par exemple) qui n’est pas facile à supporter. Cependant, sa condition d’enfant battu n’a pas à être discuté à ce titre-là, de la même manière que « l’Etranger » de Camus s’est vu plus reproché lors de son procès une indifférence à la mort de sa mère que l’assassinat de l’Arabe. De plus, les enfants battus en France ne sont pas rares malheureusement, et outre la polémique et le scandale, il ne faut pas oublier cette cause juste à défendre, ce que Moix s’est attelé à faire. Les motivations personnelles de l’auteur importent.

            Oui, Moix a dessiné et tenu des propos ignobles, rencontré des personnes tout aussi condamnables. Ce qui émane de sa personne depuis 20 ans est contraire à sa production de jeunesse, et Moix qui fréquenta deux personnages d’extrême droite jusqu’en 2007 et 2013 n’est pas responsable de leurs propos. Fréquenter n’est pas approuver, même si reprocher à. Moix de côtoyer l’extrême droite est surprenant quand celle-ci arrive en tête aux dernières élections. Moix n’est pas excusable d’avoir été aussi idiot et imbécile, mais peut-être est-il pardonnable. Peut-on condamner l’Homme de 50 ans de 2019 pour des faits d’un jeune adulte commis 30 ans plus tôt ? Le principal reproche qui a été fait à Moix depuis que sa parole est entendue régulièrement, c’est justement sa philosémite, sa défense parfois barbante d’Israël allant jusqu’à éclipser les torts historiques de l’Etat hébreux. Pourquoi Moix serait coupable d’être antisémite aujourd’hui quand des auteurs, polémistes et politiciens dont le temps médiatique qui leur est consacré est largement égal ou supérieur à celui de Moix abreuvent leur audience de pensées plus ou moins subtilement raciste, xénophobe ou antisémite ? Zemmour, historien autoproclamé, diffuseur de haine reconnu et plusieurs fois condamné par la Justice continu pendant ce temps à envahir la bataille des idées en France en toute impunité, prônant Vichy et Pétain en héros national. Le Pen et ses pantins au discours uniforme teinté habilement de brun continu à prospérer dans le paysage politique, malgré les multiples condamnations et enquête à son encontre et son parti. Renaud Camus, négationniste assumé et raciste confirmé par ses thèses a pu se présenter aux élections Européennes sans être inquiété par le moindre signe de protestation.

            Ce qui est reproché par la prostituée (l’opinion publique) à Moix, c’est à la fois son erreur commise dans une période sombre pour lui, et d’avoir rebâti sa vie à l’encontre de cette erreur. Au final, c’est tout et son contraire qui est reproché à Moix, son erreur et son rachat, son personnage arrogant, antipathique et sa douleur et détresse qu’il a affiché pour diverses raisons. La mise en doute permanente de la parole, de l’honnêteté intellectuelle et de sa sincérité d’un Homme au passé sombre est légitime, mais ne nous trompons pas de combat : le négationnisme et l’antisémitisme ne sont pas propre à un étudiant qui écrivait un journal artisanal insignifiant, mais bien à des personnes dont l’intention est d’influencer les opinions, dont les thèses ne se résument pas à une publication personnelle mais à une diffusion dont la portée alimente bien plus la haine que ne le peut un jeune homme anonyme. Et n'oublions pas non plus les enfants battus, qui existent et dont Moix pourrait en être une victime comme nous tous.

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