L'Europe des ratés

L'Europe ne suscite plus la déception de beaucoup de ses citoyens mais la colère, le rejet. L'Europe a échoué à répondre aux crises auxquelles elle est confrontée, faisant monter les courants nationalistes. L'Europe qui échoue mériterait notre indignation pour un changement de paradigme.

L’Union Européenne est depuis 70 ans sujette à des débats, des controverses entre politiciens, intellectuels et surtout suscite une grande division en son sein, entre ses habitants satisfaits et le rejet qu’elle inspire parmi d’autres. L’Europe c’est à la fois la réussite de la paix et de la stabilité depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, mais aussi son échec à agir dans les conflits extérieurs. L’Europe est en train de perdre la bataille des idées en voyant le monde céder sous l’autoritarisme et le rejet de l’Etat de Droit, parfois même à l’intérieur de ses propres frontières. De plus, la capacité des Européens à gérer ensemble les crises auxquelles l’UE est confrontée est tristement risible : Réfugiés, climat, guerre en Ukraine, guerre en Syrie, nucléaire Iranien, etc…

Voici donc une liste non-exhaustive de ce que l’Europe rate, de ce que l’Europe ne fait pas. Précision tout de même qu’un deuxième billet sera publié pour rappeler que les idées des pères fondateurs ne sont pas mortes, et que l’UE reste aujourd’hui une structure indispensable quant à la gestion des enjeux de ce début de siècle.

 

  • L’Europe qui sauve les banques, pas les Hommes. 

Comment ne pas citer ces dizaines de milliers d’Hommes qui ont péri dans la Méditerrané avec la complicité plus ou moins consciente de l’Europe ? L’UE qui n’a d’ailleurs aucune compétence en matière d’immigrations puisque les Etats membres décident de leur politique migratoire. Quand un bateau avec une centaine de bonhommes à bord demande à accoster en Europe, seul l’Espagne a pris ses responsabilités. Le reste de l’Europe parle de « répartition » ou de solution à trouver dans la concertation. Langage bien technique pour une situation pourtant simple, que le droit de la mer a d’ailleurs rendu on ne peut plus claire : toute embarcation en détresse doit être secourue et reconduite vers un port sûr. La Libye n’est pas un pays sûr, et sur les plus de 500 millions d’Européens, que représentent 35 mille réfugiés à accueillir au lieu de les laisser se noyer? 0,0007% de l’Europe, soit moins de la moitié du stade de France. L’Europe a failli à respecter les conventions sur les réfugiés ainsi que le droit maritime. La France en est un triste exemple en ayant un gouvernement qui parle de consultation à 28 au lieu d’agir.

Ce que L’Europe peut faire : Ne pas imposer à qui que ce soit, ce serait un suicide politique au vu de la situation actuelle. Les partis bruns n’hésiteront pas à récupérer une telle décision. En revanche, l’UE aurait pu, et c’est un autre raté, apporter des fonds nécessaires à l’accueil à l’Italie, la Bulgarie, la Grèce au lieu des laisser ces pays livrés à eux même. Aujourd’hui, l’UE ne peut travailler que sur une organisation de sauvetage en utilisant la dite « méthode ouverte de coopération » en mobilisant les pays volontaires au sauvetage avec un budget. Il reste sinon l’alternative de l’indignation collective…

 

  • L’Europe qui signe des accords de libre-échange mais déchirent ceux sur le climat.

L’UE est signataire des accords de Paris sur le climat. Le virage est toujours attendu, sur la question de la pollution, des émissions de gaz à effet de serre et de l’utilisation des ressources. La PA, étant une partie majeure du petit budget de l’UE, pourrait être un premier levier afin d’assurer à l’Europe une souveraineté alimentaire durable en accompagnant plus les agriculteurs vers des modes de cultures bio. Pour une transition plus globale, l’Europe encore fois ne met pas les moyens. Le budget Européen est encore insuffisant aux aspirations écologiques : 1% seulement du PIB de l’UE. Encore une fois la situation semble difficile à aborder sans budget ni volonté politique. A 27, l’Europe aurait des moyens financiers suffisants pour agir. Sans institution, sans budget, sans volonté politique ni même une prise de conscience suffisante parmi certains citoyens, la question écologique a malheureusement aujourd’hui peu de chance de se poser en enjeu principal de l’Europe…

Ce que l’Europe peut faire : augmenter son budget en fixant deux axes principaux : Agriculture durable et production industrielle et énergétique verte. L’idée d’un Green New Deal Européen n’est pas ridicule, mais cela demanderait une ré-industrialisation du contient afin de moins dépendre des importations d’Asie et D’Amérique, très polluante.

De plus, l’Europe peut et doit arrêter. Arrêter de signer des traités avec le MERCOSUR, le Canada, le Japon, où encore la Tunisie. L’Europe doit arrêter de se voiler la face : les feux en Amazonie ne sont pas uniquement la faute des Brésiliens, mais bien de ceux qui achètent leur produit. La mise en place de tarifs douaniers envers les importations polluantes pourrait financer la transition énergétique Européenne. L’Europe pourrait aussi imaginer des projets de grandes ampleurs comme reboiser ou créer des emplois « verts » européens afin de relancer aussi une activité économique saine. Seulement demande en revanche une plus grande intégration politique et un changement de logiciel Européen, très libéral aujourd’hui.

 

  • L’Europe qui ne se défend pas, l’Europe qui ne pèse pas.

Quelle meilleure illustration que les accords entre Belges et Etats-Uniens pour l’achat par nos voisins d’avion de combat Américains, alors que l’Europe dispose de ses armes ? La France notamment, exportatrice massive d’armes vers des dictatures, n’aurait pas refusé de fournir un voisin Européen.

Mais au-delà de l’armement, l’Europe peine à peser unie sur les grandes questions internationales. La commissaire aux affaires étrangère a peu d’influence par rapport à des dirigeants Allemands ou Français. La crise en Syrie a vu resurgir la Russie, nouvelle « Mecque » des dirigeants Moyen-Orientaux. De même pour la guerre en Ukraine. L’Europe n’a pas de voix qui porte en dehors du contient, voir même dans le continent comme la guerre du Kosovo l’a illustré, le problème ayant été réglé à l’Américaine. La forte présence des Américains en Europe avec des bases notamment en Belgique, Pologne, Italie n’encouragera pas les 27 à prendre leur destin en main. Si une armée Européenne n’est pas souhaitable, une défense Européenne l’est.

Ce que l’Europe peut faire : Encore une fois le problème de budget revient au-devant de la scène. Sans argent, l’Europe ne pourra pas peser dans les décisions prises par les ogres Russes, Américains et Chinois, dont les capacités militaires imposent le ton. La France pourrait s’engager à recourir à l’arme nucléaire si ses alliés sont agressés, en échange d’une participation au budget d’une défense commune. La Grande-Bretagne, qui partira de l’Europe a aussi tout intérêt à continuer de coopérer dans le domaine militaire si elle ne veut pas être vassalisée par les Américains. La création de groupes aéronavals Européens est quasiment essentielle si l’Europe veut se défendre.

 

 

            En somme, l’Europe manque d’ambition et de moyens face à un monde hostile. Un budget Européen digne serait un grand pas vers une autonomie des Etats-Membres et arrêterait la dépendance vis-à-vis de la Chine et des Etats-Unis notamment, dépendance mauvaise au point de vue écologique, économique et militaire. L’UE ne pourra pas être solidaire des Etats en difficultés sans argent, qui pourtant avait été trouvé pour les banques en 2008. Il restera alors les problèmes ancrés dans les sociétés comme les inégalités, la corruption des élus au capitalisme, la pauvreté et l’armement de la jeunesse pour vivre dans un monde dangereux et épuisant. Seulement, il sera plus facile d’aborder ces enjeux une fois l’Europe forte dans le monde et capable d’apporter une voix démocratique et écologique.

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