Zemmour, le meilleur recruteur pour Daesh

Ce billet de blog n'est qu'une constatation du climat politique en France, dont le prisme de lecture n'est pas exhaustif. Nous sommes aveugles fâce à la haine fasciste car nous n'avons d'attention que pour combattre un autre type de haine. En combattre une sans l'autre revient à faire émerger les deux.

Nous avons déjà trop donné à nos ennemis, et pourtant nous continuons à abdiquer, à nous montrer faible. Les méchants, ceux qui veulent du mal à tous les français, ne cherchent pas à nous vaincre par la force militaire, ni par un coup d’Etat politique. Ils ne veulent pas « envahir » la France par l’immigration et nous remplacer culturellement et ethniquement. Ils ne sont pas forts des défaillances matérielles ou humaines de nos services et armées, celles-ci demeurant rares. Nos ennemis sont forts car ils voient qu’à travers le spectacle de l’horreur, nous reculons sur nos valeurs et donnons place à la paranoïa. Leur force, c’est de laisser planer une atmosphère malsaine, qui incite aux débats idiots et à laisser les passions envahir la pensée. Le piège de la terreur, ce ne sont pas les dégâts matériaux ou humains qu’elle engrange, mais l’envahissement des consciences de la peur, de la colère et de l’incompréhension. Ces sentiments animent des discours irrationnels et démagogiques, dont les propositions qui visent à endiguer « le mal » sont tout autant porteuses de dangers que ceux qu’elles sont censées combattre. L’extrémisme, est aujourd’hui nourri quotidiennement, par des chroniqueurs convertissant des diarrhées intellectuelles en concepts majestueux. Il ne s’agit pas ici de faire une analyse détaillée de la mort de la liberté intellectuelle au profit de la médiocrité librement exprimée, mais d’écrire simplement un ressenti, une intuition ; celle que les bouffons ont remplacé les sages, mais que ceux-ci ne font pas rire, mais sont des prédateurs, des fanatiques en puissance qui encourage le crime. Ces envahisseurs de l’esprit organisent sous nos yeux un révisionnisme intellectuel la destruction de la contradiction, du doute en instaurant une atmosphère de conflit culturel, totalement anachronique.

Dans cette orchestration d’une guerre civile en France, Zemmour droite se marie avec Daesh, les deux ralliant au final un même objectif, l’explosion sociétale par le rejet de l’autre. Rappelons que l’attentat en Nouvelle-Zélande a été commis par un homme dont l’acte fut décidé suite à la défaite de Marine Le Pen en 2017. La stratégie de Daesh n’était pas de porter atteinte aux capacités militaires ou économiques de la France comme une guerre classique, mais bien de fragmenter les esprits. Le nouveau fascisme est le meilleur allié de Daesh, l’idiot utile du terrorisme en s’attaquant aux musulmans, en jouant à l’apprenti SS moderne, ainsi les encourage à suivre le chemin que propose Daesh, combattre ceux qui les rejettent. Le meilleur recruteur pour des Islamistes. Ils ont les mêmes ennemis, le multiculturalisme, les lobbies LGBT, la mondialisation, la société libérale, les femmes, en bref ceux qui trahissent les traditions, l’héritage historique dont Daesh et Zemmour s’attribuent tous deux le monopole, à leur façon. D’ailleurs, si Zemmour crache sur les musulmans, il avait déclaré « respecter » les terroristes qui s’attaquent au pays qu’il aime tant, « qu’il y a quelque chose de respectable » chez ces gens-là. Zemmour ne combat pas le problème qu’a l’Islam, mais bien ceux qui sont susceptibles à ses yeux d’en devenir un, c’est-à-dire tous les musulmans, innocents et pacifiques. Ces croyants-là, Zemmour leur enverra toute la haine dont il est capable jusqu’à qu’ils rejoignent le camp de l’horreur, ainsi il les respectera. Daesh, cette supercherie prétendant vouloir protéger les musulmans du satanisme Occidentale qui opprime l’Islam ne s’attaquera d’ailleurs pas à Zemmour, il leur est trop utile. Daesh attaque les intellectuels honnêtes qui manient le crayon si courageusement qu’ils deviennent le symbole de ce monde qui refuse de se vendre à la haine. Zemmour est lâche, il n’affronte pas les ennemis de la France, ce à quoi Arnaud Beltrame, Charb, son garde du corps Franck Brinsoloro, Cabus et les autres s’étaient attelés à faire. En plus de donner des arguments de recrutement à Daesh et de servir du parfait exemple dont le groupe terroriste a besoin pour illustrer leur propagande, Zemmour est un barrage pour la paix culturelle dans ce pays.

La rhétorique de Zemmour est simple : ne croire que les chiffres qu’il invente et grâce à l’emprise de sa démagogie sur l’audience, ceux qui l’écoutent ne seront pas convaincus, ils le sont déjà, mais seront satisfais. Comme le rappel Clément Viktorovitch, les propos des faux-intellectuels et journalistes sur les plateaux ont pour but de faire passer le FN comme un parti modéré, capable de rassembler cette idée vieillissante ; la droite. La réponse aux terroristes, c’est celle adressée par nos services de sécurité, nos forces spéciales et militaires. C’est aussi celle des individus qui en se levant le matin n’imaginaient pas perturber les plans des tueurs, tel un gendarme hors-service, des militaires américains en touristes, un agent de sécurité au Bataclan. La réponse à l’idéologie qui convertit nos ennemis se forge lentement, à travers nos écoles, nos prisons, nos décisions diplomatiques et notre politique d’intégration de chacun. La formule si creuse « nous sommes en guerre » n’a jamais été plus fausse qu’à l’ère du terrorisme de masse. Nous sommes en paix et le défi est de ne pas aller en guerre, l’enjeu n’étant fondamentalement pas stratégique mais politique. Gagner la paix ne se fera qu’au travers le courage politique, impopulaire soit-il, ainsi que la volonté de porter des idées pacifiques qui devra gagner les cœurs, non pas les points de pourcentages dans les sondages incessants.

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