Macron ou la trahison de ses propres ambitions.

E. Macron se rêve en leader Européen inféodé aux Etats-Unis et résistant face à la Chine. Sa diplomatie de l'audace se veut d’ailleurs humaniste et juste afin de rééquilibrer "le monde nouveau". Pourtant, le Président n'a pas été à la mesure de ses ambitions dans les faits depuis son entrée à l'Elysée. S’il veut réussir à se faire le champion du monde libre, un changement de cap est nécessaire.

Le discours aux ambassadeurs d’Emmanuel Macron lui a permis de faire un bilan de ses projets pour la diplomatie Française.  Son nouveau mot d’ordre est « l’audace ». Macron se projette comme l’égérie d’une diplomatie ambitieuse pour recentrer la France dans le grand jeu et s’adapter au « nouveau monde ». Cependant, le fil rouge de la politique extérieure demeure le même depuis De Gaulle, à savoir une nation indépendante, au service de l’équilibre du monde. Afin de mettre en place cette stratégie pour peser sur la scène internationale, E. Macron compte évidemment sur le multilatéralisme, mais aussi sur Europe forte et « humaniste », face au bulldozer Américain climato-sceptique, impérialiste et à la Chine conquérante, liberticide. Le Président perçoit le vieux continent comme la seule force d’équilibre capable de se porter en champion de la démocratie libérale au sens philosophique du terme. L’analyse n’est pas totalement erronée. En effet, l’Europe reste un relatif ilot de paix et de démocratie face au délire insatiable des deux puissances. L’une est une dictature Orwellienne, l’autre dispose d’un gouvernement soutenant des actions criminelles disséminées sur le Globe. Macron perçoit alors une certaine opportunité pour l’Europe d’exister comme l’alternative aux excès, comme la voix de la raison et de l’équilibre.

 

Une diplomatie deux poids deux mesures.

     Ainsi, le chef de l’Etat a l’ambition de donner à l’Europe une force diplomatique démocratique, écologique et humaniste. Cette position est honorable, toutefois surprenante face aux précédentes actions du Président Macron. La posture diplomatique n’est qu’imposture si elle n’est pas suivie de faits, comme le rappelait Pierre Servant dans l’émission « C dans l’air », en diplomatie comme en amour, seules les preuves comptent. Or, quelles sont les preuves que le Président a donné au cours de ses deux premières années de mandat ? Tout d’abord la France reste aujourd’hui un allié stratégique de l’Arabie Saoudite, criminel de guerre au Yémen, vend des avions à l’Egypte soumise à Sisi le dictateur militaire. Par ailleurs, Macron s’est fièrement affiché au côté du Président Trump en grand ami quand ce dernier n’a fait que déstabiliser la déjà fragile UE. Au sujet des réfugiés, Macron continu de réfléchir à une solution Européenne, et parle d’un manque « d’efficacité et d’humanité » dans l’accueil français. L’honneur Français, « l’audace » qu’il chéri tant, aurait été de secourir et d’accueillir tous les Hommes abandonnés au sort des braves mais modestes ONG, dont certaines ont même été poursuivies en Justice. Il aura fallu attendre une décision du Conseil constitutionnel pour rendre illégal le concept de « délit de solidarité », appliqué envers ceux qui avaient encore l’honneur de l’accueil et le respect de la dignité humain, et dont le gouvernement de Macron comme sa majorité s’est parfaitement désintéressé.

 

L’écologie pour l’image, sans changement profond.

     La place que Macron a accordée à l’écologie dans son discours ne reflète pas l’importance qu’il lui dévoue dans ses politiques environnementales. Rappelons que son ministre de l’écologie le plus populaire a démissionné, ne supportant plus de ne pas pouvoir agir et de risquer de cautionner des actions allant à l’encontre de ses convictions profondes. Le suivant a eu une indigestion au Homard après avoir trahi la gauche qu’il devait supporter en 2017 à la suite des primaires. Dans les faits, la France sous Macron n’a jamais été plus divisée à la suite d’une tentative d’instauration d’une taxe « écolo » quand les avions, camions et porte-conteneurs en sont exemptés. Rappelons que l’exonération fiscale des productions d’origines fossiles a couté selon l’ONG « Réseau Action Climat » près de 8 milliards d’euros. Enfin, Macron s’est indigné sur les feux en Amazonie et le non-respect par Bolsonaro des lois et accords internationaux quant à la déforestation amazonienne. Or, Mediapart rappelle que la France importe chaque année près de deux millions de tonnes de Soja du Brésil, une des principales causes du défrichement de la forêt. L’Europe au total en importe 16 millions. Ainsi, on ne peut être contre la déforestation et pour acheter les produits qui en sont issus.

 

L’Europe n’est pas indépendante.

     Cette Europe d’ailleurs dont Macron n’a pas tari d’éloges, la définissant comme la juste puissance, alors que comme expliqué précédemment, les efforts pour atteindre cette qualification sont encore gargantuesques. Macron a eu raison de dénoncer l’attitude des Etats-Unis, mais pourtant l’Europe elle reste globalement trop soumise ; que ce soit au Venezuela où la plupart des Européens n’ont pas émis la moindre réserve à reconnaitre comme Président un homme dont nous ne connaissions que l’hostilité, un peu arriviste, au dictateur Maduro. C’est aussi en Iran, où malgré les quelques efforts du Président, la position Américaine contraint l’Europe sans la moindre contestation. De même quant à la taxation des GAFAS, l’Europe au 16 milliards de PIB n’ose pas bouger dès que le locataire de la Maison Blanche tweet pour dénoncer des taxes potentiels. Pourtant, Trump a régulièrement montré que si l’interlocuteur sait se montrer répondant, les lignes peuvent bouger. L’ancien homme d’affaire aime les négociations difficiles. L’UE est un marché trop précieux pour les Etats-Unis, les moyens de peser existent, de plus que l’Europe est exportateur excédentaire vis-à-vis de l’Amérique.

 

Un besoin crucial de réorientation des politiques globales.

     Si Macron veut prendre les rênes de l’Europe et laisser sa trace dans l’Histoire, il devra se battre pour ce qui est nécessaire, non pas ce qui est possible. Dans « Caligula », Camus fait dire à son personnage mégalomane une chose dont notre Président pourrait s’inspirer « Je viens de comprendre enfin l’utilité du pouvoir. Il donne ses chances à l’impossible ». Cette phrase est tragique dans la pièce, mais pourrait être aujourd’hui la motivation pour un Homme dont l’arrogance pourrait servir la France et l’Europe mais seulement si elle était mise au service de l’Humanisme qu’il vante tant. Ce qui effraye Macron, c’est la peur de l’échec, pour des raisons électorales et politiciennes. Mais le monde est en crise, et en ces temps, « le succès consiste à aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme » nous chuchote encore Churchill. Monsieur le Président, vous avez encore trois années pour agir, et personne ne vous reprochera de prendre un virage à 180 degrés. Si vos intentions sont celles de vos paroles, alors les gens vont suivront dans vos gestes. Car la France dit oui à l’écologie, oui à l’Europe démocratique. Dans un dernier murmure, le vieux lion ajouterait « Agissez comme si il était impossible d’échouer ».

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