DES MASQUES, SEIGNEUR, POUR LES PAUVRES DESPRIT !

Ma grande peur de ce 9 mai

Une jeune femme au pull rouge très décolleté franchit le portail à code. Elle a deux petits objets que je n’arrive pas à identifier, lève le couvercle de la poubelle jaune et les jette dedans. Se frotte l’œil gauche avec la même main. Revient vers le portail, aperçois sur le sol le mouchoir en papier froissé, qui prend le même chemin que les deux objets précédents. Pas de masque, pas de gants.

Même portail, jeune couple à vélos, enfant derrière sa mère.

Couple d’amoureux entre deux âges. S’arrête pour s’embrasser, dos au portail.

Deux adolescentes à vélo, très chargées, croise l’homme au chien.

Trois vieilles dames, trois copines, sortent de la Résidence avec des masques « grand public ». Restent papoter un peu à côté du portail puis s’en vont.

Au milieu du trottoir, une grande blonde, âge indéterminé, tripote son téléphone portable. Il faut descendre au milieu de la route pour se tenir à distance de ses postillons.

Arrivent les éboueurs dans leur vieil engin extrêmement brouillant.

Au même moment, comme s’ils s’étaient tous donné le mot, ils envahissent la rue. Ils viennent de droite, de gauche et peut-être même du centre, qui avec le charriot de courses, qui avec des chiens ou de enfants, ils sont au moins une dizaine sur trois ou quatre mètres carrés.

Seuls les éboueurs portent des masques.

Moi, à ma fenêtre, à grignoter un dernier carré de chocolat. Le frigo est vide. Personne pour faire mes courses. Mais jamais plus je ne mettrai un pied dehors.

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