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Billet de blog 20 octobre 2019

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Lever le voile ou le laver des soupçons?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une vieille dame à peine visible qui récupère sa petite-fille à l’école maternelle deux à trois fois par semaine. Aurait pu être son arrière-grand-mère, mais, dans leur famille, on est pour la décélération.

Le lendemain de « l’affaire », elle avait eu envie de mettre un hijab. Par solidarité avec les quelques mamans et nounous le portant. A renoncé. Pour ménager sa belle-fille. Elle a bien fait : plus une seule femme voilée n’attendait devant la porte de cette école de la république. Avaient-elles été remplacées par des mécréantes ? (Le nombre de grand-frères et papas, toujours minoritaires, n’était pas plus important que d’habitude.)

Si elle ne s’était pas trouvé in media res (le débat pas encore grand sur le sujet, à la revue Esprit, en 89), elle aurait peut-être mis plus longtemps avant de se sentir concernée.

Dans le pays totalitaire où elle était née, à l’entrée du lycée, la directrice vérifiait chaque matin la longueur des jupes d’uniforme et déchirait avec une lame de rasoir leurs bas couleur taupe, lorsqu’ils lui paraissaient un minimum transparents.

À son arrivée dans la petite ville française où elle avait ensuite travaillé pendant une vingtaine d’années, ne se promenait en centre-ville qu’un seul noir et ne fréquentait ses cours qu’une seule Maghrébine. Quand elle manquait le cours, les autres étudiants appelaient l’Arabe.

Ensuite, les choses ont changé, les couleurs ont envahi la grisaille, et, pendant un temps, on ne l’avait même plus interrogé, elle, sur la provenance de son « charmant » accent.

Puis, une fois le vieux siècle passé, notre pas encore vieille a croisé en bas de chez elle une première fille en tchador, puis une autre et d’autres. Toutes jeunes et toute jolies, la regardant fièrement droit dans les yeux. Quand une de ses étudiantes préférées, mère bretonne, père maghrébin non-pratiquant, est arrivée voilée à sa permanence, la vieille a décidé de prendre sa retraite.

On aurait laissé ces adolescentes de Créteil se pavaner un peu avec leur voile sur la tête sans leur prêter la moindre attention, rien de tout cela ne serait arrivé dans ce pays laïque avec 6 jours fériés catholiques et 5 civiles par an, ce pays de toujours  moins de liberté, d’inégalité croissante et de fraternité des riches, et encore…

Un jeu haïssable.

La petite vieille n’a aucun mal à reconnaitre une intégriste. Et même un. Barbe ou pas. Il suffit de les écouter parler à leurs enfants ou entre elles, les regarder dans les yeux et leur sourire.

Depuis, elle leur sourit à toutes et partout. Elles répondent avec un sourire plus grand que jamais.

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