La mort de l’autre

Si jeunesse savait

Elle ne sait pas, et ce n’est de sa faute.

Pourquoi la pluie tombe ? Comment le soleil bouge ? D’où viennent les bébés ? Qui pourrait encore lui enseigner à penser, vu que l’apprenant lui-même n’en a pas eu besoin pour décrocher ses diplômes ?

Au collège, elle a ânonné pendant deux trimestres cellule, noyau, chromosome, acide désoxyribonucléique et leurs vertus. Des pages entières de mouches, ronds et spirales à dominantes rouge et bleue. Ou l’alimentation du coq de gruyère, pardon !, de bruyère.

Elle a raté son bac malgré son 16/20 en option langue étrangère, pour laquelle elle avait appris par cœur les résumés d’une page rédigés par sa prof particulière de dernière minute. Ou l’option EPS. Elle n’est pas sure de la signification de ces lettres, mais c’était du sport. Elle fait la fête. Puis elle verra.

Elle « ne respecte pas les mesures de protection ». Elle les braverait même. Pourquoi commence-t-on à la montrer du doigt ?

Un UDI d’âge certain lui dit à la télévision qu’il la comprend. Il est très compréhensible, le ni-ni, bien plus que les en-même-temps. Ils espèrent tous à la convaincre de voter pour eux aux prochaines élections. Penses-tu ! Elle a toujours mieux à faire.

Il y a une loi, dites-vous ? Et comment on l’applique ? Comme celle sur l’obligation d’éducation sexuelle à l’école, qui commémora l’année prochaine les vingt ans depuis qu’elle n’est pas appliquée ?  LOL. MDR.

Chère jeunesse, vous avez raison, vous êtes immortelle. D’ailleurs personne ne croit à sa propre mort. Quelqu’un l’a bien expliqué. Dès 1915. Il s’appelait Sigmund Freud. Figurerait-il encore dans vos manuels de philosophie ? « Face à des morts », écrivait-il, « nous insistons toujours sur son caractère occasionnel : accident, maladie, infection, profonde vieillesse, en la dépouillant ainsi de tout caractère de nécessité pour en faire un événement purement accidentel ».

La mort est toujours celle de l’autre.

Jusqu’à… « l'effondrement complet dans lequel nous plonge la mort d'une personne proche : père ou mère, époux ou épouse, frère ou sœur, enfant ou ami cher. »

Ça, ce n’est pas valable seulement pour toi, chère jeunesse. Même si, d’après les statistiques, c’est toi ma pire ennemie covidesque.

Les autres, les trentenaires et quarantenaires de tout bord et même, dans la foulée, quelques uns de mes congénères, persuadés que, au pire, ils iront au Paradis. Celui pavé des meilleures intentions.

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