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Billet de blog 1 févr. 2014

Comment les capitalistes ont appris à cesser de s'inquiéter et à aimer la crise

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Conclusion de l'Article:  http://www.paecon.net/PAEReview/issue66/BichlerNitzan66.pdf

On est toujours en train de nous dire que la caste capitaliste se préoccupe pour la croissance. Ce texte montre que le capitaliste n'a ni intérêt dans la croissance, ni vraiment dans ce qui ce passe dans l'économie réelle et qu' au fait la stagnation lui convient parfaitement.

En ce moment où Hollande montre des signes de deboussolement et vouloir jeter toute caution au vent par le biais d'une politique de l'offre qui a fait preuve maintes fois de son incohérence, de son innéficacité et de son effet néfaste à terme, il est bien de se rappeler qu'elle est la nature de cette oligarchie qui nous entraîne vers le néant.

Cet article traite du capitalisme américain mais il est parfaitement transposable à la situation en Europe (sauf pour une politique monétaire encore pire ici qu'aux Etats-Unis).

La relation globale entre le capitaliste et la société est clairement négative. Lorsque la stagnation s'installe et ralentit la croissance de l'emploi, la part des revenus du top 1% augmente réellement et vice versa pendant un boom à long terme. Cette tendance est renforcée par le fait que la non-croissance engendre de la sous-consommation croissante et plus d'inégalité globale qui engendre plus de stagnation.

Historiquement, cette relation négative montre trois périodes distinctes. La première période, de la fin du siècle jusqu'à ce que les années 1930, est le soi-disant âge d'or. L'inégalité des revenus est en hausse et la croissance de l'emploi est en chute libre.
La deuxième période, de la Grande Dépression jusqu'au début des années 1980, est marquée par l' État providence (et de guerre) keynésien. L'imposition plus élevée et la hausse des dépenses publiques font une répartition plus équitable alors que la croissance de l'emploi s'accélère. Notez l' accélération massive de la croissance de l'emploi au cours de la Seconde Guerre mondiale et sa décélération par la suite suite pendant la démobilisation d'après-guerre . Bien entendu, ces mouvements dramatiques n'étaient pas liés à l'inégalité des revenus, mais ils ne modifient pas la tendance à la hausse globale à l’œuvre à l'époque.
La troisième période, depuis le début des années 1980 à aujourd'hui, est marquée par le néolibéralisme. Pendant cette période, le monétarisme assume les hauteurs dominantes; l'inégalité commence à monter en flèche et la croissance de l'emploi se dégringole. Le taux actuel de croissance de l'emploi se situe autour de zéro tandis que le top 1% s'approprie du 20 pour cent de tous les revenus, des chiffres semblables à ceux enregistrés au cours de la Grande Dépression.
Comment les capitalistes ont appris à cesser de s'inquiéter et à aimer la crise:
Si nous suivons le credo macroéconomique classique, quel soit ordinaire ou hétérodoxe, le capitalisme américain est en mauvais état. Pendant près d' un demi-siècle, le pays a vu la croissance économique et «réel» d'accumulation décélérer en tandem - tant et si bien que les deux mesures sont maintenant à peu près au point mort.
Pour encore empirer la chose, les tentatives de politiques à «relancer l'économie» semblent de n'avoir ni plus de munitions budgétaires, ni monétaires.
Enfin, et peut-être plus inquiétant encore, de nombreux responsables politiques aujourd'hui admettent ouvertement de marcher à «l'aveuglette» dans le pilotage de leurs économies.
Et pourtant, les capitalistes américains semblent complètement à l'aise dans cette crise. Au lieu d'être effrayés par la croissance zéro et un stock de capital fixe élevé, ils sont obsédés par les déficits «excessifs» , la «dette insoutenable» et effrayés par les «conséquences inflationnistes» du supposé assouplissement quantitatif de la Fed . Peux sont les capitalistes qui font un appel à leur gouvernement pour réduire le chômage et de créer davantage d'emplois, et encore moins à repenser l'ensemble du modèle d'organisation économique.
A quoi se doit cette attitude nonchalante? C'est facile. Les capitalistes américains ne sont pas préoccupés par la crise; ils adorent ça. Et si les Américains sont contents, pourquoi pas le reste de cette caste?
La redistribution, par définition, est un jeu à somme nulle: les gains relatifs d'un groupe sont les pertes relatives des autres. Toutefois, dans le capitalisme, les objectifs finaux de ceux qui luttent pour redistribuer les revenus et les actifs peuvent différer considérablement. Les travailleurs, les travailleurs indépendants et ceux qui n'ont pas de travail cherchent à augmenter leur part afin d'augmenter leur bien-être.
Aux capitalistes, en revanche, seul leur intéresse la lutte pour le pouvoir. Contrairement à d'autres groupes de la société, les capitalistes sont indifférents aux grandeurs «réelles». Poussés par le pouvoir, ils mesurent leur succès pas en unités absolues d'utilité, mais en termes pécuniaires différentielles, par rapport aux autres. En outre, et fondamentalement, leur performance différentiel (voir pouvoir pur est dur) dépend de la mesure dans laquelle ils peuvent stratégiquement saboter les groupes mêmes qu'ils cherchent à surpasser .
De cette manière, la montée du chômage qui martèle le bien-être des travailleurs, les entreprises individuelles et les chômeurs sert à augmenter la part du revenu global des capitalistes. Et tandis que décélère la croissance de l'emploi, la part des revenus du top 1% qui comprend les capitalistes ainsi que la caste des puissants protecteurs grimpe en flèche.
Dans ces conditions, pour quelle raison les capitalistes relanceraient-t-ils l'économie? Pourquoi se soucierait-t-ils de la hausse du chômage et une croissance nulle de l'emploi lorsque ces processus mêmes servent à accroître leur part de revenu – voir puissance?
Le processus, bien sûr, n'est pas ouvert. Il y a une certaine limite à l'asymptote au-delà duquel l'augmentation de la puissance capitaliste terminera par créer un jeu qui pourrait déstabiliser l'ensemble du système. Les capitalistes, cependant, dans l'ensemble, sont aveugles à cette asymptote. Leurs conditions d'entraînement de puissance les obligent à maintenir et accroître leur sabotage dans leur quête pour une part sans cesse croissante de la distribution. Comme les autres classes dirigeantes de l'histoire, ils seront susceptibles de se rendre compte qu'ils ont atteint l'asymptote seulement quand il est déjà trop tard.

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