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Billet de blog 23 mars 2013

InfoLibre - La nouvelle vitrine du PSOE?

Russell Hart
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Je suis d'origine Britanique mais j'ai vécu 32 ans en Espagne. J'ai commencé à y vivre en 1975 et je suis parti en 2010. Je connais le pays comme peux de personnes pour beaucoup de circonstances que raconterai dans ce blog. Cela fait deux ans que je milite au Parti de gauche. Quand j'ai découvert le FdG et redécouvert la France parce que je n'y avais pas vécu depuis 35 ans même que ma famille eut acheté une maison de vacance dans l'Aude, étant très Francophile, en 1980 (j'ai été éduqué au Lycée de France de Londres jusqu'à 16 ans), le ciel s'est ouvert. Ayant fait Politique, Économie et histoire contemporaine Espagnol à l’Université (j'ai terminé en 1984 quand je me suis cassé parce que je détèstais le Thatcherisme et L'Espagne était un pays d'avenir), j'ai toujours été un passionné de la politique et lorsque j'ai débarqué en Espagne en 1975 jusqu’avant le début de la transition, j'ai donc pris un vif intérêt à ce qui se passait dans cette société si vive et exotique. Mais partons tout de suite dans la politique. Au cours de ma vie là j'ai eu des rapports avec le PSOE à deux reprises et en moindre mesure avec le PNV (les nationalistes de droite Basques). Mon horaire de travail était très compliqué et il était impossible d'y caler la politique. En Espagne toute la politique fonctionne par copinage (sauf les nouveaux-arrivés comme EHBildu émanant du  mouvement radical Basque, front d'ETA - ce que je trouve choquant; on ne peut pas dire de même du mouvement syndical, les soi-disant agents sociaux). C'est le mauvais côté du grégarisme. J'ai l'impression que les choses ne sont pas tellement différentes ici mais il y a quand même des questions de degrés. La France a une vraie culture politique. L’Espagne n'en en a pas, ou mieux dit, l'enthousiasme du peuple pour les causes politiques pendant la transition s'est vite essoufflé peu après l'arrivée au pouvoir des socialistes en 1984. L'Espagne est devenu un pays nombriliste tandis que pendant la transition elle avait été plûtot "afrancesada" fortement influencé par ce que représentait le bonapartisme (en tant que structure d'état) et les lumières plus que par la révolution française - ceci est un thème que je creuserais.  Je ne compte pas les bagarres autour de l'identité comme de la vraie politique mais malheureusement, c'est comme ça que les choses se sont déroulées pendant  25 ans jusqu'à la crise. Cette tournure n'a pas été entièrement une mauvaise chose. La niveau de vie a beaucoup monté, partant d'une moyenne de 70% de la moyenne Européenne dans les année 80 à au dessus de la moyenne à l'aube du nouveau millénium. De toute façon, de la politique on en parlait peux (sauf pendent les élections quand ça provoque pendant quelques heures tant de passions que le sport). Un comédien appelé Moncho Borrajo disait "Espana va bien" et tous les drapeaux de principaux équipes se déferlaient du toit du théatre. Le foot est plus qu'une réligion; pour les hommes c'est une question de vie ou mort (tel comme l'a été la tauromaquie pendant le Franquisme). Il y avait beaucoup d'humour (assez drôle) et "alegria" mais le taux d’auto-complaisance était presque suffocant. L’Espagne a commencé avec un complexe d'infériorité impressionnant et a terminé dans le délire de la supériorité de caste du savoir-vivre Espagnol "la subida de pavo" la Baudrucherie. Cependant, c'est toute un rouage qui s'est mis en place qui n'a vraiment bénéficié qu'à ceux qui en avait la tutelle (ce qui ne veut pas dire que tout a été un désastre - la qualité de vie a été très bonne grâce au fait qu'au moins 25% de l'économie se fait de gré à gré et que dans certains régions comme el Levante, nombreuse sont les entreprises qui ne sont même pas enregistrées). Mais, retournons à nos moutons. Si tu étais bien considéré par une personne politique, cette personne serait prête à te donner un coup de pouce (normalement du travail - pour quelqu'un comme moi), mais aussi des énormes sommes sont parties dans le néant sans oublier la répartition de "bocadillos" d'argent publique pour les "amigos" par une démultiplication de postes de fonctionnaires qui a été de la folie et de la généralisation d'un découpage que j’appellerai la "banque des faveurs". La tricherie a commencé bientôt. Je me rappelle au milieu de années 80 de l'affaire d'embauche de gestionnaires pour les hôpitaux du Pays Basque. Une entreprise appelé "Apprais" a retouché les notes d'examens d'embauchage de gestionnaires d'hôpitaux à faveur d'une façon outrageuse de personnes encartées au PSOE. A cette époque les socialistes partageait le pouvoir an Pays Basque avec les nationalistes. On pouvait te faire des faveurs mais du même coup, on pouvait te les enlever si on n'était pas sure de toi ou si tu avais contrarié à quelqu'un. Cependant, le parrainage était absolument essentiel; dans ce sens quelque chose a été réellement bouleversé au Pays Basque par le succès électoral de la Gauche Abertzale Basque réformée dans les derniers scrutins régionales. Si on était bien branché on n'avait jamais intérêt à trop remuer les choses (seulement quelques vagues insignifiantes, comme m'avez dit une socialiste, bien gentille certes, mais une "enchufada" comme tant et tant d'autres).  Le problème est qu'une fois que tu rentrais dans le système et vraiment pour avoir des jobs d'un certain niveau dans les institutions (et certaines entreprises), tu étais obligé à jouer le jeu et attirer les faveurs de personnes peux désirables ou des médiocrités (des personnes qui ne l'était pas essentiellement mais qui le devenait souvent par pure commodité - parce que le modus operandi est la foutaise absolue). Donc, il était presque impossible de progresser dans beaucoup de sphères (un sujet que je développerai au cours de ce blog) pour la relation incestueuse qui existait et bien sur qui s'est intensifiée entre la classe politique et certaines entreprises qui sont souvent des vraies "casas de puta". Même si les confrontations entre clans pouvaient paraître violents, il ne l'étaient souvent pas tellement dans la réalité. Il est rare d’accéder à un poste de vraie responsabilité dans une grande entreprise par mérite. On avait besoin de faire beaucoup "la pelota" (lèche-bottes). Pas toutes les entreprises sont comme ça, mais souvent il fallait contourner des postes de control (des barrières opaques de sélection). Il faut aussi comprendre qu'il y a des traditions. Au PSOE, c'est être le parti de la culture. Pendant des années, surtout au début, des centaines de petites revues culturelles ont vu le jour grâce au PSOE. A cette époque, la Porno Soft était subventionnée par le ministre de culture aussi (peut-être pour la meilleure des raisons). Dans toute cette mêlée, la politique a un biais nettement tribal: il y des clans (le cas du PSOE au Pays Basque, par exemple, ou des baronnies/féodalités, le cas de l'Andalousie). Beaucoup d'entreprises ont pu démarrer et ont été soutenu aussi longtemps que possible par des fonds publiques. Certaines, quelques unes très connues ont vue disparaître des subventions dans les poches de personnes bien placées. Il y avait bien sûre des aides publiques en principe pour le grand publique; mais je crois pas être très à côté de la vérité de dire comme le dirait le grand historien cynique conservateur Niall Ferguson qu' avec l'arrivée de la démocratie libérale au 19ième siècle il y a des marchands (la classe politique) et des acheteurs (les votants) qui dans le cas de l'Espagne mettent en œuvre une pure fidélisation de marque, (ce n'est pas pour rien que pendant longtemps l'Espagne a été considéré le meilleur banc d'essai des grandes agences de marketing en Europe). Je termine sur la question posée par cette introduction. Pourquoi est-ce-que je soupçonne InfoLibre être la nouvelle vitrine (essaie de prendre le relai au PAIS); parce que le PSOE comme toutes les grands partis libéraux est très habitué à faire de l'entrisme (ou de la colonisation). Où elle n'a pas réussi est au Pays Basque et en Catalogne (dans le cas de ce dernier, au moins pas depuis un certain temps). Il y a aussi d'autres raisons. Le directeur a l'air d'avoir été un ami de Zapatero (qui ne veut rien dire en soi). Le parti socialiste est essentiellement un parti de "putas" et de "mandados", et de personnes peu sérieuses. Un article que j'ai lu aujourd'hui d'un politicologue Australien dans un journal dont le slogan est « le journalisme en dépit de tout » décrit la démocratie espagnole comme une démocratie «zombie»ce qui n'est pas une mauvaise description et seulement un «peu» dure. Ceci est vraiment un problème pour amorcer une façon de faire de la politique autrement pour le niveau bas de préparation due à l'inertie du système en même temps que tous ces cafouillages et bachotages pendant tant d'années. Les mieux préparés sont les républicains mais ils sont en minorité. Il y a eu des fois où quelques courageux ont essayé de faire du travail sérieux mais ils se sont vite fait planquer. Un autre socialiste m'a remarqué une fois le tour de force suivant: "la meilleur politique était d'en faire aucune, … être juge de quelques concours de beauté et de tapas peut-être... ." A l'heure actuelle, le PSOE essaie de sauver les meubles. Si vous regardez bien InfoLibre, il n'y a pas une seule vraie critique au PSOE, ou seulement des références très voilées. Alors, je me demande sérieusement: "MEDIAPART, s'est-il trompé de partenaire?" Ce n'est vraiment pas mon affaire bien sure. Un mot de caution quand même. Quand on ne connaît pas bien l'autre culture, il faut se garder des apparences. Une petite note pour terminer. Le Parti Populaire est un parti de mercenaires, ... je parles des dirigeants, non pas des simples militants de base qui sont des "enganados", dupes. Mais, depuis quand la droite a-t-elle fait de la politique par conviction? On disait de la Thatcher que son vrai problème est quelle en faisait. On a bien vu ce que ça a donné. Nous vivons dans un monde écœurant. Le monde politique regorge d'un nombre énorme de passagers et de bons-viveurs qui vivent du "cuento" ou du "cazo" (les pots de vin) et de balancer des faveurs, sinécures, etc., pendant que des personnes commencent à mourir de faim dans les rues d'Europe. En Espagne, ce comportement parasitaire a tué la politique et pourrit (infantiliser la société). Ceci représente une entrave importante au moment de commencer à affronter les dégâts produits par le capitalisme rampant (le grand débâcle du capitalisme financier) et les trous noirs qui se creusent dans la finance publique. Les gens essaient de comprendre, mais ils sont débordés par les mauvaises nouvelles qui se succèdent sans répit. Beaucoup ont en par dessus la tête avec seulement gérer leur existence avec un mélange de désespoir et de grandes doutes à tous les niveaux.

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