RIC et démocratie directe : réflexions

La démocratie directe est un bel idéal, si elle prend forme en tant qu’assemblées générales décisionnaires dans la construction de revendications, de mandats donnés à des porte-parole pour se rendre à des coordinations sur la base des décisions prises, avec une éventuelle remise en cause des personnes mandatées si elles s’éloignent de leur mandat.

Le RIC (référendum d’initiative citoyenne) semble très populaire chez beaucoup de Gilets Jaunes. Mais comment  peut-on croire qu’avec un RIC, le patronat et en particulier le MEDEF (tiens ! celui-là est très absent des slogans des Gilets Jaunes) accepteront un SMIC à 1800 euros ? Ça reste de l’ordre du rapport de forces dans les entreprises et dans la rue. Quant à peser par exemple sur la politique fiscale, énergétique ou autre, de l'Etat ou des collectivités territoriales, on peut penser qu'un référendum "à froid" (c'est-à-dire sans mouvements de rue) n'obtiendra pas de résultats pleinement satisfaisants.

Par contre, l'expérience montre qu'il y a la possibilité de faire passer des changements « sociétaux » (au sens large, sans ici de jugement de valeur) par référendum. Et on sait que ces changements sociétaux ne sont pas forcément signe de progrès sociaux. Ils consacrent parfois des statu-quo. On prendra pour exemple le référendum sur le droit à l’avortement au Brésil l’an passé : l’avortement restera interdit au Brésil. A contrario, c’est aussi par référendum que les Irlandais-e-s ont accepté le droit à l’avortement qui est entré en légalité en fin d’année 2018. Ainsi, référendum ou pas, ce qui est à l’œuvre, c’est un rapport de forces sociales et idéologiques (sur ces deux exemples, on pourra voir une remise en cause du pouvoir de l’Eglise catholique en Irlande et la montée de courants religieux fondamentalistes au Brésil, dont allait s’en suivre l’élection de Bolsonaro).

Autre exemple en Suisse : en 2014, les Suisses ont voté à 50,3% sur la question : “Acceptez-vous l’initiative populaire contre l’immigration de masse ?”, comme s'il y avait immigration de masse en Suisse et en Europe. Cette consultation populaire avait été initiée par l’UDC (extrême-droite populiste suisse). De fait, la Suisse a rétabli des quotas et contingents pour les immigrés, selon "ses besoins".

Ainsi, le RIC consacre le poids de lobbies, parfois mais pas toujours progressistes et surfant sur la sensibilité de l’opinion à un moment donné, éventuellement à coup de désinformation. La qualité de l’information est aussi au centre du débat porté par les Gilets Jaunes. « Presse pourrie » « journalistes aux ordres », « désinformation », peut-on entendre ici et là. Le grief n'est pas récent, mais nous avons néanmoins d'une diversité de la presse (on peut toujours se plaindre de telle ou telle ligne éditoriale) et de journalistes sachant faire leur métier et on est toujours content de trouver une information alternative. Cependant, c’est une illusion de penser que la vérité sort d’internet et des réseaux sociaux. Il en sort beaucoup de fausses vérités et d’appels à la haine, autant que de textes dignes d’intérêt.

Toute avancée sociale est, entre autres, le résultat d’un travail d’idées de longue haleine, la difficulté étant de le mener dans un monde où l’immédiateté et l’émotion sont de plus en plus prégnantes. Mais gardons confiance dans les vertus de patience et d’opiniâtreté : un peu de flair est aussi nécessaire pour ne pas manquer les rendez-vous et y dire ce qu’on a à dire.

 

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