Sans cravate, et alors ?

De la jalousie, élément central du discours de Macron et de ses partisans, qui laisse entendre que la "passion égalitaire" se réduirait à de la "jalousie sociale".

"Je ne céderai pas au triste réflexe de la jalousie française. Parce que cette jalousie paralyse le pays", Macron, 14 octobre 2017, interview au magazine allemand Der Spiegel.

Déjà, dans son livre-programme pompeusement nommé « Révolution », Macron évoquait les « passions tristes » que sont « la jalousie, la défiance, la désunion, une certaine forme de mesquinerie, parfois de bassesse, devant les événements ».

Et c’est une obsession chez Macron, puisqu’il reprend les termes lors de son allocution télévisée du 25 avril 2019 « On ne bâtit pas sur la haine de soi et la jalousie de l'autre ».

Macron peut dire la même chose sous une forme plus triviale, tel que : « Le meilleur moyen de se payer un costard, c'est de travailler », en 2016, lorsqu’il était encore ministre de l’économie.

Laissons-là Macron, en nous disant quand même qu’il est le porte-parole de bon nombre de personnes pour qui la réussite économique, la méritocratie et les apparences comptent.

 

Mais « on n’est jaloux que de ce qu’on aime ». La jalousie est une passion à la fois intime et sociale et est vieille comme le genre humain. Elle existait avant le capitalisme et existera sans doute après.

Il serait trop long ici de faire une analyse complète du capitalisme, de la propriété privée, des inégalités qu’ils engendrent, de l’exploitation de l’humain et des ressources naturelles.

Mais la dynamique capitaliste exacerbe beaucoup de mauvais instincts ou sentiments, tels que la jalousie. Le capitalisme a en effet besoin pour son expansion de consommateurs avides ayant du « temps de cerveau disponible ». Parvenir, tel est le mot-clé. Ça implique d’accepter le principe des niveaux hiérarchiques.

Pourtant, contrairement à une petite musique médiatique qui cherche à assimiler la « passion égalitaire » à de la jalousie, on peut aussi comprendre la demande d’égalité comme un besoin de partager, non seulement des biens matériels, mais aussi des idées, des connaissances, des émotions, des expériences. L’égalité n’est pas l’uniformité, mais elle exige une solidarité, condition d’une vie digne (aux sens matériels et moraux) pour chacune et chacun.

Ainsi, on peut laisser de côté la « jalousie sociale ». Si nous avons besoin d’une vie riche, nous n’avons pas envie d’une vie de riche. Si nous avons besoin de conditions matérielles suffisantes, telles qu’un toit, une nourriture saine, de quoi s’habiller, de quoi se déplacer, de quoi nourrir intelligemment notre cerveau et nos sens, nous n’avons pas spécialement envie de nous soumettre à la loi de la marchandise-reine.

Donc, aucun sentiment jaloux vis-à-vis de celles et ceux qui portent un beau costard et des godasses qui les corsètent, roulent en grosse bagnole, prennent l’avion 5 fois par an, habitent dans de superbes maisons et un quartier sécurisé, etc.

Même pas envie. A la limite, on les plaindrait d’être aussi fades.

Néanmoins, ils peuvent susciter une colère légitime, d’exploiter autrui ou d’y contribuer, de vivre égoïstement, de se la péter ou encore de participer au dérèglement climatique et à la pollution.

 

Camarade, sans-cravate, entre la jalousie (passion triste) et l’égalité (passion joyeuse), le choix est vite fait.

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