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Billet de blog 9 mars 2020

Quand la connerie raciste se prétend éclairée

Racisme et xénophobie ne sont pas que l’apanage de « gens pas très futés » : il suffirait alors de déployer des efforts éducatifs pour les faire régresser. Ça a son utilité, mais c’est insuffisant. Car le racisme a des sources structurelles et on aurait tort de dire que ces sources appartiennent au passé.

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Racisme et xénophobie ne sont pas que l’apanage de « gens pas très futés » : il suffirait alors de déployer des efforts éducatifs individualisés pour le faire régresser. Ça a son utilité, mais c’est insuffisant. Car le racisme a des sources structurelles et on aurait tort de dire que ces sources appartiennent au passé : l’esclavagisme (officiellement aboli) et le colonialisme (les peuples du Sud officiellement émancipés).

Regardons de près les discours des leaders politiques dans l’Union européenne et on sera convaincu qu’une dérive existe, que des tabous tombent. Les propos à l’emporte-pièce de Donald Trump, président des Etats-Unis, serviraient presque d’écran à ce qui se dit ci-dessous.

Ursula von der Leyen, présidente de la commission européenne depuis décembre : en septembre dernier, elle proposait une appellation de commissaire chargé « de protéger notre mode de vie européen », commissaire qui serait chargé notamment de la « politique migratoire ». Et de le justifier ainsi : « Nous devons être fiers de notre mode de vie européen (...) et nous devons chercher constamment à le préserver, à le protéger et à l'améliorer » ... « Chaque jour ce mode de vie est contesté par des adversaires de l'Europe venant aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur de nos frontières » … « Pour certains, le mode de vie est un terme connoté, politisé. Mais nous ne pouvons pas et nous ne devons pas nous laisser déposséder de nos expressions : elles font aussi partie de ce que nous sommes ».

Finalement, après quelques polémiques l’appellation a été abandonnée : « protection » est devenu « promotion » : « Promotion de notre mode de vie européen » avec pour priorité (voir son site https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024/promoting-our-european-way-life_fr  : « Une Europe qui protège doit aussi être le garant de la justice et des valeurs fondamentales de l’UE.

Les menaces qui pèsent sur l’état de droit ébranlent les fondements juridiques, politiques et économiques de notre Union. L’état de droit est au cœur de la vision de la présidente von der Leyen: une Union de l’égalité, de la tolérance et de l’équité sociale.

La Commission lancera un mécanisme européen complet de protection de l’état de droit, dans le cadre duquel des rapports objectifs seront publiés tous les ans sur la situation concernant l’état de droit dans l’ensemble de l’Union.

Des frontières solides, la modernisation du régime d’asile de l’UE et la coopération avec les pays partenaires sont essentielles pour parvenir à une nouvelle approche en matière de migration. ».

On ne sera pas dupe sur la "défense de l'état de droit", pas plus qu'on pourrait l'être sur "France, pays des Droits de l'homme". Mais sur les "frontières solides", etc, on peut constater que l'Europe ne lésine pas sur les moyens, dont les plus odieux (on peut le constater particulièrement en Grèce, mais aussi autour des règlements "Dublin").

C’est la version européenne du Ministère de l’identité nationale que Sarkozy avait créé en 2007.

Ainsi, derrière la « promotion du mode de vie européenne », ce sont bien les politiques de consolidation de la forteresse Europe qui sont à l’œuvre. Et comme disait George Bush (le père) pour justifier ses expéditions impériales au nom de la consommation de masse : « Le mode de vie américain n'est pas négociable »

Emmanuel Macron : notre Président de la République. Lors d’une conférence de sécurité à Munich le 15 février dernier, il déplorait « le déclin de l’Occident » : « L’Europe devient un continent qui ne croit plus en son avenir » … «il y a en effet un affaiblissement de l'Occident. Il y a 15 ans, nous pensions que nos valeurs étaient des valeurs universelles, qu’elles domineraient toujours le monde, et nous étions dominants en termes de technologie militaire. Mais dans le monde d'aujourd'hui, “les valeurs ont changé” et de nouvelles puissances sont apparues en particulier la Chine et la Russie. ».

Sarkozy (avec qui Macron s’entend très bien) ne disait rien d’autre fin 2019 : « Trump n’est pas la cause de la décadence de l’Occident, mais en est son symptôme » … « La résolution des problèmes à l’échelle mondiale nécessite du leadership. »

En fait, ce qui les dérange, c’est que l’Europe ne soit plus le Centre du monde. Et l’idée de Macron est de refaire une sorte d’empire européen. Ce n’est pas un hasard que la liste En marche pour les élections européennes de 2019 s’est intitulée « Renaissance ». Renaissance de quoi ? D’un rêve de domination sur le reste du monde.

Au final, c’est peut-être un rêve. Un rêve peut être considéré comme une illusion. Ça peut aussi être vu comme un délire et on sait la force d’entrainement de certains délires, en particulier les délires de « leadership », qui signifie quoiqu’on dise existence de dominants et de dominés. Et il est question ici de déplorer le déclin de l’Occident ou de réaffirmer le leadership de l’Europe.

Macron aura du mal à entraîner ses homologues européens dans son rêve impérial : on le constate par exemple par son esseulement dans la guerre que mène la France dans les pays du Sahel (l’opération Barkhane) : tous les appels à participer aux autres pays européens restent vains.

Par contre, on peut craindre que la doctrine européenne de « protection/promotion de notre mode de vie » aura une résonnance importante dans le futur : externalisation des nuisances dans les pays du Sud, à la fois lieux d’extraction et de pré-transformation de matières premières polluantes, déchetteries géantes des produits en fin de vie, mais aussi lieux d’exploitation du travail et encore fermeture des frontières/externalisation de la gestion des flux migratoires.

Cet ensemble est décrit par le sociologue allemand Stephen Lessenich, dans son livre « A côté de nous le déluge – la société d’externalisation et son prix » (Ed Ecosociété – 2019) et il insiste sur ce fait que celles et ceux qui bénéficient du capitalisme d’abondance « préfèrent ne pas savoir » et ont tendance donc à penser que leur mode de vie privilégié va de soi, alors qu’il est le résultat par jeu de vases communicants de l’exploitation des peuples du Sud. Même s’il ne faut pas omettre les conditions de vie difficiles des classes populaires européennes ou étatsuniennes, celles des habitant-e-s de la « périphérie » sont autrement plus difficiles.

Macron et le « séparatisme » :

Ainsi, par glissements progressifs, les discours et les actes se veulent décomplexés. Si ses positions européennes (notamment sur la défense, sur l’OTAN) ne sont pas couronnées de succès auprès de ses homologues, Macron se rattrape en France, où il pense encore avoir les mains libres.

Ses « réformes nécessaires » ne laissent plus dupe grand monde : elles sont guidées par la classe qu’il représente. Comment ne pas se mettre en colère quand ils prétendent que les femmes et les précaires seront les principaux gagnants de la réforme des retraites ? Un mensonge répété cent fois reste un mensonge.

Que reste-t-il alors à Macron pour embobiner les foules ? Le sécuritaire, le sociétal (chic ou glauque), la ligne de démarcation étant représentée par le « respect des valeurs républicaines ». Quand on voit comment ce pouvoir abuse de ces « valeurs », comme cette notion d’universalité sur la réforme des retraites, on peut ricaner.

Le sociétal « chic » consiste à valoriser une certaine catégorie de personnes (forcément bienveillantes ») ; le sociétal « glauque » consiste à dévaloriser d’autres catégories, celles qui seraient en particulier dans le rejet des « valeurs républicaines ».

Dernière trouvaille de Macron : comme les accusations de « dérives communautaristes » envers les musulmans ne sont pas assez fortes, voici poindre le concept de « séparatisme islamiste » et ses « influences étrangères » : « Le séparatisme islamiste est incompatible avec la liberté et l’égalité, incompatible avec l’indivisibilité de la République et la nécessaire unité de la nation » (discours de Mulhouse du 18 février dernier).

« Le sujet central, c’est celui de notre unité dans la République. »

En utilisant le mot « séparatisme » associé à « islamiste », il laisse de côté un ensemble de mouvements sectaires religieux (ou pas), de toutes obédiences et de tous gourous qui présentent autant de dangerosité que certains islamistes radicaux vivant en France. Ceci dit, on ne peut pas non plus réduire l’islamisme à une secte (caractérisée par les notions d’emprise, de lavage de cerveaux, parfois d’enfermement), au sens où on peut considérer que l’islamisme est une idéologie et une mouvance politique, qu’il nous est permis de combattre politiquement, au même titre que d’autres mouvements religieux développant des revendications réactionnaires (contre le droit à l’avortement, pour la censure, etc).

Dans les aspects pratiques développé par Macron, au-delà du « séparatisme islamiste », on voit surtout poindre une volonté de contrôle social avec l’utilisation juridique des « valeurs de la République » (dont l’usage régulier et abusif par ce gouvernement fait malaise). Il en va ainsi de conditionner l’octroi de subventions au respect de ces valeurs, via la signature d’une charte.

Ainsi, le gouvernement débloque des moyens supplémentaires à hauteur de 100 millions d’euros sur trois ans à des associations (dont « 6 grands réseaux d'éducation populaire ») pour 450.000 jeunes, dans 80 territoires ciblés et le renforcement des contrôles pour éviter qu'elles ne fassent "le lit du radicalisme" (source : RMC/BFM TV, 26 février 2019).

Ainsi, l’idée n’est pas de rendre un service à cette jeunesse ; l’idée est d’éviter qu’elle se « radicalise ». Quant aux associations pressenties et leur personnel, quelle sera leur marge de manœuvre dans ces quartiers pour, par exemple, dénoncer les violences policières, les discriminations ou encore les expulsions de sans-papiers ? Et peut-on faire de « l’éducation populaire » quand on est contraint à une obligation de réserve (au bas mot) par des cahiers des charges venus d’en haut. D’éducation populaire, il ne subsistera que de la simple et gentille animation.

En fait, ce que veut le pouvoir macroniste, ce ne sont pas l’égalité, la liberté et l’universalité comme valeurs à partager, c’est l’uniformité des individus et l’individualisation hors de toute possibilité de regroupement collectif qui les gênerait : la manière dont sont réprimées les manifestations va aussi dans ce sens.

Et bien nous, nous revendiquons l’égalité, la liberté et l’universalité contre toute soumission à des « valeurs républicaines » désincarnées qui servent essentiellement au pouvoir à organiser le déni face aux inégalités.

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