L'associatif « encouragé » à contribuer au Service National Universel

Le SNU (Service National Universel) s'étend à l'ensemble du territoire français cette année. Pour le porter, le gouvernement se retourne au moins partiellement vers l'associatif, notamment dans le sport.

Le modèle sportif français est beau mais fragile. Par bien des aspects, il correspond au système éducatif dans son ambition. Celle d'ouvrir les activités sportives au plus grand nombre possible, tant par le maillage territorial des clubs que par le système associatif qui rend nos licences bien plus abordables que dans de nombreux autres pays, en particulier anglo-saxons.

Oui mais. Comme pour l'école publique, le système peine face aux contraintes. Dans le cadre du sport, l'un des points principaux de tension est celui de l'encadrement des jeunes. L'immense majorité des entraîneurs et dirigeants se compose de bénévoles. Souvent formés via des parcours fédéraux, qualifiés, mais bénévoles. Des passionnés, prêts à donner de leur temps contre aucune rémunération. Des personnes qui parfois s'usent face à l'ampleur des besoins, s'éloignent des structures, doivent se reposer.

Un appel hypocrite

Et voudraient-ils envisager une reconversion pour vivre au moins partiellement de leur passion que cela n'est même pas réellement possible. Mis à part dans le football, les formations fédérales ne sont pas « reconnues » par l'Etat au même titre que des diplômes. Quel que soit le niveau de formation, le bénévole n'obtient que des certifications. S'il souhaite être salarié sur un poste sportif, cette expérience, ce parcours, est partiellement perdu. Il faut utiliser des passerelles, étroites et branlantes, pour tant bien que mal gratter quelques aménagements sur un Certificat de Qualification Professionnelle ou un Brevet d'Etat.

Dans ce cadre, quelle surprise de voir arriver un « appel » officiel dans la boîte mail de mon club ! Quelle surprise de voir l'Etat se tourner vers ces mêmes bénévoles pour la mise en place de son SNU ! Quelle surprise de le voir tout à coup proposer une rémunération aux futurs encadrants de ce grand raout patriotique !

Car oui, effectivement, 12 jours de cohésion en vie en communauté ça ne s'improvise pas. Cela s'encadre. S'anime. S'anticipe. Et quand bien même nous bénévoles, ne sommes pas assez bien formés pour être payés dans le sport, dans la transmission de notre passion pour laquelle nous nous formons en continu, nous le serions pour encadrer des centaines, des milliers, des dizaines de milliers de jeunes 24 heures sur 24 pour une centaine d'euros par jour ? C'est un véritable scandale, une insulte à notre engagement.

Le verre à moitié vide

L'associatif, les bénévoles même indemnisés, ne sont pas là pour remplacer l'Etat dans ses obligations. Nous sommes là pour transmettre nos passions dans le cadre d'un club sportif. Pas dans celui, potentiellement biaisé, d'un camp patriotique au service du roman national. Dans celui d'un SNU dont on pourrait encore et longuement discuter de l'utilité ou du bien fondé de son ambition première.

Ah mais c'est sur la base du volontariat Madame, Monsieur. Personne n'est « sommé » d'encadrer ces séjours. Et puis on vous rémunère. N'est-ce pas ce que vous souhaitiez ? Un peu d'argent pour votre peine ? Et bien non merci. Je ne tordrai pas mes convictions pour une aumône. Vous voulez prendre vos responsabilités vis à vis de nous ? Travaillez plutôt à un système global qui reconnaîtrait le statut des bénévoles et les heures que nous offrons à la communauté.

Ces 12 jours, je préfère les passer sur un stade, comme chaque tranche de 12 jours, tout au long de l'année, année après année. A transmettre, à encourager, à former, à partager. Et j'espère sincèrement, au plus profond de moi-même, que l'outrance que je ressens est aujourd'hui partagée par mes collègues bénévoles de tous secteurs.

Nous sommes dans un temps où la concession trouve son terme. Où l'indignation doit se manifester. Comme l'a si bien écrit Virginie Despentes hier sur un tout autre sujet, bien plus important : « On se lève et on se casse. C'est terminé. On se lève. On se casse. »

 

Ryu Nokage

 

NB : Ce billet est un parti pris qui n'engage en aucune façon l'association dont je suis membre.

 

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