Mai 68 : Tracts de JLM au fil des jours (12): CRS au bouclier SS

"CRS=SS" suscite aujourd’hui réactions et questionnements : Un slogan qui date de 1948… Un slogan bien exagéré par des manifestants qui n'avaient sans doute jamais connu de régimes totalitaires… "En tant qu'ancien déporté, je n'ai jamais digéré le "CRS, SS""… Ce slogan est devenu un cliché… dans l'imaginaire de ceux qui, précisément, n'ont pas eu affaire aux SS..." Mais les images marquent.

Dessin de CRS © Dessinateur inconnu Dessin de CRS © Dessinateur inconnu

  • "CRS SS", l'histoire d'un slogan qui ne date pas de 1968 : Le slogan "CRS-SS" s'est installé dans le répertoire contestataire et militant dans les années 60. Pourtant il date en fait de 1948. Trois ans après la fin de la guerre, les mineurs qui vivent une des grèves les plus dures et les plus violemment réprimées de l'histoire sociale, font rimer CRS et SS. France culture, le 19.04.2018 
  • Dans le catalogue de l’amicale police patrimoine, à côté de l’uniforme de 1968, on trouve ce commentaire :  CRS-SS ? Mai 68, une date qui restera longtemps dans les mémoires et qui s’associe directement aux Compagnies Républicaines de Sécurité. Le slogan CRS = SS tout le monde le connaît. Un slogan bien exagéré par des manifestants qui n'avaient sans doute jamais connus de régimes totalitaires. Ce qu’on retient avant tout dans les affrontements de mai 68, c’est l’absence d’un bain de sang dans les rues de Paris. Et cela parce que justement la France bénéficiait de forces de police composées de professionnels du maintient de l’ordre ; les CRS et les GM. Il faut savoir qu’à Mexico, suite à la révolte des étudiants en juillet de la même année, pour des motifs assez proches de l’insurrection Parisienne, il y aura 48 morts, causés par les forces de l'ordre qui dissiperont la manifestation en ouvrant le feu dans la foule sur la place de Tlatelolco dans la nuit du 2 octobre 68.
  • Mai 68 : sous les pavés... Les CRS !  Au sujet de Mai 68, on parle souvent de ceux qui jetaient les pavés, moins de ceux qui les recevaient. La Préfecture de Police de Paris a livré ses images d'archives. "CRS = SS" : difficile à avaler : Au début des événements, la police est rejetée à la fois par les manifestants et par la population. Le slogan "CRS = SS" fait son apparition. Plusieurs véhicules de police secours sont pris d'assaut sous les pavés. "En tant qu'ancien déporté, je n'ai jamais digéré le "CRS, SS"", témoigne un policier dans Liaisons.
  • La Brocante de Mai 68 et ouvertures, d’Olivier Germain-Thomas, Éd. Pierre-Guillaume de Roux.  L’auteur – par la suite producteur à France Culture plusieurs décennies durant –, avait 25 ans dans la tourmente, qu’il connut de près pour préparer alors un diplôme de philosophie en Sorbonne … Certains slogans, passés à la postérité () après avoir couvert les murs du Quartier latin, l’ont néanmoins troublé… Mais «CRS SS» lui reste en travers de la gorge : «Rien de plus ignoble, à moins de le prendre pour la révolte d’un enfant qui trépigne devant l’ordre parental et protecteur.» La Croix, 20/04/2018.  Olivier Germain-Thomas est interviewé dans  La Fabrique de l'Histoire, le 26/04/2018
  • Déjà en 1998 : A la une de l’Express du 16/04/1998, Jean-Pierre Le Goff  écrivait : «On peut comprendre la réaction d'indignation et de révolte de jeunes étudiants face à la répression et aux exactions de la police, mais ce slogan, devenu un cliché, n'en est pas moins caricaturalement faux : la comparaison ne tient pas, sauf dans l'imaginaire de ceux qui, précisément, n'ont pas eu affaire aux SS. En mai-juin 1968, la tradition républicaine existant au sein de la police l'a emporté sur les partisans d'une répression plus expéditive. A Paris, le préfet Maurice Grimaud et d'autres, jusqu'au plus haut sommet de l'Etat, ont tout fait pour éviter le bain de sang... Ce slogan va bien au-delà d'une vision de la police. Il s'accompagne, dans les années de l'immédiat après-Mai, d'une fantasmagorie du pouvoir et du fascisme, qui exerceraient une répression généralisée sur les individus dans tous les domaines de la vie sociale. Du même coup, le rapport au pouvoir, aux institutions est marqué par une suspicion généralisée. Occuper une position de pouvoir à quelque niveau que ce soit ou être le représentant d'une institution devient difficile. A la limite, comme le dit un autre graffiti de Mai 68, moins connu: «Quiconque n'est pas moi est un agent de répression qui s'exerce à mon égard.» Cet individualisme forcené qui rend problématique l'idée même du vivre-ensemble constitue la part impossible de l'héritage de Mai 68. (*Sociologue, auteur de Mai 68, l'héritage impossible, Seuil.)

Billet composé par MO Lafosse-Marin

PS. J'ai un 2nd exemplaire à céder. Contact MOLM

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.