La très Sainte Prohibition

Avec les propos de Jean-Marie le Guen sur les salles de shoot, ressurgissent les pires clichés des tenants du maintien d’une prohibition stricte de toutes les drogues.
Qu’importe si toutes les études, les exemples dans d’autres pays, prouvent que la dépénalisation, voire la légalisation fait du bien aux sociétés.
Qu’importe si le sort des usagers de drogues ne fait qu’empirer avec sa litanie de maladies, de décès et de vies brisées
Qu’importe si la prohibition n’a jamais, au grand jamais, diminué la consommation
Qu’importe si l’économie souterraine du trafic ne fait qu’alimenter toutes les formes de délinquance.

Aucun argument ne fait le poids face aux prohibitionnistes car leurs positions relèvent plus de la foi que de la raison.

Le carcan moral de ces personnes est sans appel, la drogue n’est pas seulement à combattre mais elle représente pour beaucoup une certaine forme de mal à l’état pur. Pour ces gens les drogués ne peuvent être sauvés que par un sevrage immédiat et brutal, par la contrition. La pensée sous-jacente est que les drogués doivent souffrir, et leur rédemption ne peut se faire que dans la douleur. Il est donc inconcevable de les soutenir, pire encore, de les aider à se droguer.

Car bien sur les êtres humains sont des pantins sans cervelle et si demain la drogue était en vente libre tout le monde se vautrerait dans la défonce sans retenue. Comme il est tout aussi évident pour eux que fumer un joint mènera forcément à la consommation de drogues dures, plus addictives et plus destructrices. Car l’homme est faible et ne saurait mener sa vie sans barrières solidement bâties.
Cette vision quasi religieuse des choses interdit toute forme de dialogue et de débat, face à un dogme on ne peut lutter avec les armes de la raison.

De plus le discours simpliste des abolitionniste rencontre beaucoup d’approbation dans la population. Une vision manichéenne des choses et toujours plus facile à répandre qu’une réalité forcément plus compliquée, plus nuancée. La drogue c’est pas bien, un point c’est tout.

Une fois encore le gouvernement de monsieur Ayrault a ici l’occasion de montrer le sérieux qu’il veut mettre dans la gestion du pays, son redressement, son épanouissement.
Le choix pragmatique d’ouvrir largement le débat sur la vente et la consommation de stupéfiants serait un signal fort. Signe que le bon sens l’emporte sur les calculs politiciens, que la santé de tous vaut tous les mandats électoraux.
Mais il faut our cela une vraie volonté politique, les blocages sont nombreux et d’immenses retards d’explication et de pédagogie sont à combler, des années de tabou sur ces questions.

Comme quand il s’est agi d’abolir la peine de mort, la majorité était contre et il a fallu l’imposer. Au-delà de la question des drogues il s’agit là d’affirmer une ligne politique, d’afficher enfin des convictions. La droite use et abuse de multiples symboles pour appuyer son discours, les étrangers, les fonctionnaires, etc...Quels sont les symboles du PS, les idées fortes qu’ils défendraient coûte que coûte ? Car lorsque il s’agit de convictions il est toujours salutaire de se poser cette simple question. Quelles sont les choses sur lesquelles je ne reculerai jamais, quoi qu’il advienne,quels que soient les compromis ?
La gauche manque cruellement de symbole marquant pour s’identifier. Difficile de les trouver sur le terrain économique tant droite et gauche sont pour l’instant proches sur ces sujet. Reste les questions de société.  Changer les mentalités et les comportement sur les drogues pourrait être un bon début

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