Saint-Martin : Reconstruction privée • Le moment de vérité ?

Inutile ici de vous dire à quel point nous sommes rivés depuis le passage d’Irma sur cette reconstruction privée, sur ses méandres, sa complexité et les larges abus qui in fine laissent beaucoup de petits copropriétaires sur le carreau et très peu des produits de cette manne financière sur le territoire.

https://www.stmartinweek.fr/2020/12/04/reconstruction-privee-le-moment-de-verite/82330

Inutile ici de vous dire à quel point nous sommes rivés depuis le passage d’Irma sur cette reconstruction privée, sur ses méandres, sa complexité et les larges abus qui in fine laissent beaucoup de petits copropriétaires sur le carreau et très peu des produits de cette manne financière sur le territoire.

On nous reprochera de ne pas avoir traité du cas de TOUS les reconstructeurs, mais le St Martin’s Week ne cautionnera jamais le raccourci selon lequel nous serions ou ils seraient “tous pourris” et, en toute cohérence avec notre ligne éditoriale tracée en 2016 et dictée par l’intérêt général, le développement du territoire, nous faisons la distinction entre ceux dont l’objectif est posé sur le contournement du droit, la fuite de capitaux et l’enrichissement personnel AU DÉTRIMENT de toute une population et les entrepreneurs dont le propre est de générer du profit (même si certains ont certainement eu les yeux plus gros que le ventre), mais qui sont encore présents sur le territoire français pour assumer leurs responsabilités et participer au ruissellement. 

Un écueil majeur dans notre volonté de faire la lumière sur ces trois années de reconstruction chaotique, au delà de la faiblesse de la justice, de son manque de moyens et de son absence de réactivité, est le cloisonnement de nos papiers qui, même s’ils sont largement lus à l’extérieur grâce au web, ne provoquent pas forcément un retentissement à la hauteur du sujet. Oui, cela frétille et s’agite dans les cercles concernés, mais cela ne perce pas la chape de plomb qui a été largement coulée depuis septembre 2017.

Mais “Complément d’enquête”… enquête

Diffusé sur France 2 le jeudi en seconde partie de soirée,“Complément d’enquête” est un magazine de reportages présenté par Jacques Cardozeet qui jouit d’une place de choix dans le PAF pour la qualité des investigations qui ne plaisent d’ailleurs pas à tous, une caractéristique rare sur une chaîne publique.

Pendant que les équipes de Jean-Pierre Pernaut nous préparent elles aussi un petit reportage sur Saint-Martin qui viendra certainement enrichir le large spectre des moments télévisés qui peignent la douceur des campagnes et territoires français dans un style journalistique qui plairait à l’office de tourisme, Complément d’Enquête se penche plutôt sur ce qu’a été notre capacité à nous reconstruire après Irma, sensibilisé à l’échelle nationale par les ravages causés par la tempête Alex en métropole.

Le St Martin’s Week est donc heureux de lancer un large “You are More than Welcome” à ceux que l’on ne saurait qualifier de confrères tant nous sommes conscient que notre travail reste circonscrit à nos petites problématiques insulaires et que son rayonnement n’est pas national.

En espérant que le fruit du travail des journalistes de l’émission parvienne à ne pas amalgamer ce que nous sommes, ce à quoi nous avons tous cru après Irma, et ce que sont une partie des reconstructeurs et ne vienne pas s’ajouter à la liste même maigre des reportages strictement à charge qui ont su s’afficher sur les écran de nos compatriotes métropolitains.

L’exercice n’est certainement pas facile mais tout laisse à penser, contraintes de temps et techniques obligent, que l’axe choisi se portera sur l’un de nos dossiers les plus larges, le Groupe Deldevert depuis sa reprise par Mario Di Palma.

Cela tombe bien… nous avons de nouveaux éléments…

La stratégie Di Palma

Il lui fallait une agence immobilière… Sprimbarth en tant que leader des syndics sur la place est tout désigné, sa direction est de plus dans la bonne mouvance, rien ne semblait s’opposer à cette acquisition en 2017 au lendemain d’Irma.

Il faut quand même rappeler qu’avant Irma, la crise économique était déjà profonde, beaucoup de sociétés étaient déjà en souffrance ou en perte de vitesse. Sur cette base, pour beaucoup d’interlocuteurs, une offre de rachat ou une large prise de participations, surtout faite par un pareil investisseur supposé, ne pouvait se refuser ou ne pas être étudiée.

Mais un faisceau de paramètres et un réseau d’influence venu d’en haut ont finalement amené Jean-Paul Clerc à revoir sa position officielle comme officieuse. Il est facile de comprendre que, pour le Groupe Deldevert de Mario Di Palma, de disposer en post-Irma d’une agence immobilière revient à s’assurer d’un cheval de troie dans la place, capable de flécher les conseils syndicaux vers la seule entreprise saint-martinoise historique capable de s’imposer sur le marché de la reconstruction. Tout cela nous l’avons déjà largement écrit.

Sur un dossier aussi lourd et vaste, et si les informations dont nous disposons sont plus que nombreuses, il arrive que l’on joue de malchance, que le puzzle reste incomplet, que des zones d’ombres persistent. Et puis, un jour… Le hasard fait que les éléments manquants se posent là.

En la matière, puisque le plan A de Mario Di Palma qui lui aurait permis de faire fructifier voire de magnifier son investissement de 2010-2012 avait échoué, nous ne doutions pas qu’un plan B existe. Les bruits de couloirs et autres affirmations de nos interlocuteurs nous laissaient entendre que l’entrepreneur canadien résident cubain était parvenu in fine à mettre la main sur la société Gescap 2 exploitant l’enseigne commerciale “SUNSEA” devenue SUNSEA Agency. Une belle affaire qui de plus a su trouver en post-Irma un emplacement de choix en termes de visibilité, au cœur du parc de la Baie Orientale, sur la place mythique… détail qui ne peut en être un, cet emplacement accueillait en amont du cyclone l’une des agences de SprimBarth. Parce que rien n’est simple, un autre détail a une importance : le bail de cet espace n’est pas porté par l’agence SUNSEA mais par Omnigate International, petite SARL dont le gérant est… Mario Di Palma. Le fait est assez rare pour être noté puisque parmi les sociétés qui composent la nébuleuse Di Palma, l’homme d’affaires n’est gérant que de 2, Groupe Deldevert en liquidation et Omnigate International, les femmes et hommes de paille se chargeant d’assumer les autres gérances et présidences.

Les coïncidences ne s’arrêtent pas là, puisque SUNSEA a aussi fait entrer post-Irma une compétence nouvelle au board de ses salariés, en la personne de la conjointe de Mario Di Palma, ex-conjointe du Directeur de l’aéroport de Grand Case, à la belle époque de Lavalin. Belle époque car dans la grande ambition de l’entrepreneur canadien, l’aéroport faisait partie des cibles qu’il aurait aimé accrocher à son tableau de chasse Saint-Martinois. Cette nouvelle compétence n’arrive pas de nulle part mais… de SprimBarth.

Bref, aujourd’hui nous pouvons affirmer que SUNSEA a bien fait l’objet d’une cession de parts de la part de ses actionnaires vers la société HURRIKANE sise à St Barth et dont à l’époque, Mario Di Palma était encore le gérant.

Oui mais… comme souvent, les promesses de rachat de parts ne sont pas toujours suivies d’effets pleins et entiers, éveillant la vigilance des gérants cédants parmi lesquels Pascale Alix Laborde, par ailleurs élue, maman poule veillant au grain. C’est ainsi que même le plan B a quelque part capoté puisqu’aucune des copropriétés dont SUNSEA assume la mission de syndic n’aura été “reconstruite” ou partiellement reconstruite par le Groupe Deldevert ou par Omnigate Construction.

Nous allons ici, une fois n’est pas coutume,féliciter Pascale Alix Laborde pour avoir su fermer les vannes assez tôt, permettant ainsi à sa fonction élective de ne pas être entâchée de reconstructions hasardeuses et du flot de témoignages des petits copropriétaires abusés. Peut être faut il étendre la démarche à ceux qui n’ont pas ouvert la porte des marchés publics à l’ex-entreprise locale, ou encore à ceux qui, hier proches, cherchent le moyen de garder la tête haute en saisissant des tribunaux locaux qui semblent complètement dépassés par le moment.

Les entrepreneurs locaux même avertis et performants, dont certains en souffrance,  forcément intéressés par la reconstruction, découvrent le monde des affaires en version amérique du Nord, bien loin du petit business entre amis qui est traditionnellement le nôtre et se mordent les doigts face à des choix qui les emmènent sur des pentes plus que scabreuses, ils quittent ce qu’ils ont pris pour une planche de salut, essayant par la même occasion de ne pas être trop éclaboussés.

Si c’était à refaire...

Ferait-on réellement autrement ? Rien ne nous préserve du passage d’un autre cyclone et même si la saison est officiellement terminée, l’avenir sera forcément pour Saint-Martin porteur d’autres évènements de cette ampleur, réchauffement climatique oblige. Il faut aussi avouer et accepter de constater que le retentissement cyclonique ne se borne pas à la destruction de biens matériel et au décès de certains d’entre nous, le retentissement est profond, il est sociétal et sa profondeur tient aussi au fait que la gestion de l’après dépasse largement le cercle saint-martinois.

Au delà de tous les rapports, de tout ce qui aura pu être analysé, dit, à tort ou à raison, s’il fallait un grand moment favorable à la résilience et qui devait être organisé en amont de ce que la nature sait nous faire comme vacherie (peut être qu’elle ne nous rend que ce nous sommes capables de lui faire subir), alors peut être que ce dont nous avons besoin est d’une cellule Ad Hoc, pluridisciplinaire, qui s’autorise non sans autoritarisme le respect du cadre fourni par le droit public et le droit privé, une grande table ronde où siégeraient post sinistre et dans l’urgence et le temps de la reconstruction et jusqu’à épuisement des moyens alloués par les assurances comme par les circuits publics, les services de l’état, de la collectivité, les assureurs, les syndics, les socio-professionnels reconnus et compétents et tous ceux qui ont un rôle pivot pour pouvoir gérer dans la transparence et le respect des règles le moment de la reconstruction en n’ayant qu’un vaste objectif : qu’il permette une reconstruction au juste prix, en limitant les dérives et les légèretés de gestion, en veillant à ce que le produit de la reconstruction serve en premier lieu le territoire.

Voilà en termes de résilience un moment qui éviterait peut être la bérézina et la chasse aux sorcières a posteriori qui mènera au bûcher un panel de coupables certes, certainement animés par le profit mais aussi plongés dans un fatras post sinistre dont il faut d’ailleurs plusieurs années pour parvenir  à comprendre l’exact contenu.

Mais les plus fins d’entre eux, souvent hors sol, auront de longue date pris la poudre d’escampette, valise de cash sous le bras…

 

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