Et toujours, le même Président...

"Une guerre au Vietnam, un mariage en Hollande Pour bientôt un p´tit Smet et la mort d´un poète Caméra sur la Lune, un drugstore Opéra Des ch´mises à fleurs, un étrangleur Une bombe dans la mer, opération "Tonnerre" Juanita Banana, un four à l´opéra "Un homme et une femme" au festival de Cannes Un Tabarin en moins, un Paladium en bus Et toujours, le même président"…

... ainsi Michel Delpech établissait-il en partie son Inventaire 66, doucement subversif à une époque où même mon grand-père anarcho-libertaire était gaulliste. Bon d’accord, c’est une figure de style…

Dans notre monde aujourd’hui inféodé aux valeurs libérales, les deux dernières décennies nous ont donné en France quatre présidents. Ils ont leurs exégètes, dont certains pas encore sortis de l’ombre. Mais à lire quelques plumitifs déjà fascinés par le personnage Macron, le doute n’est guère permis. L’imagination est en berne, faire le buzz pour avoir le biff restant le crédo et le créneau majoritaires.

Les ‘’clés du décryptage’’ (ne mégotons pas sur les poncifs !) concourent à l’impression désespérante de linéarité des livres-à-bandeaux et émissions-à-chroniqueurs, qui nous pourrissent le sens analytique. Au demeurant, lorsqu’enfin se présente un candidat tout en aspérités, il est quasiment sommé de se lisser, et policer, s’il veut conserver des chances d’appliquer un programme politique pourtant novateur. Désolés, on n’a pas la ‘’bonne grille de lecture’’ (ne jamais lésiner sur les clichés !) si vous ne consentez pas à l’énoncer gentiment…

L’actuel ‘’locataire de l’Elysée’’, lieu pas si commun, fut en son temps un prétendant très gentil. Une sorte de gendre idéal. Puis il a commencé à se crisper, et dès lors on a pensé distinguer dans ses traits aigus une forme d’autoritarisme obtus.

Parfois peu férus de psychomorphologie (au point d’ignorer si on ne dit pas plutôt morphopsychologie), nous sommes par contre toujours en mesure de comprendre le langage de congénères fort méfiants envers la poudre de perlimpinpin. Dans cette communauté dialectique au sein de laquelle galimatias et bordel peuvent avoir la même signification, rien ne nous interdit non plus les glissements sémantiques.

La com, rien que la com

Glissements, hein ? Attention, pas dérapages. Notre président sait ce qu’il fait, en plus de faire ce qu’il dit et réciproquement à l’inverse en même temps. En l’occurrence, se débarrasser des scories quelque peu surannées de sa rhétorique. Son problème, dans le maniement d’extrêmes presqu’aussi désuets, c’est la crédibilité. 

Chez ses prédécesseurs, l'avocat neuilléen parvenait à rendre menaçant un vulgaire instrument de nettoyage. Une embarcation à pédales n’ayant pas le même pouvoir dissuasif, son remplaçant s’en remit à la bonhommie normale. Celle dont un autre Corrézien était mieux pourvu, aux dires de son entourage, mais beaucoup moins du talent tout relatif d’en user dans la sphère publique. 

Emmanuel Macron semble se moquer éperdument de la sphère publique. D’autocélébrations à argument mythologique, en postures hiératiques aussi peu convaincantes, il a voulu entretenir une image figée qui le placerait à l’écart de la plèbe. Piège récurrent pour le détenteur de la fonction présidentielle, car tels sont la com’ et ses trop nombreux parasites, que désormais la spontanéité se fabrique ! 

Le premier personnage de l’Etat a soudain des allures incongrues de moutard vindicatif de cour de récré. Peut-être cet avatar puéril lui a-t-il été soufflé par un staff admirateur de John Patrick McEnroe Jr. , ex-chenapan new yorkais des courts de tennis. A la nuance près que son mépris de classe suinte par toutes les congères de son regard bleu glacier.

Nous ne devrions pas tomber dans ce panneau : l’effet occultant d’une ‘’grossièreté’’ très étudiée de la forme. Sans surprise, elle est à présent regrettée. C'était prévu, tout comme les indignations surjouées. Une nouvelle fois, l’erreur serait d’oublier la violence sociétale du fond, assumé quant à lui. 

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