Maintenant ou jamais

Ceci est mon premier billet. Je n'en attends pas de vibrant "Bienvenue au Club!", si vous me faites l'honneur de le lire.

Cette rubrique en comporte de remarquables, depuis sa création. Y compris ceux qui ont pu susciter de ma part désapprobation et, plus rarement, colère -exprimées ou non. Ainsi celui, récent, de Philippe Riès, dont je respecte le travail et la réelle hauteur de vues, à défaut de partager celles-ci. Monsieur Riès, vous trouverez toujours contradicteur bien plus à votre mesure que moi. Laurent Mauduit, par exemple...

Venons-en à nos boutons. De rose. En plus je suis enrhumé.

Ce matin, nous nous sommes réveillés dans une France socialiste. Ce n'est certes pas la première fois, ça fait du bien tout de même, et la question qui me vient tout de suite à l'esprit est : "Aurons-nous appris de nos erreurs?". Gueule de bois ou syndrome de dépression "post partum", cynisme nourri par trop de déceptions passées ou candeur touchante de ceux qui croient dur comme fer Hollandemains qui chantent -pardon pour cet emprunt à un contributeur inspiré- il nous faut y voir un nouveau départ. Et ne pas rater l'occasion de se placer immédiatement dans le peloton de tête.

Cela vaut individuellement. Les valeurs que nous voulons voir de retour, c'est ici et maintenant. Sans atermoiements, ni compromissions avec ceux qui les foulent aux pieds, confortés par la tonalité frénétique du sprint final du sortant. Sorti, pour le coup, par la petite porte ! Nous devons les défendre sans transiger, dans notre quotidien. Affirmer haut et fort que les cibles si commodément désignées à la vindicte populaire -que de réminiscences à faire frémir, là-dedans!- ne voient aucun avantage à leur condition d'immigrés, d'assistés, de relégués. Et s'ils sont les trois à la fois, de laissés pour compte. Ou solde de tout compte...

Aujourd'hui plus que jamais, leur voeu le plus cher est d'être partie prenante de la vie de notre pays. A ceux qui seraient tentés de faire un mauvais jeu de mots (vraiment, quelle idée!), qu'ils se rappellent que ces femmes et ces hommes-là nous donnent bien plus qu'ils ne nous prennent, une fois pourvus d'un vrai travail. Jean-Luc Mélenchon l'a judicieusement rappelé vendredi soir, lors d'un meeting de haute volée.

Enchaînement tout trouvé, pour évoquer celui qui prend en charge les destinées de la France. Parmi ses nombreuses missions, s'il sait les accepter, François Hollande aura à nous mener collectivement dans ce peloton de tête évoqué précédemment. Son programme n'est pas complètement dénué de l'humanisme que le Front de Gauche eût mieux représenté. En faire fructifier sans délai la dimension rassembleuse serait une bonne idée.

Mais déjà on sent poindre, dans les commentaires confits de dégoulinante suffisance entendus sur les plateaux télé, la volonté des petits marquis de toutes obédiences de se placer dans la lumière du nouveau Grand Homme. Qui serait un brave homme, s'il faut les en croire. Tellement différent de son brutal et si peu éclairé prédécesseur, tout compte fait. Sera-t-il cependant au niveau, au coeur de ces rudes joutes que réserve la scène européenne, s'interrogent-ils benoîtement. Entre eux, bien entendu, puisqu'ils pensent faire autorité en la matière...

On s'en tape, permettez-moi l'expression. Pour le moment, veux-je dire. L'enjeu prioritaire de ce changement est ailleurs, il concerne la vitale nécessité de se reconstruire en tant que peuple. Celui qui, en des temps futurs, saura enfin mettre l'humain d'abord, s'amender à ce titre, accueillir l'arrivant et nouer avec lui une relation enrichissante, au vrai sens du terme.

Monsieur le Président, je vous en conjure, ne soyez pas un brave homme, mais un homme brave !

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