En réaction à la "Lettre à Médiapart" de Roger Evano

La liberté de la presse a bon dos. Le droit à la caricature, aussi. La presse française, tous medias confondus, n'a jamais été aussi peu libre, aussi dépendante, et pas seulement de la finance. Même celle des années 1950 (du temps de la "Guerre d'Algérie") était mieux lotie !... Après les "Je suis Charlie", et sans poser d'équivalence, un "Je suis Médiapart" serait-il défendable ?

En guise de réponse à « La lettre à Médiapart » de Roger Evano

 

Les charges contre Médiapart ou, plus exactement, contre Plenel, résonnent comme le tocsin d’un hallali liberticide. Je suis pour le droit au blasphème, et, donc, pour le droit à la caricature, « pire » : je suis carrément pour la sacralisation de la… laïcité ! Et, voyez-vous, Monsieur Roger Evano, l'immigré que je suis (d'une immigration de quarante ans, tout de même !) ne comprend pas ce qui a poussé un Edgar Morin  à demander à François Hollande, comme vous le rapportez, « de modifier l'article 1 de la constitution et de remplacer la république "Laïque" par la république "Multiculturelle"...» !  

Mais de là à voir dans la volonté de dialogue de Plenel avec Ramadan une caution au discours fréro-musulman ; de là à supposer que Médiapart ouvrait ses colonnes à l’islamologue suisse tout en ayant eu connaissance de ses (présumées) agressions sexuelles, ce n’est plus un hallali : cela sent comme un règlement de comptes dont le mobile, insaisissable, doit venir de loin, et auquel l’opportunité d’une actualité abjecte aura servi de justification.
On peut tout reprocher à Médiapart : le paternalisme postcolonial de ses soutiens, y compris en critique littéraire, son intolérance aux opinions qui ne vont pas dans son sens (et j’en sais quelque chose, en tant qu’abonné et contributeur), et même, oui, Monsieur Roger Evano, son incapacité à s’appliquer le « penser contre soi-même » qu’il recommande aux autres. Mais que Charlie en fasse l’objet d’une « une » aussi diffamatoire, cela revient à s’accorder une absolue liberté tout en se permettant de larguer à tout va des anathèmes liberticides !
Que l’on permette à un Algérien de réaffirmer qu’il n’y a plus de presse libre (ni de maisons d'édition libres) en France. Et je ne parle pas seulement de la presse des trois ou quatre milliardaires qui détiennent 90% des titres !...

Presse libre ? Libre de quoi et en quoi ? Libre de hiérarchiser l'information : en raison de son importance, de sa pertinence ou de sa valeur d'usage politique ? Mais si c'était au moins pour ça ! Car l'intérêt idéologique à Médiapart fait du yoyo. La rédaction est composée d'individualités diverses : certaines diablement professionnelles et douées de belle langue (ce qui devient rare en France), d'autres avenantes mais formatées, d'autres encore qui veillent au grain (sortes de robots pisteurs), et c'est le reste qui fait toute la renommée et le succès du media : l'investigation. L'ensemble, restant uni par une même vision idéologique, comme il sied à toute rédaction, mais aussi par l'esprit d'entreprise propre au siècle : le principe de délocalisation. Oui, Médiapart fait de la délocalisation sur place. Délocalisation d'opinions (sic).


Quant à Charlie… Comme je l’ai déjà écrit (ici : https://blogs.mediapart.fr/salah-guemriche/blog/081117/quand-charlie-fait-poucave-ca-venere-grave), je n’ai jamais compris le succès de cet hebdo, dont les dessins (le coup de crayon) ont toujours manqué de finesse, esthétiquement parlant donc. Et, quant à sa ligne éditoriale, il me suffit de penser qu’il eut pour directeur un personnage aussi fourbe et aussi insignifiant intellectuellement que Philippe Val, pour mettre en doute l’amour de la liberté d’expression que cet hebdo revendique pour lui-même et qu'il dénie sournoisement aux autres.

 

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