Conseil aux jeunes auteurs et aux étudiants doctorants

Depuis vingt ans, les cas de plagiat se multiplient. En littérature comme dans les travaux universitaires. Et les juges se passent la patate chaude, dès lors qu'il s'agit d'une notoriété. Certes, avant que l'affaire n'arrive au TGI, les deux parties finissent souvent par se résoudre à la négociation. Sous condition : le plagié n'aura plus le droit d'évoquer ladite affaire. Trop facile !...

Jeunes écrivains, édités ou en voie de l’être, permettez que je vous donne un conseil, et prenez-le pour ce qu’il vaut : ne publiez jamais (ou arrêtez de publier) sur internet vos inédits ! Et vous, étudiants doctorants, évitez à tout prix de transmettre à quiconque (pas même à votre directeur de thèse !) le texte de vos travaux par mail. Un tel envoi est susceptible d’être partagé, juste par curiosité sans penser à conséquences, et bientôt, d’un partage à un autre, votre texte aura fait un sacré tour de la toile !... Vous risquez alors de retrouver plus tard des passages entiers, réécrits sous une autre forme, ou des idées issues de vos recherches qui vous auront demandé des années de travail. Oui, vous risquez de les retrouver un jour dans une publication (littéraire ou universitaire), sans mention de source : ni en notes de bas de pages ni en bibliographie ! Et si des passages, ou, pour les littéraires, une scène ou même le profil de tel ou tel de vos personnages, sont repris et publiés chez des éditeurs qui ont pignon sur rue, c’est vous qui serez suspectés d’avoir puisé dans lesdits passages ou lesdits profils, et ce, même si l’antériorité de votre texte est établie sans conteste.
Quant aux "idées", et sachant qu’elles ne sont pas protégeables (ce qui se comprend), gardez les vôtres pour vous tant que vous ne les aurez pas publiées en version papier, quelle que soit l’importance de la maison d’édition. Et encore !... Même des textes qui ont fait l’objet d’une publication antérieure peuvent "inspirer" (euphémisme) des auteurs consacrés ou simplement plus malins que vous ! Cela arrive plus souvent qu’on ne le pense, et les procès en plagiat se multiplient depuis deux décennies, dans l’édition comme dans les milieux universitaires ! 
Les temps (en matière de création, de production littéraire ou universitaire), contrairement à ceux que ma génération a connus ne sont plus, hélas, aussi respectueux des droits d’auteur ! J’ai personnellement eu la chance d’avoir été l’élève de Robert Jaulin, de Marc Soriano et d’Armand Mattelart (Jussieu, Paris VII). Pour nous avoir fait travailler sur l’un de ses sujets favoris, Marc Soriano, spécialiste de Charles Perrault et de Jules Verne (« Cultures savantes et traditions populaires »), avait tenu à signaler nommément dans ses écrits les contributions de ses étudiants. Armand Mattelart, un des premiers grands spécialistes des Sciences de l’information et de la communication (avant que l'intitulé ne devienne à la mode), ancien expert auprès de l'ONU, et, aujourd’hui, Président de l’Observatoire français des médias, avait fait de même, avec mes recherches, dans La Culture contre la démocratie ? L'audio-visuel à l'heure transnationale (1). De nos jours, les travaux des étudiants peuvent se retrouver exploités par tel ou tel de leur professeurs, sans que soit mentionné l’emprunt...  
Pour revenir à mon conseil, je me dois d’avouer la raison qui m’a convaincu de la nécessité de vous le donner, pour ce qu’il vaut… J’ai commis moi-même la bêtise de partager des inédits par mails, avant de les publier en version numérique, pour en retrouver des « emprunts » six mois plus tard dans des journaux, des textes de conférenciers, ou carrément des ouvrages littéraires. Sans références ni renvois. Voilà pourquoi, récemment, sans même avoir attendu mon conseil, mon fils a eu le réflexe de procéder autrement. Un ancien ambassadeur de France en Iran, parent d’une camarade de cours (de persan, à l’Inalco), voulait lire son mémoire de Master 2, en Histoire des relations internationales (Sujet : "Le corps des Gardiens de la révolution, de 1979 à 2017 ", soutenu avec mention TB). C’était évidemment plus pratique de l’envoyer par mail. Ce que l’étudiant s'est gardé de faire : touché par l’intérêt accordé à son mémoire par ledit ambassadeur, il a préféré lui envoyer, par la poste, un exemplaire du manuscrit, relié. Ce qui était, certes, plus coûteux pour un étudiant, mais plus prudent et plus sage. 
Chat échaudé craint l’eau froide : c’est que l’étudiant en question a vécu de près une mauvaise aventure qui est arrivée à son propre père…
Un de mes ouvrages, fruit de quatre années de travail, a été carrément pillé, sans vergogne, et par une célébrité (du moins, c'est ma conviction, par son staff de nègres) ! Quelques proches savent de quoi et de qui il est question, mais ils ne sont pas nombreux à avoir appris que la découverte du plagiat me valut un accident de santé qui faillit m'être fatal (...) L’affaire est désormais entre les mains d’un avocat parisien non moins célèbre, et spécialiste en la matière...
Or, cela coûte si cher, un tel recours, que, souvent, le plagié a du mal à aller jusqu’au bout : c’est précisément sur ce « mal » que les plagiaires comptent, espérant que les plagiés finiront par baisser les bras. Ce que je fis un an durant. Mais, voilà trois mois, j’ai repris le combat, décidé à porter l’affaire devant le TGI de Paris, avant la date de prescription (eh, oui, ça existe même pour les délits... littéraires !). 
Pourquoi est-ce que je vous en parle aujourd’hui ? Tout bonnement, parce que, hier, je suis tombé sur le site de quelqu’un qui, à la fin de chaque page, remet cet avertissement, qui m’a frappé par sa crédulité : « Concernant l'ensemble du site et ce qu'il diffuse : © Copyright (XX. XXX 1996-2017). Tous droits réservés. La reproduction, la traduction, l'utilisation des idées, intégralement ou partiellement, sont interdites ».
Et même si l’auteur se trompe sur les idées (qui, je le rappelle, ne sont pas protégeables : toutes les idées sont dans l'air, dit-on), il a raison de conclure son avertissement par ces mots qui prouvent tout de même qu’il n’est pas dupe des us et coutumes propres à nombre d’internautes : 
« Aux plagiaires pilleurs d'idées, fruit du travail des autres : merci de vous en abstenir ».
Mais croyez-vous vraiment, comme cet internaute, qu'un tel avertissement puisse être un argument de dissuasion massive ? 

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